A Argenteuil, le voile, les agressions et les tensions

Rabia, agressée le 20 mai 2013 à Argenteuil, photo prise le 22 juin. MIGUEL MEDINA / AFP

Rabia, agressée le 20 mai 2013 à Argenteuil, photo prise le 22 juin. MIGUEL MEDINA / AFP

Dans la ville du Val-d'Oise, la communauté musulmane est à vif. Les autorités ont du mal à apaiser les tensions, de nombreux collectifs et associations tentent de tirer la couverture à eux à 10 mois des élections municipales...

Il aura finalement fallu attendre le 26 juin pour que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls reçoive en personne, place Beauveau, les deux jeunes femmes voilées agressées les 20 mai et 13 juin derniers à Argenteuil ainsi qu’un collectif des habitants de la ville.

La jeune musulmane qui avait été victime d’une fausse couche et son mari avaient certes déjà été reçus par le cabinet du ministre, en présence de l’avocat de l’autre jeune fille et d’une représentante du ministère du Droit des femmes le 20 juin (et auparavant, le ministère avait envoyé une lettre aux deux victimes). Mais cette première reconnaissance officielle n’avait pas suffi à apaiser la colère d’une communauté musulmane qui souhaitait une intervention personnelle du ministre, déplorant un deux poids-deux mesures en référence au communiqué dénonçant avec une grande fermeté l’agression d’étudiants chinois en Gironde, le 15 juin.

Le 20 mai, une jeune lycéenne voilée de 17 ans, Rabia B. est agressée rue du Nord par deux hommes vêtus de blousons sombres et le crâne rasé, l’un portant un bonnet blanc, dans une rue proche du cimetière d’Argenteuil, vers 21 heures, alors qu’elle venait de rendre visite à un proche à l’hôpital.

Que s'est-il passé à Argenteuil?

«Un look typique des skinheads», selon son père. Les deux individus la traînent dans une rue proche, lui arrachant son voile, puis l’un d’entre eux la roue de coups de pieds et de poings à terre en la traitant de «sale pute voilée».

A partir de là, sa version et celle de la police divergent.

La jeune fille affirme s’être rendue au commissariat le soir-même et avoir été traitée avec négligence par les policiers qui lui auraient demandé de revenir le lendemain.

Après être passée par l’hôpital qui lui octroie 7 jours d’ITT après avoir constaté des contusions à l’arcade et au visage, au nez, aux coudes et aux ligaments croisés à la cheville, elle revient au commissariat qui enregistre finalement sa plainte le 21 mai.

Le commissaire principal prétend de son côté qu’il fallait préalablement que la jeune fille soit examinée par l’unité médico-judiciaire de l’hôpital d’Argenteuil... quand la jeune fille prétend qu’elle n’a été vue par un médecin de cette unité qu’une semaine plus tard.

Elle affirme également que le commissaire lui aurait conseillé de ne pas ébruiter l’affaire. A quoi celui-ci répond que, «si elle m’a posé la question, il se peut que je lui ai conseillé de rester discrète».

L’adjoint au maire à la sécurité, Nicolas Bougeard, se serait également rendu à son domicile pour lui recommander de ne pas en parler par crainte d’émeutes. Version démentie par le maire:

«Vous imaginez, ça n’a tout simplement aucun sens, à l’heure des SMS, tout se sait.»

Côté associations, l’écho est tout autre: le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) comme la Coordination contre l’islamophobie (CRI) parlent tous deux de pressions et affirment qu’on a cherché à empêcher la victime de porter plainte, ou du moins minimisé ce qu’elle a subi.

Il y a moins de divergences dans le second cas, l’agression qui a eu lieu quelques semaines plus tard, le 13 juin, rue de Calais, contre une jeune femme de 21 ans, mariée et enceinte de quatre mois qui sortait d’un laboratoire médical.

Là encore, les agresseurs l’entraînent dans une rue à part, lui déchirent son jilbeb (longue robe musulmane) et son voile, lui arrachant des mèches de cheveux.

Alors que la jeune femme tente de les raisonner en leur signalant qu’elle est enceinte, l’un deux lui donne un coup dans le ventre. Quatre jours plus tard, Laïla O. perd son bébé.

Traumatisée, la jeune femme évite tout contact avec la presse. Elle tient aussi à l’écart les associations musulmanes qui se sont proposées pour lui apporter leur soutien et a finalement récusé l’avocat proposé par la CRI.

Entre ces deux épisodes, un autre fait divers bouleverse Argenteuil: le contrôle musclé d’une jeune femme en niqab.

Selon la police, celle-ci aurait été conduite au commissariat car elle refusait de montrer son visage et de se soumettre aux injonctions de la police. Mais de nombreux témoins et des commerçants contredisent cette thèse et affirme que les policiers lui ont arraché son sac, l’ont plaquée sans ménagement contre un mur avant de s’en prendre à un jeune homme qui leur demandait de faire preuve de retenue.

Bilan: des échauffourées, la police ayant fait usage de flashballs et de gaz lacrymogènes sur une foule regroupant des jeunes mais aussi des pères et mères de famille avec poussettes...

Le député-maire d’Argenteuil reconnaît d’ailleurs avoir demandé au commissaire principal des éclaircissements sur la proportionnalité de l’usage de la force dans ce contrôle. Quant au préfet, Jean-Luc Nevache, il a exigé un rappel à la déontologie. Et l’enquête de police a depuis été confiée à la sûreté départementale basée à Cergy...

Une communauté musulmane en ébullition

Cette série de violences a considérablement fait monter la pression à Argenteuil. Des associations de la ville, ainsi que d’autres venues de l’extérieur, comme la CRI de Lyon, organisent de nombreuses réunions.

Des éléments réputés trop proches de la mairie sont évincés au profit d’un Collectif des habitants d’Argenteuil-Bezons, avec à sa tête Kamel Razkallah (et non Raskhalla comme l’ont écrit de nombreux médias), qui compte également parmi ses membres Hamou Aguini, un militant associatif, ex-candidat indépendant aux législatives en 2008, en conflit ouvert avec le maire.

On retrouve aussi Mohamed Chanaï, ex-candidat du Parti des musulmans de France puis de Europe Ecologie les Verts sur la circonscription d’Argenteuil-Nord, accusé d’être trop proche du maire.

Omar Slaouti, militant NPA, membre du collectif Vérité et justice pour Ali Ziri, un retraité décédé à la suite de son interpellation par les forces de l’ordre à Argenteuil, est lui aussi écarté. Le mouvement se veut en effet apolitique.

Un rassemblement s’improvise le 13 juin, jour-même de la seconde agression, devant l’hôpital d’Argenteuil. Sentant le climat explosif, le maire se rend dès le 14 juin dans les deux mosquées de la ville. A la mosquée «Dassault», il est interpellé sans ménagement par un militant du site Islam&Info et Kamel Razkallah, qui reprochent au maire de ne rien faire et aux imams de jouer le jeu des autorités, comme le montre cette vidéo:

Le lendemain, les associations locales et la CRI appellent à un rassemblement devant la mairie. Environ 800 personnes sont présentes. Le maire est chahuté et hué et doit se réfugier dans l’Hôtel de ville, le commissaire principal affirme pour sa part avoir été agressé.

Une délégation comprenant Abdelaziz Chaambi, Elias d’Imzalène de Islam&Info ainsi que le père de la jeune Rabia B. est reçue par le maire, puis par le sous-préfet. Devant la mairie, les esprits s’échauffent et c’est finalement le père de la jeune femme de 17 ans, agressée le 20 mai, qui appelle les jeunes à se calmer, hurlant dans un mégaphone:

«Vous devez réagir comme des musulmans, pas vous comporter comme des sauvages ou des voyous

«Chasse aux skins» et comités d’auto-défense

A ce moment, la tension atteint un tel paroxysme, que la moindre rumeur manque déclencher un incendie.

Comme ce SMS, parti d’on ne sait où, qui provoque le 13 juin-même un début de chasse aux skins dans les rues de la ville. Beaucoup commencent à parler de constituer des comités d’auto-défense pour assurer la sécurité des «sœurs».

D’autant que des organisations radicales venues de l’extérieur, comme l’association Anâ Muslim («Je suis musulman», en arabe littéraire), qui plaide pour la polygamie sur son site, jettent de l’huile sur le feu. Dans l’une de leur vidéo intitulée «Lève-toi et Avertis! Suite aux agressions contre nos sœurs sur Argenteuil», on voit plusieurs de leurs membres débarquer à la gare du Val d’Argenteuil et pousser les jeunes de la ZUP toute proche à critiquer l’action des politiques, des représentants officiels du culte musulman et des associations classiques, telles que la CRI ou le CCIF. L’un des jeunes interrogé complaisamment va même jusqu’à estimer que les «sœurs sortent trop et ne devraient circuler que pour le strict nécessaire».

A ce moment-là, aucune réaction publique des autorités n’a encore été enregistrée, si ce n’est le communiqué de Philippe Doucet, le maire PS d’Argenteuil, qui a condamné dès le 13 juin un «acte islamophobe» commis par des «activistes d’extrême droite, qui viennent de l’extérieur […] pour alimenter les peurs, monter les habitants contre les autres et salir l’image de notre ville». Auquel il faut ajouter un communiqué du préfet daté du 18 juin.

Mais Kamel Razkallah, du collectif des habitants d’Argenteuil-Bezons, somme le maire de faire venir Manuel Valls à Argenteuil. Car l’absence de réaction officielle au plus haut niveau de l’Etat pèse très lourd dans le climat de cette ville de 105.000 habitants.

Réactions tardives et règne du soupçon

C’est d’ailleurs cette absence de réaction publique, de la part des autorités de l’Etat, comme des associations féministes ou antiracistes, qui alimente la colère de la communauté musulmane.

Les associations antiracistes et de défense des droits de l’homme ont effectivement tardé à réagir. La Ligue des droits de l’homme n’a posté un communiqué national sur son site que le 24 juin, soit plus de dix jours après la deuxième agression. SOS Racisme s’est contenté du service minimum via un communiqué du 21 juin, faisant l’impasse sur la première agression. Le Mrap, dans un communiqué du 19 juin, dénonce pêle-mêle l’agression contre les étudiants chinois, les actes homophobes, ceux contre les femmes voilées et la mort de Clément Méric, etc.

Quant aux autorités de l’Etat, si elles ont effectivement envoyé un courrier aux victimes dès le 19 juin avant de recevoir Mme O. et son mari ainsi que l’avocat de Rabia B., elles se garderont de toute déclaration officielle.

Un silence dénoncé par l’ensemble des représentants des musulmans, à l’exception des imams de la ville et du CFCM qui s’estiment satisfaits.

Il faudra attendre le 23 juin pour que, interpellée par un membre des Indivisibles, collectif de militants proches de Rokhaya Diallo, Najat Vallaud-Belkacem s’exprime à travers un tweet pour dénoncer les agressions.

Autre point qui va considérablement agacer la communauté musulmane: le traitement médiatique des faits.

«Ils ont jeté le doute sur la parole des victimes, déplore Samira, 25 ans, comme si elles avaient menti et inventé les faits. C’est honteux.»

De fait, le préfet du Val d’Oise, Jean-Luc Nevache témoigne:

«Nous avons répondu aux journalistes, après les agressions, que nous souhaitions attendre les dépositions des victimes avant de leur donner davantage de précisions. Beaucoup en ont conclu que nous jetions le doute sur leurs déclarations, ce qui n’est absolument pas le cas.»

De plus, de nombreuses rumeurs ont été relayées par les journaux: la description des agresseurs, par exemple, avec cette affirmation non étayée que l’un des agresseurs de Laïla O. était un homme au crâne rasé avec une crête rouge, qui se transformera ensuite en crête noire, loin de la description faite par Laïla O., lors de sa déposition recueillie à son domicile deux jours après l’agression, qui mentionne deux hommes, l’un de style gothique et un homme au crâne rasé sur les côtés et sur le derrière, avec les cheveux plus épais sur le dessus (déclaration vérifiée auprès du préfet et d’un avocat finalement récusé ensuite par la victime et son mari).

Quant à Rabia B., elle a décrit deux hommes de type européen, au crâne rasé, blousons sombres.

Autre rumeur, celle qui cherche à disqualifier la déclaration de Laïla O., en parlant d’un coup porté à la hanche, tout en soulignant qu’aucune trace d’agression n’a pu être établie.

Vérification faite auprès du commissaire principal d’Argenteuil et du préfet, mais aussi auprès de Lila Charef du Collectif contre l’islamophobie en France qui l’a très tôt rencontrée à son domicile, la jeune femme aurait désigné le côté et le bas de son ventre. C’est là qu’elle aurait reçu un coup, alors qu’elle avait informé ses agresseurs qu’elle était enceinte. Ce qui n’a pas empêché de nombreux médias de faire état d’«incohérences» dans ses déclarations.

Quant à la première victime, Rabia B., alors que ses affirmations n’ont jamais varié, une chronique de l’essayiste Caroline Fourest sur France Culture, qui n’a pas souhaité nous répondre pour confronter ces curieuses informations dont elle ne mentionne pas l’origine, laisse entendre qu’il s’agirait d’un règlement de compte familial, en représailles contre le mode de vie trop libre de la jeune fille voilée de 17 ans.

Vidéosurveillance et interrogations

Ce qui nourrit aussi la rumeur, c’est la question de la vidéosurveillance. Philippe Doucet reconnaît avoir fait installé 88 caméras et en prévoit 50 de plus. Beaucoup de personnes rencontrées à Argenteuil et le père de Rabia dénoncent l’inaction de la police et le refus de communiquer les bandes. Il déclare:

«Quand un individu vole un scooter, il est tout de suite retrouvé, mais là, quand on agresse nos femmes ou nos filles, comme par hasard il n’y a pas d’images

Le préfet écarte ce début de théorie du complot car dans les deux rues où se sont produites les agressions, il n’y a aucune caméra d’installée. Quant aux caméras des rues alentour, elles filment à 360° et le soir, les deux agents municipaux chargés de visionner les images en temps réel ne sont pas en fonction. En tout cas, selon le commissaire, il n’y a aucune image correspondant aux descriptions faites par les deux femmes des agresseurs.

«Dans ce cas, à quoi servent ces outils? interpelle Kamel Razkallah. Si elles ne servent à rien, il faut le dire et les enlever car c’est de l’argent public dépensé pour rien.» Le préfet préfère botter en touche, affirmant qu’une enquête judiciaire étant ouverte depuis le 19 juin (pour violences volontaires aggravées concernant la première victime et violences en réunion concernant la deuxième), il appartiendra au juge d’instruction d’examiner les éléments disponibles.

Mais pour Mouloud Bousselat, adjoint communiste à la mairie d’Argenteuil, la vidéosurveillance serait clairement un «gadget inutile», tout comme la politique de sécurité mise en avant par le maire. Or, le 24 juin, le conseil municipal entérinait justement la décision de porter le nombre d’agents municipaux de 40 à 100 et de les équiper de flashballs.

Après l’annulation par la CRI d’un rassemblement prévu le vendredi 21 juin, à la suite d’accusations de récupération de la part de proches des victimes, 400 personnes selon la police, 1.000 selon les organisateurs –la vérité étant sans doute entre le deux– se sont réunies devant la sous-préfecture le samedi 22 juin, à l’appel de nombreuses organisations.

Une large mobilisation

On y retrouve pêle-mêle des militants du Front de gauche, du NPA, du collectif des féministes pour l’égalité, du CCIF et de nombreuses autres associations de gauche et musulmanes, mais aussi de simples Argenteuillais, venus manifester leur solidarité. Comme Anne-Sophie, cheveux blonds relevés en chignon, venue avec deux amies parisiennes voilées, Aïcha et Assia. Anne-Sophie, enceinte de neuf mois, désigne son ventre rond.

«Je pense à cette jeune femme qui ne connaîtra pas les joies de la maternité contrairement à moi

Plus loin, Xavier, qui est venu des Hauts-de-Seine, affirme que «quoiqu’on pense du voile, on ne peut pas ne pas réagir devant ces agressions clairement racistes et islamophobes».

Islamophobie. Le mot, longtemps tabou auprès des autorités qui lui préféraient le terme «racisme anti-musulman» circule enfin et son emploi par le maire et le sous-préfet sont considérés ici par beaucoup comme une victoire.

Pendant ce temps, sur la scène installée devant la sous-préfecture, les victimes se succèdent pour témoigner, à l’exception de la jeune femme ayant perdu son bébé.

Parmi elles, Kahina, une autre jeune femme voilée agressée à coups de cutter en 2009 par deux hommes dont l’un portait une croix gammée sur le bras. L’affaire s’est conclue par un non-lieu. Un père de famille raconte son interpellation au volant de son véhicule et les coups reçus lors de son transport dans le «panier à salade». Deux témoins de l’interpellation de la jeune femme au niqab expliquent qu’ils sont convoqués au tribunal en septembre.

Kamel Razkallah, fait monter la pression au micro. Contre le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, dont il fait huer le nom et qu’il rebaptise ministre de l’islamophobie, mais aussi contre le député-maire d’Argenteuil Philippe Doucet.

«Ses réactions, c’est du pipeau. L’année prochaine, ce sont les élections [municipales ndlr], faites ce que vous avez à faire

Interrogé plus tard, Kamel Razkallah n’exclut pas la formation d’une liste indépendante aux municipales.

Une communauté musulmane fatiguée d’être instrumentalisée

Philippe Doucet, député membre de la Gauche populaire au PS et maire qui s’est beaucoup investi auprès de la communauté musulmane –il vient d’accorder un permis de construire à la mosquée «Dassault», 2e mosquée de la ville après la mosquée «Renault»–, se retrouve contesté de toutes parts.

Lors du conseil municipal du 24 juin, alors qu’il lisait une déclaration officielle sur la laïcité et le vivre-ensemble, il a été apostrophé par le conseiller municipal UMP Philippe Métézeau, qui lui reproche une politique «communautariste et clientéliste». Mouloud Bousselat, adjoint communiste au Sport et à la Jeunesse, ne voit pas non plus d’un bon œil la politique de la ville à l’égard des différents cultes.

«Philippe Doucet avait d’abord créé un conseil des cultes avec une journée de la spiritualité, ce que nous avons contesté. Il l’a depuis rebaptisé conseil du vivre-ensemble et de la laïcité. Il vote toutes les subventions aux écoles confessionnelles

L’intéressé refuse ces critiques et prétend qu’il est absurde d’ignorer le fait religieux.

«Moi je vais partout, dans les mosquées, les synagogues, les temples évangéliques. Je considère qu’il est de mon devoir en tant que maire de dialoguer avec tous

Mais cette recherche de bonnes relations avec les différentes communautés semble ne plus fonctionner. Pour Abdelaziz Chaambi comme pour Kamel Razkhalla, ce sont les discours des politiques de droite comme de gauche au plan national qui alimentent l’islamophobie. Manuel Vallls n’a-t-il pas déclaré «que le voile était un combat essentiel de la République», rappelle Kamel Razkallah?

«Nous ne demandons pas de privilège, juste d’être traités comme les autres. Les musulmans ne sont pas des sous-citoyens. Nous sommes fatigués d’être désignés à la vindicte par les uns et instrumentalisés par les autres

Pour Abdelaziz Chaambi, si les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de l’exaspération de la communauté musulmane et n’accomplissent aucun geste fort –la CRI demande l’organisation d’une table ronde au ministère de l’Intérieur, le CCIF préfèrerait pour sa part une mission d’enquête parlementaire sur l’islamophobie– ce sont les radicaux qui en profiteront.

«Les actes islamophobes ont augmenté de près de 30% entre 2011 et 2012, selon le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Or, les gens sont à bout et la nature a horreur du vide. Quand vous voyez les gens de Anâ Muslim parcourir la ZUP d’Argenteuil, vous comprenez que sans intervention au plus haut niveau, on se prépare des lendemains qui déchantent...»

Véronique Valentino

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