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Les fans de foot brésilien font revivre l'un des pires châtiments de l'histoire

Justin Peters, mis à jour le 10.07.2013 à 19 h 21

Ils voulaient la tête de l’arbitre. Ils l’ont eue. Retour sur le fait divers brésilien tragique et son inscription dans l'horrible histoire des tortures.

Dans une favela de Rio de Janeiro en février  2013. REUTERS/Pilar Olivares

Dans une favela de Rio de Janeiro en février 2013. REUTERS/Pilar Olivares

L’Associated Press a publié une étrange brève le week-end dernier sur un match de foot amateur au Brésil qui s’est terminé de façon épouvantable. Les problèmes ont commencé quand l’arbitre, Otavio da Silva, a renvoyé du terrain un joueur appelé Josenir Abreu. Une bagarre s’en est suivie, au cours de laquelle da Silva a sorti un couteau et poignardé Abreu à mort. Les amis et les proches d’Abreu ont été fort contrariés, comme vous pouvez vous y attendre, ils ont donc envahi le terrain et jeté des pierres sur da Silva jusqu’à ce qu’il en meure, ce à quoi vous ne vous attendiez sûrement pas. Ensuite, ils l’ont découpé en morceaux et empalé sa tête sur un pieu, ce à quoi vraiment, mais vraiment, j’espère que vous ne vous attendiez pas du tout.

La pratique de l’écartèlement remonte à l’Angleterre du XIIIe siècle. Elle fut utilisée par Henry III et les souverains qui lui succédèrent contre les hommes accusés de haute trahison. Les malheureux condamnés étaient traînés jusqu’au gibet et pendus presque jusqu’à la mort –mais pas tout à fait. Ensuite, on les éviscérait pendant qu’ils étaient encore vivants, et leurs entrailles étaient brûlées sous leurs yeux. Enfin, le prisonnier était décapité et démembré, et sa dépouille exposée pour servir d’avertissement à tous ceux qui auraient eu des velléités de conspirer contre la couronne.

Ce châtiment ne fit pas vraiment son chemin jusqu’aux treize colonies d’Amérique du Nord. On n’a que très peu de documents attestant que des gens furent pendus, traînés et écartelés en Amérique. En 1676, un homme de Rhode Island appelé Joshua Tefft subit ce supplice pour avoir combattu aux côtés de la tribu Narragansett pendant une escarmouche avec des colons. Tefft se défendit en affirmant qu’on l’avait forcé à se battre, mais les colons ne voulurent rien savoir; comme on peut le lire dans le livre Mayflower de Nathaniel Philbrick:

«Sans vêtements anglais et avec son visage buriné par les intempéries, il avait l’air indien aux yeux des Anglais. Tefft était un exemple dérangeant de ce qui arrivait à un homme lorsque le dieu et la culture des Puritains tombaient et que l’on laissait libre cours à la sauvagerie indigène

(Les guerres indiennes furent l’âge d’or de l’écartèlement en Amérique. En 1675 un chef Narragansett appelé Metacom fut décapité et démembré après avoir été tué lors d’une bataille contre des colons. L’Encyclopedia Britannica raconte que sa tête fut «exposée sur un poteau pendant 25 ans à Plymouth».)

Si certaines sources affirment que Tefft est le seul homme dont on est certain qu’il ait été pendu, traîné et écartelé en Amérique, le châtiment en lui-même resta théoriquement en vigueur pour dissuader toute trahison. En 1771, le capitaine Benjamin Merrill et cinq autres hommes furent condamnés à être pendus, traînés et écartelés pour avoir dirigé un groupe de miliciens contre les forces britanniques, lors d’une protestation contre les taxes préfigurant la guerre d’Indépendance. Les documents indiquent qu’ils ne furent que pendus cependant, et que l’on renonça à les traîner et à les démembrer. Ouf!

Une fois les Britanniques chassés des colonies, la pratique de pendre, traîner et écarteler les gens disparut de la liste des châtiments, probablement parce qu’elle était barbare et inhumaine et puis aussi vraiment très salissante. Les 200 dernières années ont été à peu près dégagées de toute pendaison-traînage-écartèlement, ce qui explique en partie le côté surprenant de cette information venue du Brésil. Car en fait, le plus étonnant dans cette histoire de lynchage est finalement que les supporters aient été capables de découper l’arbitre en question. Est-ce qu’ils avaient apporté leur machette?

Justin Peters

Traduit par Bérengère Viennot

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