Economie

Au bonheur des banques

Oriane Claire, mis à jour le 03.07.2009 à 6 h 56

Comment la BCE noie les banques commerciales européennes sous les liquidités bon marché.

Nous sommes en pleine période de soldes. Mais aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, le grand rabais sur les prix se répand un peu partout, bien au-delà du commerce traditionnel. Il bénéficie désormais aux banques commerciales. Regardons ensemble ce qui se passe dans les cuisines du système bancaire, à l'abri des yeux inexpérimentés, c'est-à-dire de ceux du plus grand nombre.

Explication.

Après la Fed (Banque Centrale américaine), c'est au tour de la très orthodoxe Banque Centrale Européenne (BCE) d'injecter massivement des liquidités auprès des établissements de crédit à un taux défiant toute concurrence. Une opération inédite qui s'est soldée par un franc succès. Le 23 juin dernier, la BCE  propose aux banques des prêts pour un montant illimité avec un taux fixe exceptionnel de 1%. Une aubaine pour les banquiers qui se sont rués sur cette offre unique et fort attractive: 1 121 banques commerciales ont demandées 442 milliards d'euros auprès de la Banque Centrale. Du jamais vu. Si bien que «l'Eurosystème présente aujourd'hui un excès de liquidité de l'ordre de 270 milliards d'euros» précisent les analystes du Crédit Agricole.  

La crise du crédit a été prise très au sérieux par les autorités financières. La Banque Centrale a ainsi fourni «à tout prix» la liquidité pour apaiser les tensions dans le secteur bancaire.  Résultat, les banques croulent sous les liquidités. Et «l'ampleur de cette dernière injection devrait maintenir une forte pression sur les taux d'intérêt à court terme», ajoutent les experts de la banque verte.

La baisse des taux est l'objectif visé depuis l'embrasement du secteur financier. La Banque Centrale Européenne souhaite en injectant massivement de nouvelles liquidités permettre aux banques d'améliorer la distribution du crédit.  Il faut redonner confiance, détendre les taux d'intérêt et revitaliser les crédits bancaires. Car sans emprunt, pas de croissance pour l'économie, nous dit-on. Alors, à première vue, nous voilà sortis d'affaire, la perfusion a bien fonctionné et les taux d'intérêt sur les marchés financiers  se contractent que ce soit à court terme ou à plus long terme.  

Signes significatifs d'amélioration, certains segments du crédit reprennent vie et rassurent les opérateurs. Les banques commerciales ont en effet utilisé de suite l'argent emprunté à bon prix auprès de la BCE,  pour investir massivement dans les emprunts d'Etat allemands, les bons du trésor américains à 10 ans ou encore les obligations de l'Etat français (les OAT). Ce sont donc les emprunts d'Etat qui ont bénéficié de ce nouveau flux monétaire.  Comme nous l'expliquent les différentes banques, «nous empruntons à 1% et prêtons à plus de 3,30% pour les obligations d'Etat germanique, par exemple. Cette opération nous permet de restaurer nos marges aisément».

C'est, sans aucun doute, une bonne première étape pour les banquiers que de pouvoir améliorer leurs résultats. Grâce à ce confort supplémentaire, on peut supposer qu'ils seront plus à même de prêter aux différents acteurs économiques de la sphère privée, qu'ils soient entreprises ou particuliers. Mais, au fait, est-ce que les autorités financières ont demandé un quelconque engagement auprès des banques en contrepartie de ces prêts accordés? Aucunement, nous avoue-t-on.  Alors qui peut garantir l'arrêt du ralentissement des crédits bancaires ? Personne.

Ainsi, les banques qui sont en partie responsables du marasme dans lequel l'économie mondiale est tombée (il faut le rappeler), profitent des perfusions administrées par la BCE sans avoir l'obligation de répercuter la moindre baisse des taux sur leurs propres taux, ceux offerts à leurs clients, ni même de s'engager plus massivement dans la distribution de crédit. On nous répond pour l'instant qu'il faut du temps pour que la confiance reprenne ses droits, les banques se fixent en priorité la reconstitution de leur marge, d'autant que la perspective de l'emprunt Sarkozy laisse penser que de nouvelles opportunités d'investissements sans risque et bien rémunérés vont se présenter.

En conclusion, les banques se rémunèrent à bon taux en investissant dans la dette publique laissant le secteur privé devoir encore un bout de temps payer le prix fort pour emprunter (s'ils ont la chance de pouvoir le faire).  La BCE, elle, attend sagement que les lois du marché se rétablissent naturellement. Ainsi, on pourra dans quelques années se rappeler que pendant que la Banque Centrale Européenne dormait et l'économie s'enfonçait les banques pompaient, pompaient...

Oriane Claire

Crédit photo: Jean-Claude Trichet, président de la BCE   Reuters


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