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Exporter le modèle marocain

La preuve qu’un régime ouvertement islamique peut abandonner l’autoritarisme pour la démocratie.

RABAT – Si vous voulez un antidote aux photos de policiers tabassant des manifestants et de filles agonisant dans les rues de Téhéran, faites un tour dans les rues de la capitale marocaine. Vous croiserez peut-être des manifestants. Mais ici, ils ne sont pas en danger. Le jour où j’ai visité la ville, un groupe se tenait devant le parlement et brandissait poliment des pancartes. Il y a aussi des filles, mais elles ne sont pas la cible de tireurs. Et elles ne ressemblent pas aux filles iraniennes. Même si à Rabat la mode est clairement aux longs foulards flottants et aux blue-jeans, de nombreuses marocaines se fondraient sans problème dans le paysage urbain de New York ou de Paris.

Bienvenue au Royaume du Maroc, un pays qui, à la lumière des événements qui se sont déroulés ces deux dernières semaines en Iran, mérite quelques minutes d’attention. A l’opposé de la Turquie, le Maroc n’est pas un pays laïc: le roi revendique sa descendance directe du prophète Mahomet. Par ailleurs, le Maroc n’aspire pas à devenir européen. Bien que le français soit encore la langue utilisée en affaires et dans l’enseignement supérieur, le pays fait bel et bien partie du monde arabe sur les plans linguistique et culturel.

Le Maroc n'est pas un paradis démocratique mais...

Contrairement à la plupart de ses voisins arabes, au cours des dix dernières années, le Maroc a subi un processus de mutation lente mais profonde et est passé de la monarchie traditionnelle à la monarchie constitutionnelle. De véritables partis politiques sont nés, et le pays jouit aujourd’hui d’une presse relativement libre. De nouveaux leaders son entrés sur la scène politique (Marrakech a pour maire une jeune femme de 33 ans). En outre, une série de nouvelles dispositions en matière de droit de la famille visent à concilier la loi de la charia et le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme.

On ne peut tout de même pas dire que le résultat soit un paradis démocratique. Un militant des droits humains m’a dépeint un portrait de la corruption électorale qui semble d’une complexité byzantine. En résumé, on fait appel à des «médiateurs» qui s’arrangent pour qu’on vote pour tel ou tel candidat. D’autres m’expliquent que si les manifestants que j’ai vus devant le parlement avaient été des islamiques radicaux ou des chefs de guérilla du Sahara occidental et non pas des membres de syndicats, la police n’aurait sans doute pas été si blasée. Par ailleurs, s’il est vrai que les femmes ont des droits, les contraintes culturelles subsistent. Une infime partie de la population lit les journaux et seule une petite minorité de Marocains dispose d’un accès Internet. Entre 40 et 50 % de la population est illettrée. Ce qui explique que le taux de participation aux élections soit si faible. Du reste, les affiches politiques comportent des symboles, pas des mots.

Paix sociale

Mais il y a bien un point sur lequel le Maroc fait véritablement figure d’exception. Il est le seul pays d’Afrique dont le gouvernement a reconnu avoir commis des crimes par le passé et a mis en place une «Commission de la vérité et de la réconciliation» sur le modèle de celle établie en Afrique du Sud et dans des pays d’Amérique latine. Depuis 2004, cette commission a enquêté sur des crimes, organisé des audiences télévisées et dédommagé quelque 23.000 victimes ainsi que leur famille. Les crimes concernés – des arrestations arbitraires, des «disparitions», des actes de torture, des exécutions – ont été perpétrés sous le règne du roi Hassan II, décédé en 1999. C’est à son fils, le roi Mohammed VI, que l’on doit la création de cette commission de la vérité. Et c’est le changement de génération qui a rendu possible cette confession au sujet des graves méfaits du passé. Néanmoins, elle n’a pas été accompagnée d’un changement de régime. Il n’y a pas eu de révolution, pas de violence. Le roi est encore en place et il possède toujours ses voitures de collection.

Cette commission de la vérité a le mérite d’avoir instauré une forme de paix sociale. Tout le monde n’est pas favorable à la monarchie, mais même ses détracteurs s’accordent à dire que la rupture avec le passé est bien réelle. En effet, les citoyens marocains ont le sentiment qu’ils peuvent parler ouvertement, former des groupes de défense des droits civils, critiquer le processus électoral et même se plaindre du roi sans risquer quoi que ce soit. Saadia Belmir – une juge marocaine qui est également la première femme musulmane à siéger au Comité de l’ONU contre la torture – m’a confié que, malgré certains obstacles, «[les Marocains] peuvent désormais construire [leur] avenir sur la base d’une bonne connaissance du passé». Les responsables ont été autorisés à disparaître dans le décor, et c’est évidemment sujet à controverse. Mais les contre-courants teintés de colère et de désirs de vengeance qui auraient pu entacher le règne du jeune roi se font de plus en plus rares.

Partage d'expériences

Est-ce un modèle pour les autres pays? Les Marocains en sont persuadés. Ils ont d’ailleurs discrètement «partagé leurs expériences» avec des pays africains et moyen-orientaux. Saadia Belmir m’a appris qu’un groupe informel tentait de mettre sur pied une commission de la vérité au Togo. D’autres ont évoqué la Jordanie (bien sûr, rien n’est officiel). Tous s’empressent de souligner que leur formule – une mutation lente sous l’égide d’un roi populaire (jusqu’ici) – ne peut guère s’appliquer partout. On pense avec nostalgie au shah d’Iran en se demandant comment la situation de ce pays aurait pu évoluer.

Et pourtant, quand on voit l’arc-en-ciel de vêtements et de visages qui animent les rues du Maroc, une idée vient irrésistiblement à l’esprit: le passage de l’autoritarisme à la démocratie est possible. Même dans un Etat ouvertement islamique, même au sein d’une population métissée, et malgré la présence d’une frange djihadiste. Qui plus est, ici, il est possible de reconnaître les violations des droits humains et d’en parler, comme dans les autres démocraties. Dans une grande partie du monde arabe, la volonté politique est insuffisante pour arriver à un tel changement. Mais le cas du Maroc est bien la preuve que le changement n’est pas purement et simplement impossible.

Anne Applebaum

Traduit par Micha Cziffra.

Photo d'une élection locale à Rabat le 12juin 2009 Reuters/Rafael Marchante

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Comments

La condition de la femme marocaine

Vous ne donnez pas beaucoup de détails sur l'amélioration de la condition de la femme au Maroc.
Du temps où je vivais à Rabat, une jeune femme accompagnée de son petit garçon de quatre ans s'est présentée à ma porte.
Elle me suppliait de l'employer. J'eus beau lui expliquer que je n'en avais pas les moyens, rien n'y fit.
Elle avait remarqué dans le jardin de la villa qui nous avait été octroyée, des communs presque en ruines. Elle disait vouloir s'y installer avec son fils.
Devant son insistance, je finis par lui proposer le maximum de ce que je pouvais distraire de mes maigres revenus, pensant la décourager, mais elle accepta.
Après avoir badigeonné les murs à la chaux, elle installa deux matelas et un brasero dans le gourbi sur lequel elle avait jeté son dévolu.
Elle me raconta alors qu'elle avait été achetée à l'age de huit ans par un couple dont la femme la formait pour en faire une petite domestique. A onze ans, le mari l'avait "épousée".
Elle avait maintenant 27 ans, un fils de 16 ans et le petit dernier de 4 ans.
Son vieux "mari" venait de mourir et c'est le conseil de famille qui s'était accordé pour la jeter dehors avec son plus jeune fils.
Sont-ce encore des comportements admis dans le Maroc d'aujourd'hui ?

Marianne Arnaud

La charia un modèle

Etonnant ! Un pays où la charia est en vigueur pourrait donc être démocratique ? A hurler de rire !

Bénard

A côté de la plaque !

Je suis vraiment étonné que l'on puisse écrire un tel article... Cela ressemble aux journalistes des années 50 - 60 qui revenaient émerveillés de l'ex URSS. La propagande a de beaux jours devant elle.

Je viens de passer 2 ans au Maroc, à Casablanca, pour des motifs professionnels. J'ai côtoyé durant cette période des Marocains et surtout des Marocaines des classes sociales les plus favorisées. Ce n'est probablement pas une expérience du Maroc profond mais je pense pouvoir en tirer quelques enseignements.

1/ Le Maroc est une dictature (ou en d'autres termes, une monarchie absolue qui se veut de droit divin). Le Roi est le chef d'orchestre qui dirige toute la vie sociale, économique et politique du pays.

2/ La religion n'est qu'un instrument entre les mains du chef d'orchestre. Comme son père, le Roi actuel utilise la religion pour maintenir la 'cohésion' de la société, ou de mon point de vue, pour asservir les franges de population les plus dociles. Il laisse parfois une grande liberté aux mouvements islamistes et a contrario, il peut se montrer très répressif lorsque les choses tendent à échapper (un peu) à son contrôle. La répression est par exemple féroce contre les pratiques islamiques non marocaines, venant de la péninsule arabique, d'Iran... pour la simple et bonne raison que le Roi n'a pas de légitimité pour exercer un contrôle religieux sur ces mouvements.

3/ La vie des marocaines, comme dans de nombreux pays musulmans, est régie principalement par la tradition. La religion n'est qu'une sur couche certes pesante mais loin d'être déterminante dans le quotidien des femmes marocaines. La tradition peut varier en fonction des régions et des ethnies mais elle est en générale très défavorable à l'émancipation sociale des femmes. Même dans les couches sociales les plus favorisées, parmi les femmes ayant fait des études supérieures, on ressent le poids de cette tradition qui incite à se marier tôt, à délaisser le travail pour les enfants, qui retient la femme auprès des parents et limite les opportunités professionnelles. La tradition, instrumentalisée par le pouvoir monarchique, est l'instrument d'oppression le plus puissant. Le garant de cette tradition est bien sûr le Roi, il le revendique publiquement.

4/ Pour tous les marocains qui ne seraient pas 'convaincus' par les arguments précédents, il reste au Roi un instrument de choc, propre à toutes les dictatures: l'arbitraire. Au cours de mes deux ans passés à Casablanca, je ne compte plus le nombre de journaux condamnés à de forte amendes ou bien fermés, de journalistes incarcérés, d'internautes séquestrés puis jetés en prison pour des années. Je ne mentionne pas la situation au Sahara occidental dont la simple évocation peut vous valoir une expulsion manu militari. Le Roi dispose d'un contrôle absolu sur l'armée et les forces de l'ordre, la justice et les affaires religieuses. Par ailleurs, la 'loi' marocaine, mêlant modernité occidentale, archaïsmes de l'ère coloniale, poids des traditions et contraintes religieuses est totalement imprédictible. L'insécurité juridique qui en résulte est une épée de Damoclès qui pèse sur la tête de tous les marocains. Seul le Roi décide quand et comment utiliser l'épée...

Alors, lorsque je vois que cet article prétend faire la promotion du modèle marocain, je suis particulièrement triste pour toutes les personnes qui souffrent au Maroc. Il y en a beaucoup, des femmes bien sûr, mais aussi des hommes éduqués et économiquement très bien intégrés. Ils souffrent de ne pas pouvoir s'exprimer, de ne pas pouvoir choisir librement leur vie...

Démocratie !!!

Il faut vraiment méconnaitre le régime Marocain pour seulement prononcer le mot démocratie !
Pour avoir vécu plusieurs années dans ce pays, je peux vous affirmer que votre vision est vraiment... très romantique.

Max

Pincez-moi et dites-moi que je rêve!

Je rejoins les auteurs des précédents commentaires. Ahurissant ! J’ai cru d’abord que c’était de l’humour… !!!

Mais bien sûr que la police matraque les manifestants au Maroc !! Il y a même eu des morts , un syndicaliste à Tiflet, un étudiant à Marrakech… Bien sûr qu’on trouve des photos de jeunes, de militants aux cheveux blanc, de militantes jetés au sol, traînés par terre et roués de coups de matraque. J’ai même la photo d’un commissaire de police jetant à terre et battant une femme âgée portant un bébé sur son dos, simplement parce qu’elle voulait rendre visite à son fils emprisonné arbitrairement à la prison d’Oukacha! La police ne frappe pas tous les manifestants, bien sûr, puisque tout est arbitraire. Mais toutes les catégories de citoyens qui osent crier leur colère contre les atteintes aux droits de l’Homme ont droit à la répression : les diplômés chômeurs, même handicapés, les aveugles qui ne savent pas où courir pour échapper aux coups, les ouvriers, les syndicalistes, les paysans, les très jeunes, les très vieux…Un vieillard de 93 ans , handicapé mental, a été incarcéré pour avoir critiqué le roi. Il est mort deux ans plus tard en prison, loin des siens… Les étudiants de Marrakech torturés, humiliés, obligés de recourir aux grèves de la faim illimitées jusqu’à l’extrême limite de leur survie. Parmi eux l’étudiante Zahra Boudkour en est devenue la figure emblématique : torturée, laissée nue au milieu de ses camarades pendant plusieurs jours, gravement malade à la suite d’un viol à la matraque mais interdite de soin d’un gynécologue, condamnée à deux ans de prison avec ses camarades, pour avoir protesté contre les mauvaises conditions de vie et d’études. Que fera pour elle la nouvelle maire de cette ville ? Il y aurait de quoi écrire des pages !

La torture chère à Hassan II n’a pas disparu. On meurt encore dans les centres secrets au Maroc, même si c’est moins fréquent…L’arbitraire fait partie de la vie du peuple marocain : des membres de la famille royale se croient permis impunément de voler, maltraiter, torturer, terroriser toute une région. (en l’occurrence la région de Khénifra) …Un neveu du roi a tiré sur un policier qui a osé lui demander ses papiers parce qu’il avait grillé un feu rouge… Mais là, la police ne bouge pas !

L’IER aurait pu apporter un changement si les résolutions en étaient appliquées…La vitrine est belle, la réalité l’est moins…Les tortionnaires des années de plomb « fondus dans le décor » ? Mais non, profitant de l’impunité totale, certains d’entre eux sont toujours en bonne place : Laânigri à la tête des compagnies mobiles d’intervention, Ben Slimane à la gendarmerie…

Le mot démocratie n’a pas encore sa place au Maroc. Le peuple ne fait plus confiance au régime, et s’il ne vote pas, ce n’est pas par analphabétisme, mais parce que ça ne sert à rien, puisque tous les pouvoirs sont entre les mains d’une seule personne. Drôle de démocratie…

Alors : exporter le modèle marocain…Il faudrait trouver mieux…

Solidmar

Traduttore traditore !

Une petite remarque à l'usage de Micha Cziffra: Western Sahara est le nom en anglais du Sahara occidental. "L'Ouest saharien" est certes pittoresque mais vous ferait recaler à n'importe quel examen de traduction...
Une autre remarque à l'usage de la rédaction de slate.fr : faites relire les traductions par des réviseurs compétents avant de les publier, SVP !

Solidmar

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