France

Le début du ramadan, c'est pour aujourd'hui ou pour hier?

Margaux Leridon, mis à jour le 18.12.2013 à 17 h 57

La méthode astronomique avait fixé la date au 9 juillet. La Grande mosquée de Paris a préféré le 10 juillet. Mais qui décide de la date de début du mois de jeûne?

Prière du début de l'après à la Grande mosquée de Strasbourg, 9 juillet 2013. Vincent Kessler/REUTERS

Prière du début de l'après à la Grande mosquée de Strasbourg, 9 juillet 2013. Vincent Kessler/REUTERS

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande mosquée de Paris qui donnent deux dates différentes pour le début du ramadan, ça fait désordre. Mais c’est bien le mercredi 10 juillet* que commence le mois de jeûne: alors que le CFCM avait annoncé il y a deux mois la date du 9 juillet sur la base de calculs astronomiques, il s’est finalement rallié à la Grande mosquée et aux pays arabes, qui ont annoncé la date du 10 juillet en se fondant sur la méthode traditionnelle d’observation de la lune. Qui décide en dernier ressort de la date du début du ramadan?

La lune. En dehors d’elle, il n’y a pas d’autorité incontestée.

Les musulmans utilisent un calendrier lunaire, dans lequel un mois représente une lunaison. En arabe, le terme de ramadan renvoie au neuvième mois de l’année lunaire, durant lequel doit être observé le jeûne. Comme une année lunaire compte environ 355 jours, le début de ce neuvième mois se décale, chaque année solaire, d’une dizaine de jours. Les hadiths (paroles attribuées au Prophète Mahomet) recommandent de commencer le jeûne avec l’observation de la naissance de la nouvelle lune, et de l’arrêter avec la naissance de la lune suivante.

Si le croissant n’est pas visible, il faut compter trente jours. Traditionnellement, ce sont donc les oulémas (savants musulmans) locaux qui observent l’apparition du premier croissant de lune, marquant l’entrée dans le neuvième mois. La date varie à un jour près dans les différents pays du monde, en raison de la rotation de la terre.

L’aspect quelque peu aléatoire de cette méthode a conduit le CFCM à utiliser une règle de calcul astronomique afin de fixer la date du début du jeûne. Cette règle permet de déterminer, à quelques secondes près, l’heure à laquelle la terre, la lune et le soleil se trouvent alignés, ce qui rend possible l’observation de la lune à l’œil nu depuis n’importe quel point du globe. La méthode adoptée, qui avait prévalu au sein de la Conférence internationale sur l’observation de la lune en 1978, et qui est utilisée aujourd’hui dans de nombreux pays musulmans, notamment la Turquie, prévoit que l’angle de l’élongation (soleil-lune) doit être supérieure à 8°, et la position calculée du centre de la lune par rapport à l’horizon doit être supérieure à 5°.

C’est ainsi que pour la première fois, en mai 2013, le début du ramadan a été annoncé deux mois à l’avance. Problème: à la date fixée, le 9 juillet, la Grande mosquée de Paris annonce que la nouvelle lune n’ayant pu être observée ni en France, ni dans les pays musulmans, le mois de jeûne ne commencera que le 10.

Bien que le CFCM se soit finalement rallié à la nouvelle date, ce désaveu est étonnant. En effet, plusieurs facteurs contribuent à rendre incertaine la méthode traditionnelle, en particulier les conditions d’observation (humidité, température, pollution). Au contraire, l’astronomie, grâce aux fuseaux horaires, permet de prévoir avec exactitude à quel moment le croissant apparaît.  

Mais la date du début du ramadan est un enjeu politique pour les différentes institutions islamiques: désigner une instance autorisée à fixer cette date, ce serait lui donner une suprématie sur les autres. Or, contrairement à l’église catholique par exemple, la communauté musulmane en France, très largement sunnite, n’est pas organisée de manière hiérarchique, et n’a donc pas de chef incontesté. Annoncer une date différente de celle donnée par les institutions rivales est aussi une façon de montrer qu’on ne dépend pas d’elles. 

Depuis les années 1950, différentes institutions panislamiques telles que l’organisation de la conférence islamique et la Ligue arabe ont tenté de mettre un place un calendrier commun à leurs Etats membres. Ces propositions n’ont pour l’instant pas abouti, mais des recherches se poursuivent. Globalement, la méthode traditionnelle fondée sur l’observation de la lune n’est utilisée que pour les fêtes religieuses. Pour le reste, les pays musulmans utilisent le calcul astronomique.

Margaux Leridon

L’explication remercie Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, détaché à l’Institut universitaire européen de Florence, spécialiste de l’islam. 

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Mise à jour: il s'agit bien du 10 juillet et pas du 10 mai comme indiqué dans une première version. Retourner à l'article

Margaux Leridon
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