Silvio Berlusconi n'est pas près d'aller en prison

Silvio Berlusconi, mai 2013. REUTERS/Alessandro Garofalo

Silvio Berlusconi, mai 2013. REUTERS/Alessandro Garofalo

L'ancien Président du conseil a été condamné à sept ans de prison dans le cadre du procès dit du Rubygate. Mais, en habitué des tribunaux, il est devenu un orfèvre dans l'art de ralentir le cours de la justice.

Le jugement du Rubygate, procès pour lequel Silvio Berlusconi est accusé d'abus de pouvoir et de prostitution de mineure[1], est tombé ce lundi: le Cavaliere est condamné à sept ans de prison[2]. Mais ne vous y trompez pas, il évitera sans doute son passage par la case prison. 

Il ne s’agit en effet que du jugement en première instance et Silvio Berlusconi peut faire appel et, éventuellement, se pourvoir en cassation. Comme d’habitude.

Car l’ancien premier du Conseil est un habitué des tribunaux, et un orfèvre dans l'art de ralentir le cours d'une justice qui s'acharne contre lui:

«De toute façon je sais déjà comment cela va se terminer, mal... disait-il avant le jugement. Je n’ai rien fait, rien de mal, ce procès est absurde, mais vu qu’ils veulent me sortir de la scène politique, ils profiteront également de cette occasion.»

Mais la cavalcade judiciaire aura sans doute un jour une fin, et si ce n’est pas dans le cadre du procès Ruby, ce pourrait être dans celui du procès lié à son «empire des médias», Mediaset, qui inquiète le plus Berlusconi.

En mai dernier, la cour d’appel de Milan a confirmé une peine de prison de 4 ans, ainsi que l’inégibilité pendant 5 ans, pour les conditions frauduleuses d’achat de droits télévisés par Mediaset. Dans cette procédure, Berlusconi place désormais tous ses espoirs dans le jugement de cassation attendu pour octobre pour annuler sa condamnation en appel.

Il Giornale, quotidien de la famille Berlusconi, a déjà imaginé les différents scénarios qui s’ouvrent à lui dans le cas où la condamnation du procès Mediaset était confirmé en cassation. Le Cavaliere peut espérer que les juges de la cour suprême exigent de refaire le procès en appel: dans ce cas, Silvio Berlusconi pourrait bénéficier de la prescription, qui commence pour ce procès entre avril et juillet 2014. Mais l’hypothèse la plus probable reste la confirmation de la condamnation.

Berlusconi devrait alors effectuer une peine de quatre ans, dont trois seraient supprimés par le jeu des remises de peine (grâce à une loi promulguée en 2006 pour réduire la population carcérale). Il reste un an: peine suspendue? Mesures alternatives? Travaux socialement utiles? Berlusconi pourrait être assigné en résidence, en ayant l’interdiction de fréquenter certains lieux ou de partir à l’étranger. Enfin, le Cavaliere devrait dire adieu au palazzo Madama (le Sénat). Vient enfin le scénario le plus redoutable pour le Cavaliere: la prison.

C’est là où l’on reparle du procès Ruby, ainsi que de l’affaire Fassino-Consorte (une violation de secret de l’instruction pour laquelle Silvio Berlusconi a été condamné à un an de prison en première instance): si le cours de la justice s’accélère et se solde par une condamnation, la somme des peines dépasserait la remise de peine et à ce moment-là le Cavaliere pourrait passer bien plus qu’un an en prison.

Mais dans l’immédiat, c’est surtout sur le climat politique que risque de peser le procès Ruby. Les responsables du Pdl, le parti de Berlusconi, assurent que les vicissitudes judiciaires de Berlusconi n’ont rien à voir avec le destin du gouvernement Letta.

Rien de moins sûr, estime Paola di Caro dans Il Corriere della Sera. Si Silvio Berlusconi est complètement acquitté (hypothèse quasiment impossible), la stabilité du gouvernement en profiterait. S’il n’y avait qu’une demi-condamnation, c’est-à-dire soit pour prostitution de mineure, soit pour abus de pouvoir, le climat général ne se détériorera pas forcément. En revanche, si la condamnation est totale, personne ne peut prévoir quelle sera la réaction du Cavaliere.

La Stampa va encore plus loin. Selon ce quotidien, Silvio Berlusconi a programmé son soutien au gouvernement de coalition comme une protection contre les poursuites judiciaires, mais en l'absence de cette protection «son intérêt à soutenir le gouvernement disparaîtrait».

Ce qui est certain, c’est que les Italiens risquent de voir le magnat des médias investir le petit écran. Silvio Berlusconi répétera sa version des faits à la télévision, tout comme il l’avait fait pour le procès Mediaset, lit-on sur Lettera43.

Canale 5, une des 3 chaînes du Cavaliere, a déjà diffusé dimanche 12 mai une enquête consacrée à l’affaire Ruby, dans laquelle Silvio Berlusconi sortait innocent et blanchi.

Mais pas complètement satisfait, le Cavaliere a déjà décidé qu’il interviendra à la télévision, après une longue période de silence, pour donner sa version des faits et expliquer «ce qu’il en est».

Margherita Nasi

[1] Le procès a rappelé les soirées bunga-bunga, organisées début 2010 dans la luxueuse résidence personnelle du Cavaliere à Arcore, près de Milan. Karima El Mahroug, alias Ruby Rubacuori, jeune Marocaine mineure au moment des faits, aurait participé à ces soirées. Silvio Berlusconi, alors Président du conseil, était aussi accusé d’avoir abusé de sa fonction en faisant pression sur les fonctionnaires de la préfecture de Milan pour qu'ils libèrent la jeune fille interpellée à Milan pour un larcin. Retourner à l'article

[2] Article mis à jour avec la condamnation à sept ans de prison. Retourner à l'article

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