Culture

Star Trek: un mythe construit depuis un demi-siècle

Antoine Sire, mis à jour le 07.07.2013 à 10 h 26

«Star Trek into darkness», le deuxième film de la série réalisé par JJ Abrams, est bien accueilli par le public et la critique. L'occasion de revenir sur l'histoire et le mythe de cette «franchise» inoxydable, dont le premier scénario fut écrit il y a exactement 50 ans...

Spock.

Spock.

Star trek, est un monument de la science fiction, avec cinq séries TV plus une série d'animation représentant plus de 700 épisodes entre 1966 et 2005. C'est aussi 12 films produits pour le cinéma entre 1979 et 2013, dont le premier a été réalisé par Robert Wise, un des plus grands réalisateurs de l'histoire d'Hollywood, et deux par Leonard Nimoy, l'acteur qui s'est rendu célèbre pour le personnage de Monsieur Spock.

Mais le grand homme de cette «franchise» d'une longévité exceptionnelle, c'est son créateur, Gene Roddenberry, auquel la Nasa est tellement reconnaissante d'avoir inventé Star Trek qu'elle a donné son nom à un cratère sur la planète Mars ainsi qu'à un asteroïde. Roddenberry est mort en 1991 à l'âge de 70 ans, et l'année suivante ses cendres ont été embarquée dans un voyage spatial de la navette Columbia.

En 2002, une fusée Pegasus a expédié, cette fois de manière définitive, une partie de ses cendres dans l'espace. Enfin la première navette spatiale, celle construite en 1976, fut appelée Enterprise en hommage au célèbre vaisseau spatial de l'équipage de Star Trek: c'est dire l'importance que cette série occupe dans l'imaginaire des Américains.

Star Trek est parfois comparé à La guerre des étoiles, qui, comme son nom l'indique, raconte l'histoire d'un combat, un affrontement terrible puisqu'il engage des galaxies entières prêtes à en découdre pour dominer l'univers. Dans Star Trek, même s'il y a souvent des conflits et des combats et de méchants extraterrestres, le propos est différent.

Il est centré autour d'un immense vaisseau spatial rempli de scientifiques, parcourant l'espace infini en quête de nouveaux mondes à explorer. Beaucoup voient dans Star Trek une transposition dans l'espace de la conquête de l'Ouest, une sorte de western interstellaire.

La réalité est un peu plus complexe. Gene Roddenberry, le fondateur de Star Trek, avait participé pendant la Seconde Guerre mondiale à la guerre du Pacifique, qui avait comme théâtre un chapelet d'îles, parfois assez différentes les unes des autres, un peu comme le sont les planètes du Cosmos. Depuis 1954, Roddenberry qui avait exercé divers métiers était devenu scénariste pour la télévision.

Créer des séries à succès était son obsession et il élabora de nombreux projets, le plus souvent sans succès. En 1961, il réalisa le pilote d'une série nommée APO 923 qui racontait la vie à bord d'un bombardier engagé dans la guerre du Pacifique. Le projet ne fut pas achevé, mais le commandant de bord de l'avion possédait beaucoup de traits de caractères de celui qui serait un jour le capitaine Kirk.

Quand Spock était un martien aux cheveux rouges

En 1963, Gene Roddenberry va s'attaquer à un nouveau pilote, celui de Star Trek. A côté du capitaine Kirk, qui s'appelle Pike dans le premier pilote de la série, c'est le personnage de Spock qui va faire l'objet de toutes les attentions.

Dans la première version du scénario, Spock est un martien, il a les cheveux rouges et il ingère les aliments par une espèce de tiroir situé à la hauteur de son ventre. Ce sont les producteurs de la NBC, l'une des trois grandes chaînes de télévision américaine, qui vont convaincre Roddenberry de dessiner un Spock plus humain.

Pour jouer le rôle, il sera un temps question de recourir à un nain du nom de Michael Dunn, mais le choix de Roddenberry se porta rapidement sur Leonard Nimoy. Celui-ci détestait les oreilles pointues qu'on lui avait greffé pour témoigner de ses origines vulcaines, et Roddenberry lui avait promis de trouver une astuce de scénario pour les raboter au bout de quelques épisodes. On sait ce qu'il advint et c'est toujours muni de ses oreilles pointues que Leonard Nimoy vient, à 82 ans, de faire une apparition en 2013 dans Star Trek into darkness, le deuxième film de la série réalisé par JJ.Abrams.

C'est autour de Spock que tourne une grande partie de l'originalité de Star Trek. Les émotions des personnages sont d'autant mieux mises en valeur que, par contraste, Spock a la réputation d'être totalement insensible du fait qu'il est mi-humain, mi-vulcain, et que les habitants de Vulcain n'ont pas de sentiments. Pourtant, Spock éprouve bien quelques émotions, mais c'est alors une surprise, comme dans cet épisode de la saison 1 où le capitaine Kirk lui dit:

«Je vous soupçonne de devenir de plus en plus humain

Et où Spock, vexé, répond:

«Je ne vois aucune raison de rester ici à me laisser insulter.»

La fâcherie sera de courte durée et l'amitié entre les deux personnages se poursuit jusque dans le tout dernier Star Trek. Entre-temps, on aura appris dans le film de 2009 que Kirk et Spock ont en commun d'avoir eu un de leurs parents tué par l'infâme Nero. JJ Abrams a expliqué que dans ses films, les relations entre Spock et Kirk sont inspirées par l'amitié entre John Lennon et Paul McCartney, qui étaient deux garçons de tempéraments très différents mais qui se comprenaient car ils avaient tous les deux perdu leur mère quand ils étaient adolescents.

Une humanité multiculturelle et multiraciale

Spock, en tant que métis interplanétaire, incarne l'humanisme et l'idéal d'amitié entre les peuples de Star Trek, ainsi que le caractère multiracial de l'équipage de l'Enterprise. Dès le premier épisode de la série, sorti en septembre 1966 sur NBC, le Lieutenant Uhura interprété par la très belle actrice noire Denise Nichols montre un fort intérêt pour Spock. Quarante-sept ans plus tard, Uhura est toujours présente, désormais interprétée par la charmante Zoe Saldana et toujours aussi amoureuse de Spock.

En pleine Guerre froide, Star Trek se permit aussi dès sa deuxième saison de créer le personnage de Chekov, un Russe loyal et sympathique embarqué à bord de l'Enterprise. Enfin comment ne pas oublier que le remplaçant du Capitaine Kirk dans la série Star Trek Nouvelle génération diffusée à partir de 1987 est un Français, Jean-Luc Picard, c'est suffisamment rare dans les séries américaines pour mériter d'être remarqué.

Outre la guerre du Pacifique et la conquète de l'Ouest, Roddenberry fut inspiré par plusieurs autres mythes dans la création de Star Trek, notamment un roman maritime très connu aux Etats-Unis, les aventures du capitaine Horatio Hornblower, adaptées au cinéma par Raoul Walsh en 1951 avec Gregory Peck dans le rôle du capitaine.

Parmi les auteurs de science-fiction qui ont inspiré Roddenberry figurent principalement les trois maîtres du genre que sont Robert A.Henlein, Arthur C.Clarke et Isaac Asimov. Enfin la mythologie grecque, si riche en errances, en métamorphoses et en aventures surnaturelles en tout genre joue également un rôle déterminant dans l'univers de Star Trek. Le premier épisode de la série diffusé en septembre 1966 se déroule sur une planète abandonnée par une civilisation disparue, exactement le thème de l'Atlantide.

La téléportation évite les coûteux atterrissages

Un peu comme l'oeuvre de Jules Verne, Star Trek met un point d'honneur à être visionnaire en matière d'innovation scientifique. A chaque épisode les membres de l'Enterprise visitent une nouvelle planète, ce qui aurait coûté très cher en effets spéciaux s'il avait fallu tourner un atterrissage par épisode.

C'est pour éviter cela que Roddenberry eut l'idée d'inventer la téléportation, étant bien entendu que celle-ci ne fonctionne que sur les petites distances, sinon on aurait pas besoin de vaisseaux spatiaux. Autre invention visionnaire de Star Trek, le communicator, un petit émetteur-récepteur sans fil qui ressemble bigrement à nos smartphones actuels.

Il n'en fallait pas moins pour que Star Trek devienne la série préférée des geeks, sans compter le fait que les tenues des personnages les font un peu ressembler à des adolescents qui passent leur journée en pyjama devant l'ordinateur. Star Trek a fait aussi l'objet de nombreuses fan productions, c'est-à-dire des séries tournées par des admirateurs qui mélangent leurs images avec des effets spéciaux du vrai Star Trek. Parmi les plus célèbres, on trouve Star Trek intrepid, une série britannique très facile à trouver et qui vaut le coup rien que pour l'accent écossais de ses acteurs, digne du dernier Ken Loach, ou encore Star Wreck, un pastiche humoristique formidablement réalisé par des étudiants finlandais.

L'aventure Star Trek a commencé il y a exactement cinquante ans, et le metteur en scène JJ Abrams vient d'être choisi pour réaliser le prochain épisode de la Guerre des étoiles. Espérons tout de même que Star Trek, plus artisanal, plus humaniste, plus naïf aussi, restera encore longtemps cet incroyable ovni dans le paysage audiovisuel spatial.

Antoine Sire

Antoine Sire
Antoine Sire (12 articles)
Associé-rédacteur du site parisfaitsoncinéma.com, animateur d'une chronique consacrée au cinéma classique sur seanceradio.com et auteur de «Hollywood, la cité des femmes» (Lumières/ Actes Sud, octobre 2016).
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