France

L’UMP gère ses finances avec une grande décontraction

Gérard Horny, mis à jour le 15.07.2013 à 17 h 13

Les dirigeants du parti ont dramatisé sa situation financière et ont dénoncé l'action du Conseil constitutionnel, mais n'ont pas donné beaucoup d'information sur ses comptes. Se plonger dedans se révèle pourtant instructif sur les erreurs de gestion commises.

Un billet à l'effigie de Nicolas Sarkozy dans une manifestation contre la réforme des retraites à Saint-Nazaire, le 28 octobre 2010. REUTERS/Stéphane Mahé.

Un billet à l'effigie de Nicolas Sarkozy dans une manifestation contre la réforme des retraites à Saint-Nazaire, le 28 octobre 2010. REUTERS/Stéphane Mahé.

Le Conseil constitutionnel, nous dit-on, menace le pluralisme démocratique en étranglant l’UMP par son refus de lui verser 11 millions d’euros au titre du remboursement partiel des frais de la campagne présidentielle. Mais, à regarder les comptes, on peut se demander si les vrais coupables ne sont pas les dirigeants de l’UMP eux-mêmes.

Pour un observateur extérieur, ce qui se passe au sein de l'ancien parti majoritaire paraît vraiment étrange. La décision du Conseil constitutionnel ne fait que confirmer celle de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Le coup est rude, certes, mais il était prévisible. Alors, on peut se poser la question: les dirigeants de l’UMP dramatisent-ils volontairement la situation pour remotiver leur électorat ou la situation financière de leur parti est-elle vraiment inquiétante?

Une chose est sûre : ils ne se donnent pas la peine de donner beaucoup d’explications. Sur le site de l’UMP, on arrive d’emblée sur l’appel aux dons et sur l’intervention de Jean-François Copé lançant cette souscription nationale, mais on ne voit nulle part de description précise de la situation. Pour un appel lancé à tous les citoyens au-delà des seuls militants UMP, c’est un peu court.

Les partis ne connaissent pas la transparence

Comment un citoyen lambda soucieux d’en savoir plus peut-il procéder? Où trouver les comptes de l’UMP? Notons au passage que la question se poserait dans les mêmes termes s’il fallait parler du PS, dont le site Internet est également muet sur les questions financières. La transparence n’est pas vraiment à l’ordre du jour dans les partis.

Fort heureusement, depuis 1990, existe la CNCCFP, qui a non seulement pour mission de vérifier les comptes de campagne, mais aussi d’assurer la publication des comptes des partis politiques au Journal officiel. Evidemment, on a l’information avec un certain retard: les comptes doivent être certifiés par deux commissaires aux comptes, puis envoyés avant le 30 juin de l’année suivante, et ils ne sont publiés au JO sous une forme simplifiée qu’à la fin décembre. Autrement dit, on ne peut accéder aujourd’hui qu’aux comptes 2011.

Avant de rentrer dans le détail, rappelons quelques points importants concernant le financement des partis politiques en France. On trouve d’abord les financements privés: versements provenant d’autres formations politiques, cotisations des adhérents et des élus, dons des personnes physiques dans la limite de 7.500 euros par personne.

Ensuite vient le financement public, qui joue un rôle majeur. Lui-même se décompose en deux fractions. La première est fonction des résultats obtenus lors des élections législatives: pour en bénéficier, il faut avoir obtenu au moins 1% des suffrages dans 50 circonscriptions en métropole; son montant théorique peut être réduit si le parti n’a pas respecté les obligations de parité des candidatures (ce qui est le cas de l’UMP en 2012).

La deuxième fraction est attribuée aux partis qui bénéficient de la première en fonction du nombre de députés et sénateurs qui déclarent s’y rattacher. On mesure bien l’importance des élections: non seulement il faut obtenir des voix, mais aussi des élus, qui viendront augmenter l’aide publique et qui de surcroît verseront une cotisation.

Une opération immobilière coûteuse

Sur ce point, on a des informations récentes, puisque le décret précisant le montant de l’aide publique en 2013 a été publié au JO du 28 mai dernier.

Pour l’UMP, c’est la descente aux enfers. En 2011, avec plus de 10 millions de voix aux législatives et 456 parlementaires, l’aide publique atteignait un total de 33,12 millions. En 2012, avec le même nombre de voix mais seulement 419 parlementaires, elle était revenue à 30,14 millions. Et, en 2013, compte tenu du résultat des législatives de 2012, avec seulement 6,78 millions de voix et 315 parlementaires  (191 députés et 124 sénateurs), elle est tombée à 19,87 millions. 13,25 millions de moins en deux ans, cela se sent dans un budget qui dépassait tout juste 53 millions en 2011.

Cette année-là, l’aide publique de 33,12 millions représentait 62,3% des recettes. Pour le reste, on trouvait les cotisations des adhérents (10,7% du total), les contributions des élus (3,3%), les dons des personnes physiques (19,3%) et les autres recettes (produits des manifestations et colloques, produits financiers, etc., 2,31 millions, 4,4%).  On imagine bien, au vu de ces chiffres, que la chute de l’aide publique pose quelques problèmes pour boucler le budget 2013.

La réduction du train de vie est une nécessité. Quelles sont les grandes dépenses d’un parti comme l’UMP? Dans les comptes 2011, on voit d’abord apparaître ce que l’on appelle, dans la terminologie imposée, les dépenses de propagande et communication, soit 11,13 millions, puis les dépenses de personnel (8,06 millions en salaires, 3,94 millions en charges sociales), le loyer, avec 5,01 millions, et les frais de voyage et de déplacement, avec 4,19 millions.

D’ores et déjà, les informations se multiplient sur les réductions de frais de personnel, par non-reconduction des CDD notamment, et les diverses économies réalisées au quotidien. Quant à l’achat du siège rue de Vaugirard, il permet une économie de loyer à partir de 2012, mais il a coûté cher: une quarantaine de millions au total, pour l’essentiel financés par endettement. Ce qui est présenté comme un acte de bonne gestion ressemble davantage à une erreur.

Peu de liquidités

C’est du moins l’impression que l’on retire du bilan 2011. Du côté des actifs, c’est-à-dire de ce que possède l’UMP, on trouve une masse importante d’actifs immobilisés: 35,8 millions pour les terrains et constructions et 5,2 millions d’autres immobilisations corporelles, soit un total de 41 millions d’immobilisations corporelles (pour l’essentiel l’immeuble de la rue de Vaugirard) sur un total de bilan de 54,1 millions. Cela fait beaucoup.

En revanche, on ne constate que 7,6 millions de disponibilités et moins de 0,4 million de valeurs mobilières de placement (actions ou obligations). Pour une entreprise qui risque d’avoir à faire face à de moindres rentrées et donc d’avoir des besoins accrus de liquidités, c’est un peu court.

Et quand on regarde du côté du passif, c’est-à-dire de la façon dont ces actifs sont financés, c’est encore pire. Pour les fonds propres, c’est le néant. A priori, ce n’est pas étonnant: un parti politique n’est pas une entreprise comme les autres. Juridiquement, c’est une association loi de 1901, sans actionnaires et sans capital. Mais on pourrait supposer que, au fil des ans, des bénéfices ont été enregistrés et mis en réserve.

Là, on constate que les réserves sont négatives de 3,7 millions, c’est-à dire que des pertes ont été enregistrées année après année. Pour cet exercice 2011, un résultat positif de 282.000 euros a bien été enregistré, mais c’est peu face aux besoins. Car on constate aussi que les provisions pour risques et charges sont modestes, à seulement 1,9 million. Et la dette est considérable: à 55,58 millions, dont 43,9 millions envers les banques, elle dépasse le total de bilan. Si François Fillon avait regardé ces chiffres, il aurait pu dire que son parti était en faillite.

Depuis, la situation ne s’est pas améliorée. A l’été 2012, l’UMP a négocié avec ses banques un prêt de 55 millions dont l’échéance est en 2017, avec un nantissement sur son immeuble de la rue de Vaugirard. Une échéance importante —le montant  n’est pas précisé— est annoncée pour le 31 juillet prochain.

Dans cette situation inconfortable, le non-remboursement des frais de campagne présidentielle de 2012 est la tuile de trop. La souscription nationale est certes une bonne occasion de tenter de refaire l’unité du parti autour de sa direction actuelle, mais elle s’imposait de toute façon.

Le PS, c’est du sérieux!

Question: est-ce la même chose dans tous les partis? Force est de constater que les comptes 2011 du PS donnent une autre impression de solidité. Certes, pour cette année-là, le compte de résultat est lourdement déficitaire de 4,56 millions, mais on constate que le parti pouvait se permettre cet écart: au passif de son bilan, on trouve des réserves de 21,2 millions, des provisions diverses pour risques et charges de plus de 12,7 millions et un endettement modeste de 19,1 millions, dont 4,7 millions envers les banques.

Quand on a comparé les comptes des deux partis et qu’on voit sur la page d’accueil du site de l’UMP la dénonciation de la «gestion calamiteuse des finances publiques par le gouvernement socialiste», on a un peu de mal à réprimer un sourire: une organisation aussi mal gérée peut-elle sérieusement donner des conseils de gestion?

Evidemment, on ne peut juger un parti sur son compte de résultat et son bilan. Les combats électoraux ne peuvent être arbitrés par les experts comptables.

Mais il y a une question que l’on ne peut s’empêcher de se poser: pourquoi les dirigeants de l’UMP ont-ils géré les finances de leur parti avec autant de désinvolture? Pensaient-ils que leurs liens avec les grandes fortunes de ce pays les mettaient définitivement à l’abri du besoin? Ont-ils sous-estimé le risque d’un retour dans l’opposition?

En tout cas, la rapidité avec laquelle l’argent rentre depuis le lancement de la souscription laisse penser qu’ils avaient quelques raisons de ne pas trop s’inquiéter: déjà près de 5 millions d'euros seraient arrivés en quelques jours. L’UMP devrait pouvoir éviter le naufrage sans trop de difficultés.

Gérard Horny

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Journaliste
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