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Après Pierce et Mauresmo, Bartoli... les femmes plus fortes que les hommes?

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.07.2013 à 17 h 28

Depuis la victoire de Noah il y a trente ans, le bilan comptable est favorables aux françaises. Peut-on en déduire que la recette de la fabrique des champions a un genre?

Marion Bartoli vient de reporter le titre féminin à Wimbledon, le 6 juillet 2013. REUTERS/Adrian Dennis/Pool

Marion Bartoli vient de reporter le titre féminin à Wimbledon, le 6 juillet 2013. REUTERS/Adrian Dennis/Pool

La statistique est réductrice, mais cruelle pour les hommes. Depuis le 5 juin 1983 et le triomphe de Yannick Noah à Roland-Garros, le tennis masculin français est largement dominé au palmarès par son homologue féminin. En effet, en trente ans, quand les hommes se sont contentés de cinq finales du Grand Chelem... et d’un set grappillé en tout et pour tout lors de ces cinq finales, ces dames ont joué un total de 12 finales majeures et en ont gagné cinq (six finales de Grand Chelem pour Mary Pierce, trois pour Amélie Mauresmo, une pour Nathalie Tauziat, deux pour Marion Bartoli).

Après Mary Pierce (Open d’Australie 1995, Roland-Garros 2000) et Amélie Mauresmo (Open d’Australie et Wimbledon 2006), Marion Bartoli a goûté à son tour à ce bonheur si rare en s’imposant samedi sur le gazon de Wimbledon. Et dans son cas, martelons-le une bonne fois pour toutes, il n’y a aucune raison de faire la fine bouche sous le prétendu prétexte qu’elle n’a pas eu à affronter l’une des 15 meilleures mondiales en sept matchs (tous avalés en deux sets).

Au bas des palmarès ne figure aucun astérisque pour faire ressortir du passé ce genre d’anecdote dont personne, ou presque, ne se souviendra dans dix ans et, encore moins, dans cent ans. En 2000, lorsque Pete Sampras a soulevé le trophée de Wimbledon pour la 7e et dernière fois, le joueur le mieux classé qu’il avait croisé cette année-là était 21e.

Etre un champion, c’est être capable de saisir les occasions qui s’offrent à vous que l’on s’appelle Sampras ou Bartoli.

Pas de conclusions hâtives

En France, si l’on s’en tient aux chiffres, il existerait donc davantage de femmes que d’hommes pour savoir exploiter leurs chances au plus haut niveau. C’est vrai (et amusant à observer) dans la réalité des résultats en question, mais il ne vaut mieux pas en tirer de hâtives conclusions.

Précisons d’abord qu’au cours des derniers mois, toutes les raisons existaient au monde pour s’inquiéter du niveau du tennis féminin français qui ne décollait plus à l’image de la dernière édition de Roland-Garros où pas une joueuse, comme en 2012, n’avait franchi le cap du troisième tour.

Et ce 8 juillet, après tout, elles ne sont que cinq à figurer parmi les 100 premières mondiales alors que 13 Français ont intégré ce Top 100 avec deux d’entre eux, Tsonga et Gasquet, parmi les 10 premiers.

Et souvenons-nous qu’en décembre 1997, Mary Pierce, Nathalie Tauziat, Sandrine Testud et Julie Halard-Decugis étaient toutes entre le 7e et le 15e rang. Si Marion Bartoli, âgée de 28 ans, avait trébuché lors de ce Wimbledon, le débat sur la morosité du tennis féminin français aurait continué et affirmer désormais que ledit tennis féminin pète la forme aujourd’hui grâce au succès de Bartoli serait, à l’inverse, un mensonge très grossier. Voilà pour l’état général du tennis féminin français.

Rappelons ensuite l’évidence: aucun système, en France ou ailleurs, ne fabrique un champion. Ce n’est pas parce que la Suisse a été capable de «sortir» dans la foulée Martina Hingis et Roger Federer ou la Belgique de révéler à la fois Justine Henin et Kim Clijsters que ces deux pays bénéficieraient de modes de formation uniques au monde. Faux et archi-faux.

Par nature, un champion est exceptionnel et ne s’extirpe de la masse que par lui-même même si les très bons systèmes fédéraux, comme celui mis en place par la Fédération française (FFT), sont très importants au niveau de la détection, de la progression et de l’accompagnement.

En marge de la fédération

Mary Pierce (dont l’éducation est américaine et qui a été formée à l’école de Nick Bollettieri en Floride) et Marion Bartoli ont trouvé leur voie personnelle en marge de la FFT dans une relation «père-fille» bien connue du tennis féminin, très exclusive et particulière pendant longtemps comme Richard Williams avec ses progénitures, Venus et Serena.

Après avoir suivi la filière fédérale, Amélie Mauresmo a choisi, à la fin de l’adolescence, de voler de ses propres ailes afin de déterminer son propre chemin.

Les cas Pierce (Américaine avant d’être Française répétons-le et qui a joué six des 12 dernières finales françaises en Grand Chelem) et Bartoli sont des réussites purement individuelles, souvent iconoclastes, et prouvent qu’en matière d’entraînement, toutes les pistes peuvent être ouvertes.

Comme en peinture, il y a, dans le sport, des écoles plus «classiques» comme celle d’Amélie Mauresmo ou carrément «surréalistes» comme celle de Marion Bartoli dont les modes de préparation ont souvent prêté à sourire, preuve que tout est envisageable à partir du moment où chacun croit à sa boussole. Quel que soit son style, un petit chef-d’œuvre est imaginable à l’arrivée. 

Et les hommes?

Pour autant, les joueurs français manqueraient-ils de talent ou de «niaque» en comparaison de leurs consoeurs sur les courts? Non, sauf qu’ils n’ont pas prouvé, pour le moment, qu’ils étaient capables d’aller au bout d’une telle aventure. Comme la Grande-Bretagne n’a pas été en mesure de produire un champion masculin de Wimbledon en 77 ans jusqu’à la délivrance permise par Andy Murray alors que des joueuses britanniques comme Virginia Wade et Ann Jones avaient inscrit, entre-temps, leur nom au palmarès du plus grand tournoi du monde.

Lorsque Yannick Noah, qui n’était pas le plus doué de tous, a remporté les Internationaux de France à une époque où, tout de même, Jimmy Connors, John McEnroe, Ivan Lendl, Guillermo Vilas et Mats Wilander figuraient aux cinq premières places du classement ATP (un «big 5» qui vaut bien, à sa façon, le «big 4» actuel), il s’était donné tous les moyens pour aller au bout de son rêve.

Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. Certes, mais pour rêver à l’impossible, encore faut-il être persuadé d’avoir un désir à la mesure de cet enjeu.

En apparence, Jo-Wilfried Tsonga, battu en quatre sets très serrés par Novak Djokovic en finale de l’Open d’Australie en 2008, a cette volonté en lui. En revanche, Richard Gasquet, le plus doué des joueurs français quand il était plus jeune, ne semble pas posséder cette envie dévorante de devenir un champion, mais c’est un jugement à l’emporte-pièce car nous ne sommes pas dans ses chaussures. Il paraît improbable qu’il gagnera un tournoi majeur... sauf que nous n’en savons rien.

Personne n’aurait imaginé voir le Suédois Thomas Johansson enlever l’Open d’Australie en 2002 ou Marion Bartoli bluffer le monde entier ce 6 juillet 2013. Un champion reste un mystère, qu’il soit un homme ou une femme. Qu’il soit français ou espagnol.

Yannick Cochennec

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