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L'US Open, peu élégant mais excitant

Yannick Cochennec, mis à jour le 26.08.2013 à 18 h 16

Son organisation, son site et sa remise des prix laissent à désirer. Heureusement, il y a le public... et une qualité assez homogène au fil des années. Petit banc d'essai de l'épreuve américaine comparée aux trois autres tournois du Grand Chelem.

Andy Murray après sa victoire à l'US Open en 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.

Andy Murray après sa victoire à l'US Open en 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.

Initialement publié avant le début de Wimbledon 2013, cet article a été légèrement remanié pour le début de l'US Open.

Prestige, organisation, site, court central, public, remise des prix, niveau de jeu: comment se classe l'US Open, qui commence ce lundi 26 août, sur ses sept critères par rapport aux trois autres tournois du Grand Chelem? Après 24 Roland-Garros, 14 Open d’Australie, 12 Wimbledon et 12 US Open couverts sur place, j’ai passé ces différents tournois au banc d’essai.

Il est, bien sûr, possible de ne pas être d’accord et même de le faire savoir via Twitter en ajoutant le #slategrandchelem dans votre tweet ou dans les commentaires.​

Prestige

1. Wimbledon

2. US Open

3. Roland-Garros

4. Open d’Australie

Wimbledon reste, et de loin, le tournoi le plus prestigieux, mais, hélas, presque le moins «visible» ou remarqué en France dans la mesure où l’actualité sportive est alors accaparée par le Tour de France et, tous les deux ans, par une Coupe du monde ou un Euro de football. Née en 1877, l’épreuve, la plus ancienne de toutes, a toujours dominé ses homologues du Grand Chelem de la tête et des épaules.

Son statut, royal, n’a jamais faibli, sauf en 1973 où 80 des meilleurs joueurs du monde avaient déclaré forfait en raison d’un conflit entre la Fédération internationale et le circuit professionnel naissant. Comme pour le Masters au golf, à Augusta, c’est le tournoi qui peut se permettre d’interdire, parce qu’il en a les moyens, tout panneau publicitaire sur ses courts. A peine aperçoit-on la marque des balles et celle de l’horloger dans un coin. Wimbledon fait aussi la loi auprès des joueurs en leur imposant des tenues majoritairement blanches. Et personne n’aurait l’imprudence ou la faute de goût (shocking!) de le contester.

Le court Arthur Ashe à Flushing Meadows, New York, en 2007. REUTERS/Kevin Lamarque 

La deuxième place aurait pu être partagée entre l’US Open et Roland-Garros. Les joueurs anglo-saxons voteront immanquablement pour l’épreuve new-yorkaise alors que les Européens du Sud, comme les Espagnols, et les Sud-Américains, pencheront probablement pour le rendez-vous parisien. Si l’on fait défiler l’histoire, l’US Open garde probablement la main en raison du passage à vide de Roland-Garros dans les années 70 où le tournoi frôla la correctionnelle.

Savez-vous que Roland-Garros, un peu fauché, se nomma le Vanaos Open de France en 1972 pour rendre hommage à son sponsor, spécialisé dans les produits de beauté? Contrairement à Wimbledon et à l’US Open, Roland-Garros a aussi parfois consacré des joueurs qui ont moins marqué l’histoire du jeu -ce «prestige-là» pèse aussi. Les difficultés actuelles du tournoi, qui n’a pas anticipé suffisamment tôt sa modernisation nécessaire, ont fait aussi très légèrement pâlir son étoile ces derniers temps sur le plan de sa réputation.

Malgré un net redressement depuis les années 80, l’Open d’Australie demeure 4e après avoir été snobé par pratiquement toutes les stars pendant la quasi totalité des années 70. La preuve: Björn Borg n’y a joué qu’une fois. En déménageant et en construisant un nouveau complexe inauguré en 1988, avec le premier central doté d’un toit, l’épreuve a véritablement sauvé sa peau. Porté par la vitalité de l’économie australienne, le rendez-vous de Melbourne a désormais le vent en poupe et fait figure de nouvelle locomotive.

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Organisation

1. Open d’Australie

2. Wimbledon

3. Roland-Garros

4. US Open

Il y a 20 ans, Roland-Garros aurait décroché la première place. Porté par la vision de Philippe Chatrier, président de la Fédération française de tennis jusqu’en 1993, le tournoi donnait le tempo en termes d’innovation. Après un centre de presse ultra moderne qui fut une petite révolution dans l’univers du sport à partir de 1988, le tournoi se dota du premier grand court secondaire, le court Suzanne Lenglen, d’une capacité de 10.000 places, qui vit le jour en 1994.

Les trois autres tournois du Grand Chelem ont dû suivre, mais avec retard. A titre de comparaison, Wimbledon attendit 1997 pour inaugurer son nouveau court 1. Aujourd’hui, l’Open d’Australie et Wimbledon sont passés assez nettement devant. A Melbourne, il y a déjà deux grands courts couverts et un troisième va voir prochainement le jour. A Wimbledon, le toit du Centre Court est devenu une réalité en 2009 et celui du court 1 a été programmé à l’horizon 2019. De ce point de vue,

Roland-Garros et l’US Open sont carrément à la traîne en dépit de leurs projets actuels, l’enlisement du «nouveau Roland-Garros» n’incitant pas à l’optimisme tandis que l’US Open pourra toiletter ses installations sans contrainte juridique. Les Américains viennent d'ailleurs d'annoncer la couverture de leur central et de leur court numéro 1 dans d'assez brefs délais. Tremble Roland-Garros, la dernière place te tend les bras!

Melbourne en janvier 2013. REUTERS/Damir Sagolj 

Globalement, les quatre tournois du Grand Chelem sont déjà très bien organisés. Caricature du désordre hier, l’US Open, passé de Forest-Hills à Flushing Meadows en 1978, s’est spectaculairement redressé même si tout est loin d’être parfait. Le trafic urbain entre Manhattan et les courts de Flushing Meadows, situé (au mieux) à 40 minutes en voiture des courts, demeure un problème relativement insoluble, source de stress pour les compétiteurs. Les installations intérieures du central sont les moins confortables des quatre et ont vite vieilli depuis la sortie de terre du Stadium Arthur Ashe en 1997. A titre d’exemple, la salle de presse est «bunkerisée» dans la mesure où elle ne dispose d’aucune fenêtre. Mais ouf: les avions de l’aéroport de La Guardia, tout proche, ne passent plus au-dessus des courts pendant le tournoi.

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Site

1. Open d’Australie

2. Roland-Garros

3. US Open

4. Wimbledon

Avec ses 8,5 hectares, Roland-Garros est un «nain» parmi les géants et le demeurera en dépit de son actuel projet d’extension qui le laissera à bonne distance (au moins six hectares) des trois autres qui, de surcroît, ont du terrain encore disponible autour d’eux. Mais Roland-Garros a un avantage. Ses installations sont dans la ville. De ce point de vue de la «centralité», le tournoi français est toutefois «battu» par les courts de l’Open d’Australie pratiquement en centre-ville dans un parc bucolique appelé Melbourne Park et très facilement accessible à pied. Compte tenu de la grandeur du site, il est possible pour le public australien de se disperser assez confortablement dans des aires de repos relativement larges, ce qui n’est plus le cas à Roland-Garros où les visiteurs frôlent l’étouffement. L’esthétique boisée du site de Roland-Garros reste néanmoins un atout avec deux grands courts à vraie personnalité, le court Suzanne-Lenglen aux tribunes très verticales et très «proches» des joueurs et le court 1, circulaire, construit comme une arène. Mais Roland-Garros en première semaine, ce n’est tout simplement plus «possible» en termes de circulation et d’aisance et l’Open d’Australie mérite donc sa première place.

En revanche, Wimbledon et l’US Open souffrent de leur éloignement du centre-ville (une quarantaine de minutes) et de la relative médiocrité des transports en commun pour y accéder. Le cadre de Flushing Meadows reste plus chaleureux, plus animé et plus décontracté que celui de Wimbledon relativement froid et volontairement «daté». Wimbledon a aussi raté son court 1, si lugubre, et son tout nouveau court 3 sans âme.

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Central

1. Wimbledon

2. Roland-Garros

3. Open d’Australie

4. US Open

En dépit de sa modernisation due à l’installation d’un toit, le Centre Court de Wimbledon reste une bonbonnière unique à la sonorité si particulière. C’est un central qui respire l’histoire. L’absence de panneaux publicitaires ajoute à son charme suranné. L’une des autres grandes réussites de ce court est d’avoir réussi aussi à intégrer le tableau de score dans le décor du match alors que ses trois autres confrères du Grand Chelem disposent de tableaux de score très laids complètement perdus «dans les airs».

Roland-Garros en 2010. REUTERS/Regis Duvignau 

Reconstruites toutes les quatre en l’espace de 25 ans, les quatre tribunes du central de Roland-Garros ont un vrai cachet architectural que n’ont pas les centraux de Melbourne et de Flushing Meadows, stades d’abord fonctionnels, à l’image de la Rod Laver Arena, le central de Melbourne, qui sert le reste de l’année à l’organisation de concerts ou d’autres événements sportifs comme les championnats du monde de natation en 2007.

Avec ses 23.500 places, le Stadium Arthur Ashe est à couper le souffle, mais en partie inadapté au tennis. Si vous êtes un spectateur placé tout en haut, vous ne voyez rien, ou presque, de ce qui se passe en bas. C’est un central qui vit mieux la nuit, l’organisation autorisant, lors des nocturnes, la descente du public vers les rangées les plus basses dès que les premiers spectateurs, un peu las, prennent le chemin de la sortie. Vers 1h du matin, l’ambiance peut y être rock and roll.

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Niveau de jeu

1. US Open

2. Open d’Australie

3. Roland Garros

   Wimbledon

Difficile d’évaluer cette catégorie dans la mesure où les tournois du Grand Chelem ne peuvent pas contrôler la qualité du jeu de leurs compétiteurs. Néanmoins, il n’est pas osé de dire que l’US Open, comme une synthèse de la saison, est probablement l’épreuve qui offre le spectacle le plus homogène en qualité.

C’est un Grand Chelem pour les forts et il n’y a qu’à regarder son palmarès chez les hommes pour le constater. Depuis trente ans, tous les vainqueurs ont été un jour n°1 mondiaux à l’exception de Juan Martin Del Potro et d’Andy Murray, qui ont encore le temps de le devenir. Deux exceptions aussi à l’Open d’Australie (Petr Korda, Thomas Johansson), mais avec des finalistes parfois «farfelus» comme Marcos Baghdatis, Rainer Schuettler ou Arnaud Clément —ce qui ne se voit pas à New York.

On en compte en revanche cinq à Wimbledon (Pat Cash, Michael Stich, Richard Krajicek, Goran Ivanisevic et Andy Murray) et six à Roland Garros (Yannick Noah, Michael Chang, Andres Gomez, Sergi Bruguera, Albert Costa et Gaston Gaudio) sur des surfaces un peu plus «clivantes», qui s’adaptent moins à tous les styles de jeu.

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Public

1. Open d’Australie

2. US Open

3. Roland Garros

4. Wimbledon

L’amour du peuple australien pour le sport transpire à l’occasion de son Open. Foules massives et vraie connaissance du jeu dans le respect des règles. Un public qui sait aussi s’amuser de lui-même en arborant les tenues les plus décontractées au cœur de l’été austral. C’est le Grand Chelem le moins guindé des quatre, placé, il est vrai, au milieu des grandes vacances d’été en Australie. Cette relative décontraction se retrouve également du côté de Flushing Meadows où le public, entre deux bouchées et deux gorgées dans l’impressionnante zone de restauration à ciel ouvert, évite de se prendre trop au sérieux. Le fait que le deuxième court principal ne soit pas numéroté, comme le Suzanne Lenglen et le n°1 à Wimbledon, permet un meilleur mélange des types de publics.

S’il connaît son tennis (et même plutôt très bien), la foule de Roland-Garros a beaucoup évolué au fil du temps. Elle est surtout devenue très versatile, parfois prompte à siffler dès lorsqu’un joueur a l’audace de venir vérifier une marque. Ce public s’est aussi montré cruel en quelques occasions en conspuant des joueurs sans aucune raison valable comme Maria Sharapova et les sœurs Williams il y a quelques années. Il pourrait avoir tendance à se prendre un peu trop au sérieux, mais au moins participe-t-il alors qu’à Wimbledon, le spectateur est tellement raisonnable souvent jusqu’à l’excès (Andy Murray vient, en quelque sorte, de faire un appel au peuple en lui demandant d’être plus chaleureux à son égard quand il a besoin de son aide).

Remise du trophée à Wimbledon en 2012. REUTERS/Stefan Wermuth 

En Grande-Bretagne, plus qu’en France pour Roland-Garros, Wimbledon est un événement social «où il faut être» sans que cela nécessite un amour particulier du tennis. Dans un autre genre, plus jeune, il existe là-bas la tradition des campeurs qui n’hésitent pas à passer au moins une nuit devant le stade afin de se procurer les tickets mis en vente le jour même. Mais là encore, il s’agit plus d’un lieu «où il faut être», pour se dire qu’on a dormi aux portes de Wimbledon au moins fait une fois dans sa vie. Le public de Wimbledon est assez moutonnier et manque un peu de caractère et de fantaisie même s'il est toujours assez drôle et touchant de le voir remplir le central pour une finale de double dames ou de double mixte là où Roland-Garros fait le vide.

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Remise des prix

1. Wimbledon

2. Roland-Garros

3. Open d’Australie

4. US Open

La touche finale d’une quinzaine. Pas de match avec le cérémonial, très simple, de Wimbledon qui écrase toutes les autres remises des prix. Le dispositif est connu: le Duc de Kent, président du All England Club, descend de la tribune royale, passe en revue la haie d’honneur des ramasseurs de balles et récompense les deux finalistes dans une très grande sobriété. Il y a quelques années encore, il était accompagné de son épouse, la Duchesse de Kent, mais celle-ci, rebelle, déclare désormais forfait. Depuis l’an passé, Roland-Garros a revu son dispositif et s’est rapproché d’une remise des prix très voisine de celle des Jeux Olympiques avec une voix d’aéroport pour l’accompagner sur fond de musique dramatisante.

Les Internationaux de France sont les seuls à faire jouer les hymnes des vainqueurs en simple. Bonnets d’âne, l’Open d’Australie et surtout l’US Open où les principaux sponsors ont droit à la parole au milieu de discours interminables. La vulgarité n’est jamais loin à Flushing Meadows parce que la télévision commande tout et coupe sèchement les joueurs lorsqu’il est plus que temps de rendre l’antenne. La remise du chèque est un autre moment fort de cette conclusion «à l’américaine» pour le plus grand bonheur du public qui salue, avec force, le montant astronomique dès qu’il est annoncé. Impossible à Roland-Garros (un tel chèque serait conspué) et, naturellement, à Wimbledon où il n’est évidemment pas poli de parler d’argent. 

Yannick Cochennec

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