Culture

La fiesta estivale, une autre idée de la folie

Ursula Michel, mis à jour le 07.08.2013 à 12 h 08

[FILMS D'ANTI-VACANCES 1/3] Pour vous faire passer l'envie de préparer vos valises, démonstration en trois épisodes de ce qui rapproche vos activités estivales favorites d'expériences bien plus glauques.

«Bronson» de Nicola Winding Refn.

«Bronson» de Nicola Winding Refn.

Cet été, un Français sur deux ne part pas en vacances. Pas de plage avec les enfants, pas de barbecue au camping ni de randonnée en montagne, crise oblige. Mais rate-t-on vraiment la saison estivale si l’on reste gentiment chez soi? Pas si sûr, car la villégiature estivale peut rapidement se transformer en enfer, la liberté devenir claustration.

Après vous avoir fait voyager en 2011 avec un Tour de France des films de vacances puis en 2012 avec un tour du monde des films de vacances, nous avons choisi cet été de vous faire passer l’envie de préparer vos valises en vous montrant à quel point vos activités estivales favorites se rapprochent d'expériences en apparence éloignées et bien plus glauques.

Au menu du premier épisode de ces films d'anti-vacances, la fête comme hôpital psychiatrique.

L’été, comme le rabâchent les émissions estampillées W9 ou NRJ12, est le moment propice pour faire la fête, s’éclater sur des plages bondées de bimbos refaites, claquer ses économies en alcool et en drogues en tout genre.

Dans ce créneau «Vacances, j’oublie tout», le spring break fait office de cas d’école. Cette période printanière où les futurs étudiants crament leurs neurones à Cancun ou ailleurs est au cœur du dernier film d’Harmony Korine, Spring Breakers.

Qu’on soit à Ibiza, Saint-Tropez ou dans n’importe quel bled de teufeurs, la débauche demeure identique, comme on peut le voir dans Les Paradis artificiels de Marcos Prado, Kevin & Perry de Ed Bye ou encore, dans un style moins cinématographique, Les Ch'tis à Ibiza. Or à y regarder de plus près, peu de chose sépare finalement ces lieux de vacances d’un asile psychiatrique.

Cachetons à gogo

Elément prohibé, la drogue est pourtant largement répandue dans les teufs. Les petits cachetons colorés qui aident à se désinhiber demeurent essentiels à toute fête qui se respecte, comme c’est aussi le cas dans les hôpitaux psychiatriques. En injection ou à avaler, les drogues (ou médicaments, selon où on se situe) altèrent les perceptions ou les rendent plus raisonnables, excitent ou calment, mais sont de la partie quoi qu’il arrive.

Dans Terminator 2, Sarah Connor se voit injecter une petite dose pour calmer ses ardeurs. Bruce Willis, dans L’Armée des douze singes, en prend tant qu’il ne sait plus très bien où il habite. Leonardo DiCaprio oublie parfois de les avaler, ce qui lui cause quelques hallucinations et délires dans Shutter Island...

Dès qu’on se retrouve à l’asile, impossible d’échapper aux anxiolytiques, neuroleptiques et autres produits psychotropes ou hallucinogènes, un peu comme dans une soirée tendance où les ecstas, la cocaïne ou les buvards sont monnaie courante. De la défonce à la plage à celle, autorisée, des établissements psychiatriques, il n’y a qu’un pas.

Dance, dance, dance

Si on prend de la drogue, c’est souvent pour endurer l’épreuve physique qui consiste à se trémousser non stop pendant de longues heures. Donc, pas de vacances débauche sans danse. Bouger son fessier, de préférence court vêtu, est une institution inévitable pour tout vacancier festif.

Mais les fiestas géantes sur les plages n’ont pas le monopole du levage de gambettes. Ainsi, quand on pense à un asile psychiatrique, on imagine souvent les internés bouger leur corps, pas nécessairement de façon très coordonnée, mais avec entrain tout de même.

Sorte de transe, la danse s’intègre donc parfaitement à l’imagerie de la folie, qu’elle soit perpétrée dans un lieu clos (asile) ou ouvert (plage). Nicolas Winding Refn s'en est inspiré pour une séquence de Bronson. Sur le It’s a Sin des Pet Shop Boys, le héros, shooté à mort, déambule hagard parmi ses copains de chambrée, totalement électrisés par la musique.

Gestes saccadés, corps en suspension, les aliénés du Danois pourraient aisément faire la nique aux noceurs estivaux. En lieu et place du sable d’Ibiza (ou de Cancun), un hangar désaffecté où le beat pulse dans les cervelles. Le mythe de la danse de Saint-Guy n’est pas si loin…

Après s’être donné sur la piste comme un damné, rien ne vaut un petit slow, pour se reposer et emballer. Là encore, les estivants ruisselants en mini shorts fluo ressemblent à s’y méprendre, fringues exclues, à la brochette de freaks conviés à une petite sauterie par Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. On sait aussi faire la fête derrière les barreaux d’une institution mentale, à force d’alcools, de drogues et de jolies filles.

C’est l’heure du bain

Après s’être donné de longues minutes durant sur la piste de danse, une nécessité s’impose: celle de prendre une douche. Si les plages festives sont évidemment pourvues de tout le nécessaire (douche ou bain de mer), les asiles eux aussi mettent un point d’honneur à la propreté de leurs membres.

Séquence obligatoire de décrassage, comme c’est le cas pour Bruce Willis lors de son arrivée à l’hôpital dans L’Armée des douze singes. Jets d’eau puissants, type balnéo virile, exfoliation au balai, pour tonifier la peau, frictionnage, le héros s’offre un spa bien mérité qui n’a rien à envier aux ablutions d’un bord de plage.

Pour se détendre au mieux, rien ne vaut un bon bain. Méthode expéditive pour remettre les idées en place de toute personne en proie au délire, l’immersion dans une baignoire glacée refroidit les ardeurs et remet les idées en place.

Dans Une Vie volée, Winona Ryder a droit à sa petite trempette sensée l’aider à gérer sa descente. Comme pour les teufeurs, il faut se méfier d’un mauvais trip et plonger la tête la première permet de revenir sur terre.

Vu la similarité des us et coutumes entre les fiestas et beuveries de l’été et les pratiques courantes des asiles psychiatriques (au cinéma), on a raison de se dire qu’on est mieux chez soi. A l’air libre ou confiné dans une cellule, un fou est un fou.

Ursula Michel

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