France

Gaz de schiste: pourquoi Montebourg a raison

Michel Alberganti, mis à jour le 11.07.2013 à 12 h 43

Face au dogme qui domine chez les écologistes, l’idée de créer une entreprise nationale publique pour exploiter le gaz de schiste français, sous réserve d’une garantie d’absence de pollution, relève du simple bon sens.

Près d'un site d’exploration de gaz de schiste en Pologne en 2013. REUTERS/Peter Andrews

Près d'un site d’exploration de gaz de schiste en Pologne en 2013. REUTERS/Peter Andrews

Le bon sens a-t-il définitivement abandonné les écologistes? On est en droit de se poser la question à l’occasion de la nouvelle sortie d’Arnaud Montebourg. A l’Assemblée nationale, le 10 juillet 2013, le ministre du Redressement productif a lancé l’idée de la création d’une entreprise nationale publique qui serait chargée de «capter la rente» du gaz de schiste. Cela sous réserve de la mise au point préalable d’une technique écologique d’exploitation de cette ressource.

Arnaud Montebourg a précisé qu’il s’agit là d’une position personnelle… Sage précaution puisque le tout nouveau ministre de l’Ecologie et de l’Energie, Philippe Martin, a aussitôt fait savoir que «la question d’une exploitation écologique des gaz de schiste ne se pose pas». Fin de la séance de créativité.

Dommage. Au sein même du gouvernement, la contestation de la position des écologistes dans ce domaine revient régulièrement sur le tapis. Certes, Arnaud Montebourg y paraît isolé. Mais il ne n’exprime sans doute pas son seul avis. Les ministres de l’Industrie ou de la Recherche, s’ils ne disposent pas de la même liberté de parole, n’en pensent probablement pas moins. L’Office parlementaire d’évaluation des choix technologiques et scientifiques (OPECST) travaille sur un rapport qui, à la rentrée, devrait se déclarer en faveur de l’exploration afin d’évaluer les ressources du sous-sol français en gaz de schiste. Exploration que les écologistes condamnent également.

Le temps passe, la crise se poursuit, la croissance est nulle, voire moins. Dans ce contexte, tenter de bâillonner le bon sens se révèle délicat. La tentation de vérifier si l’on n’est pas assis sur un tas d’or, fût-il «sale», est difficile à contenir. En se cramponnant au dogme qui rejette toute exploitation de ressources fossiles, les écologistes risquent de perdre les quelques pourcents de crédit qui leur reste dans l’opinion publique.

Leur dernier résultat à l’élection présidentielle aurait pu les inciter à plus de réalisme. Il n’en est rien. On connaît déjà le don particulier des Verts pour l’autodestruction.

Quand les dogmes accouchent de mesurettes

Le cas du gaz de schiste n’est pas isolé. La position écologiste sur l’enfouissement des déchets nucléaires relève de la même idéologie qui peut conduire jusqu’à l’absurde. Dans ce cas, contrairement au gaz de schiste, les déchets existent bel et bien. Mais les enfouir cautionnerait la poursuite du nucléaire, selon les écologistes. Ils préfèrent donc les laisser à l’air libre, quitte à en augmenter les risques pour les futures générations. Et ils bloquent le débat public national en cours pour en débattre. Débat sur lequel il y a, certes, beaucoup à dire, tant il ne mérite pas vraiment son nom. De là en empêcher que ne se tiennent des réunions publiques d’information sur le sujet…

Les dogmes sont rarement subtils mais ils peuvent être moteurs. Ceux des écologistes conduisent aujourd’hui au blocage systématique. Dans le contexte économique actuel, le débat sur la transition énergétique promet ainsi d’accoucher d’un catalogue de bonnes résolutions et de mesurettes plus cosmétiques que révolutionnaires.  

La synthèse des débats territoriaux se révèle en effet affligeante. La première des 30 propositions principales prône… le développement du covoiturage. On trouve ensuite la rénovation des bâtiments les plus énergivores, la récupération de la chaleur fatale et issue de la valorisation des déchets, la priorité à la baisse des consommations…

Prenons la proposition numéro 8 concernant le développement de la production d’énergies renouvelables. La cible est chiffrée, ce qui est exceptionnel dans les propositions en dehors des baisses de consommation (-20% d’ici 2020 et facteur 4 d’ici 2050). Elle est fixée à une fourchette de 23 à 45% d’EnR d’ici 2020. Sans préciser s’il s’agit d’un pourcentage de l’énergie totale ou de l’électricité…

Admettons qu’il s’agisse d’électricité. En France, en 2011, cette dernière était produite à 78,7% par le nucléaire. Le renouvelable représentait moins de 12% (dont 9% d’hydroélectrique). Il s’agirait donc de multiplier cette part par 2 ou 4 en moins de 10 ans.  Aucun moyen n’est, bien entendu, précisé pour atteindre de tels objectifs en dehors d’incantations sur la mise en place d’une «vraie fiscalité énergétique cohérente».

Le débat sur la transition énergétique risque fort de n’aboutir qu’à un catalogue d’économies d’énergie. Si c’est excellent, bien entendu, cela ne permettra pas d’enclencher une «transition». Pour cela, il faudrait une véritable planification de la transformation du mix énergétique au cours des 25 à 50 prochaines années. Or, nous sommes à des années-lumière d’un tel projet.

Le gaz naturel et le gaz de schiste ne sont pas des solutions d'avenir mais...

Si, comme cela est le plus probable, le quinquennat de François Hollande s’achève sans que la centrale de Fessenheim ne soit fermée, malgré l’engagement réitéré du candidat puis du président, la messe sera dite. La France restera, pour longtemps encore, une nation hautement nucléarisée. Une situation que la majorité des Français approuve. Mais qui étranglera tout développement des énergies renouvelables.

Dans ce contexte, sans même tenir compte de la crise, on voit mal comment le mouvement écologique pourrait amorcer un véritable élan national. Ce qui augmente vraiment, en France, c’est la part du gaz naturel. Elle est passée de 18% en 1981 à 30% en 2011 dans l’industrie et 19% à 32% dans le résidentiel et le tertiaire sur la même période. Aujourd’hui, le gaz naturel représente plus de 20% de notre consommation totale d’énergie. Il se rapproche de l’électricité (24%) mais reste loin du pétrole (43%).

Que le gaz naturel et le gaz de schiste ne soient pas la solution d’avenir, à la fois parce qu’ils produisent du CO2 et qu’ils ne sont pas renouvelables, ne fait aucun doute. Mais qu’ils puissent jouer, si des ressources suffisantes existent, un rôle important dans les prochaines décennies est difficilement contestable. Que la France ait cette opportunité d’exploiter son propre sous-sol, comme elle l’a déjà fait à Lacq, aurait pu servir la cause écologique.

En échange du droit à produire du CO2, les écologistes auraient pu imposer des normes de sécurité françaises susceptibles de devenir des normes internationales. Avec l’innovation, l’activité industrielle et les exportations de technologies qui vont avec. Les écologistes auraient pu exiger que la manne économique du gaz de schiste serve à préparer une véritable transition énergétique et une vraie sortie du nucléaire d’ici 50 ans.

L’idée personnelle d’Arnaud Montebourg va exactement dans ce sens. Il fait appel aux «écologistes raisonnables» pour la soutenir. Mais l’on peut craindre que ces deux termes ne soient devenus antinomiques.

Michel Alberganti

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