Monde

Allez à l'école, c'est bon pour la santé

Catherine Bernard, mis à jour le 02.07.2013 à 10 h 03

C'est un des enseignements que l'on peut tirer du dernier rapport de l'OCDE.

Une installation à Washington dénonçant le nombre d'élèves abandonnant leurs études, juin 2012. REUTERS/Jonathan Ernst

Une installation à Washington dénonçant le nombre d'élèves abandonnant leurs études, juin 2012. REUTERS/Jonathan Ernst

Cette fois-ci, l'OCDE ne s'est pas intéressée –comme dans ses fameuses études Pisa– au niveau comparé des écoliers des pays membres de son organisation. Mais bien aux systèmes éducatifs et à leurs résultats. Un gros rapport de plus de 400 pages, dont nous avons choisi quelques-unes des conclusions (les plus marquantes, ou pas). 

Etudier, ça vaut toujours le coup

Même en temps de crise, et à vrai dire, surtout en temps de crise.

Le taux de chômage des personnes qui n’ont pas achevé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire était, en 2011, près de trois fois plus élevé (12,6 % ) que celui des diplômés du supérieur (4,8 %).

Et cet écart s'est creusé ces dernières années puisque le taux de chômage des premiers a progressé de 3,8 points, contre 1,5 pour les seconds.

Cette différence est encore plus importante pour les jeunes: le chômage des 25-34 ans sans diplôme atteint 18,1% contre 6,8% pour ceux qui sont titulaires d'un diplôme du supérieur. Les diplômes, autrement dit, compensent en partie le manque d'expérience professionnelle. 

Dans certains pays cependant, le chômage des jeunes sans diplôme a diminué (Autriche, Allemagne, Chili, Corée): il semble que les politiques facilitant l'insertion des jeunes dans la vie professionnelle se soient montrées efficaces. 

Etudier, ça rapporte 

L’écart moyen en termes de revenu d’activité entre les personnes peu qualifiées et les individus hautement qualifiés est passé de 75% en 2008 à 90% en 2011. Autrement dit, le revenu relatif des adultes diplômés du supérieur est plus de 1,5 fois supérieur à celui des adultes diplômés du deuxième cycle du secondaire. Ces derniers gagnent quant à eux 25% de plus que les personnes qui ont quitté l’école avant la fin du secondaire.

Bref, même si le nombre de hauts diplômés augmente sans cesse, les diplômes ne perdent pas de valeur (relative) pour autant. Aujourd'hui, dans l'OCDE, 40% des 25-34 ans sont titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur (65% en Corée, 60% au Japon, 58% au Royaume Uni, 42% en France).

Hommes et femmes ne sont pas égaux devant l'école

Les femmes constituent désormais la majorité des titulaires de diplômes de l'enseignement supérieur, sauf pour le doctorat. 

Dans certains pays, ceci est désormais vrai aussi dans l'enseignement professionnel: en Australie, Belgique, Brésil, Chili, Chine, Espagne, Finlande, Irlande, Islande, Pays-Bas et Portugal, le taux de diplômés de l'enseignement professionnel est plus élevé chez les femmes que chez les hommes. 

En outre, décrocher un diplôme, surtout de l'enseignement supérieur, produit un effet encore important pour les femmes: leur taux d'activité passe de 48% lorsqu'elles n'ont pas de diplôme (69% pour les hommes) à 77% lorsqu'elles sont diplômées de l'enseignement supérieur (86% pour les hommes). En France, les femmes diplômées du supérieur travaillent quasiment autant que les hommes (83% et 89%) .

En revanche, le diplôme est moins rentable pour les femmes que les hommes: si la différence de revenu annuel (pour un travail à temps complet) entre hommes et femmes est d'un peu plus de 20% en moyenne (21% pour les 25-34 ans, 22% pour les 35-44 ans et 23% pour les 55-64 ans), elle est plus élevée pour les diplômées de l'enseignement supérieur : 28%, quelle que soit la classe d'âge. En France, cette différence est du même ordre, et atteint même de 32% pour les diplômées de l'enseignement supérieure les plus âgées (55-64 ans)! Et ce, alors qu'au même âge, les diplômées de l'enseignement secondaire affichent une quasi-égalité de traitement (95% du salaire masculin). 

Bref, le plafond de verre n'est pas un mythe...

Les profs français sont (un peu) à plaindre

En termes de salaires, les profs français ne sont pas vraiment les mieux lotis: ainsi, le coût salarial des profs par élève (rapporté à la richesse du pays par habitant) y est inférieur à la moyenne de l'OCDE sauf dans l'enseignement supérieur: 5,3% du PIB/habitant dans le primaire, contre 8% en moyenne, 7,2% dans le secondaire, contre 10,1% en moyenne, mais 10,7% dans le supérieur contre 9,69% en moyenne. En valeur absolue, un enseignant français coûte, par élève, 1.802 dollars dans le primaire, 2.246 dollars dans le secondaire et 3.647 dollars dans le supérieur (à noter: il ne s'agit pas là de leur salaire, mais du coût salarial total par élève). En outre, la France et le Japon sont les seuls pays où le salaire des profs a diminué entre 2000 et 2011 (d'environ 9% pour un prof avec 15 ans d'expérience).

En termes de temps de travail, les professeurs français se classent dans la bonne moyenne: leur temps de travail statutaire est quasiment égal à la moyenne de l'OCDE ( un peu plus de 1.600 heures par an); leur temps d'enseignement[1] aussi, sauf en primaire, où il est bien supérieur à la moyenne de l'OCDE (936 heures contre 790). Leur nombre de jours de travail en revanche est bien moindre (141 contre 193).

L'école, c'est bon pour la santé

S'instruire est visiblement l'un des moyens les plus efficaces pour combattre le tabagisme. Seulement 20% des diplômés de l'enseignement supérieur fument, contre 38% de ceux qui n'ont pas de diplôme de l'enseignement secondaire. Curieusement, la différence est bien moindre en France, de quelques points seulement, environ 30% des Français fumant.

De la même façon, l'éducation préserve visiblement de l'obésité: le taux d'obésité passe de 25,4% à 13,5% des moins aux plus diplômés, avec un effet encore plus fort pour les femmes.  En France, ces taux sont de 18,2% pour les moins diplômés et 6,3% pour les plus diplômés. Pour les femmes, ils atteignent respectivement 20 et 5,9%.

Bref, favoriser l'accès à l'éducation supérieure comporte peut-être un coût direct pour l'Etat, mais cela permet d'engranger d'importantes économies dans les dépenses de santé!

L'accès à des diplômes supérieurs est de toutes façons tout bénéfice pour l'Etat: l'OCDE a mis en balance le coût de l'éducation et ses profits (paiement d'impôts et de cotisations sociales supérieures, moindres transferts sociaux, moindre taux de chômage donc moindres allocations chômage). Au final: la valeur actualisée d'un diplôme de l'enseignement supérieur par rapport à un diplôme du secondaire est de 104.000 dollars pour un homme, et de 97.000 dollars en France. 

Et pourtant, malgré tous ces arguments, les gouvernements ont tendance à réduire leurs budgets, du moins en valeur relative: les dépenses consacrées aux établissements d'enseignement ont baissé d'un point de PIB entre 2009 et 2010. 

Catherine Bernard

[1] Pour ce critère, l'enseignement supérieur n'a pas été pris en compte. Retourner à l'article

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