FranceCulture

Carla, la femme qui murmurait à l'oreille de Nico

Ariane Istrati, mis à jour le 02.07.2009 à 20 h 50

La femme du chef de l'Etat imprime sa marque. Comme les précédents épouses, mais de façon plus subtile.

Elle jurait qu'elle n'y connaissait rien. Qu'elle avait tout à apprendre. Mais Carla Bruni est une bonne élève. Après dix-huit mois de vie commune avec son Nicolas Sarkozy de mari, la chanteuse imprime de plus en plus fortement sa marque sur la vie politique française. Dernier exemple en date: la nomination de Frédéric Mitterrand à la tête du ministère de la Culture. C'est à elle déjà que le neveu de l'ancien Président socialiste devait sa place à la Villa Médicis. Alors que Sarkozy avait promis le poste à son conseiller Georges-Marc Benamou, Carla avait suggéré le nom de Mitterrand. Frédéric, c'est un ami de la famille, particulièrement de la mère, Marisa Bruni-Tedeschi qui l'a ensuite présenté à ses filles. De la Villa Médicis à la rue de Valois, le chemin n'a pas été trop long pour l'ancien animateur télé.

Lors du dernier remaniement, les conseillers du chef de l'Etat ont eu la surprise de voir Carla passer une tête lors des réunions informelles du dimanche consacrées à la composition du nouveau gouvernement. Discrète, elle ne s'est permis aucune remarque publique mais n'en a pas moins influencé son époux notamment en ce qui concerne l'éviction de Rachida Dati qu'elle n'a jamais porté dans son cœur.

Quelques semaines auparavant, les observateurs notaient déjà la main de Carla dans le remue-ménage à la tête de Radio-France. Là encore, c'est elle qui a soufflé à son mari le nom de Philippe Val, l'ancien patron de Charlie-Hebdo, un ami de longue date, pour diriger France Inter. Pour Bruno Jeudy, journaliste au Figaro et co-auteur de Sarkozy et « ses » femmes (1), ce n'est qu'un début. «Son influence va crescendo, nous explique-t-il, elle est finaude, elle la joue modeste et ne se pousse pas du col, elle ne veut pas montrer le pouvoir qu'elle a».

Les deux vies du chef de l'Etat

Un pouvoir qui s'applique pour l'instant surtout dans les sphères culturelles. «Carla permet à Sarkozy de mettre en place le deuxième étage de la fusée ouverture, poursuit Bruno Jeudy, l'ouverture classique vers le Parti socialiste est morte, le Président n'arrive plus à débaucher. Par contre, dans le domaine culturel, il a encore beaucoup à faire». En épousant Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s'est ouvert sur le monde intello parisien dont il se gaussait auparavant. Exit les Jean-Marie Bigard et autres Didier Barbelivien, ses amis du temps de Cécilia. Le locataire de l'Elysée a désormais accès à l'incroyable carnet d'adresse germano-pratin de l'ancien mannequin. «Il a deux vies, conclut Bruno Jeudy, sa journée à l'Elysée puis il découvre un cercle différent lorsqu'il rentre le soir chez sa femme». Dîner avec Michel Houellebecq ou David lynch, rencontre avec Woody Allen, expo Picasso, Sarko aurait fait, au contact de sa nouvelle épouse, sa «révolution culturelle» selon l'Express du 18 au 24 juin. Une métamorphose certes réelle mais savamment mise en lumière par les communicants de l'Elysée. Ce portrait flatteur d'un Président branché n'est-il pas d'ailleurs dessiné à gros traits dans le magazine dirigé par Christophe Barbier, un ami intime de Carla?

Carla, Cécilia, et Marie-Dominique

Sarko sous influence de sa femme, rien de neuf finalement. On se souvient de la place prédominante qu'avait prise Cécilia dans le dispositif mis en place par le candidat dans sa conquête du pouvoir. La femme du ministre de l'Intérieur avait à l'époque fonction officielle et bureau aux côtés de son mari. Elle participait à toutes les réunions de cabinet de ce dernier, organisait son agenda, le remplaçait si besoin est dans des cérémonies officielles, avait la haute main sur les nominations.

Au lendemain de la victoire en 2007, elle prit une part active à la composition du gouvernement et fut notamment l'artisan de l'ascension spectaculaire de Rachida Dati place Vendôme ou de la désignation de David Martinon comme porte-parole de l'Elysée.

Avant elle, la première épouse de Nicolas Sarkozy joua aussi un rôle déterminant dans ses premiers pas politiques. Marie-Dominique Culioli, nièce d'Achille Peretti, alors maire de Neuilly-sur-Seine, lui permit, en effet, de se faire un carnet d'adresse dans les Hauts-de-Seine et de s'imposer auprès notamment de Charles Pasqua. «Nicolas Sarkozy a été élevé par sa mère, une femme forte, analyse Bruno Jeudy. Depuis, il a toujours cherché auprès de lui une présence féminine qui le rassure et le stimule à la fois. Comme pour les autres, il mettra Carla au centre de son dispositif politique, il a besoin de ça pour fonctionner ». Nicolas Sarkozy est un caméléon qui s'adapte aisément aux univers de ses épouses successives.

L'influence de Carla ne s'incarnera pas de la même façon que celle de Cécilia. La chanteuse a construit sa propre vie avant de se marier avec le chef de l'Etat, elle n'est pas en quête de reconnaissance comme pouvait l'être Cécilia. Son influence sera donc plus subtile. Mais pas moins forte. «Elle sera très importante en 2012, pronostique Bruno Jeudy, elle sera un des atouts de la réélection de Nicolas Sarkozy». A suivre.

Ariane Istrati

(1) Avec Eric Decouty, Plon, 2008

Image de une. A la préfecture de Caen, le 6 juin 2009. Pascal Rossignol / Reuters

Ariane Istrati
Ariane Istrati (18 articles)
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