La mode des années 80, une valeur refuge?

Cette décennie continue de marquer les esprits, comme en témoigne sa cote dans des ventes aux enchères qui ne cessent de se multiplier.

Une robe «constructiviste» de Jean Paul Gaultier, datée de 1986.

- Une robe «constructiviste» de Jean Paul Gaultier, datée de 1986. -

Si la mode des années 1980 a marqué les esprits, ses vestiges ont aussi, parfois, une cote incroyable dans les ventes aux enchères, de plus en plus nombreuses sur le secteur.

Stars connues du grand public, les designers phares de cette décennie (Thierry Mugler, Claude Montana, Jean Paul Gaultier, Azzedine Alaïa...) imprimaient à la silhouette féminine une allure de conquérante. Taille marquée, épaules exacerbées, surdimensionnées (souvent du fait de la présence d’épaulettes), la working woman en imposait! A cette époque, la mode aussi s’amusait, avec fantaisie et exubérance du style.

Les Japonais ont ensuite broyé du noir, les Italiens ont joué la sensualité, les Belges ont ajouté la sobriété... Et puis la mode s’est mise à recycler, a redécouvert le biais de Madeleine Vionnet et n’a cessé de s’inspirer du passé.

Avec le recul, les années 1980 semblent particulièrement créatives. Si, en style, ces vêtements ont pris un coup de vieux, ils constituent de précieux jalons dans l’histoire de la mode. 

Valeur trente fois supérieure

Deux ventes sur ce thème viennent d’avoir lieu ces dernières semaines à Drouot. De quoi faire une sorte de bilan et se dire que, finalement, investir dans les chiffons pourrait être une excellente idée.

Sous l’expertise de Pénélope Blanckaert (qui accompagne de recherches bibliographiques les modèles de ses ventes), la première vente était consacrée à une thématique eighties, mais complétée par des modèles des années 70 à nos jours.

Son clou était constitué par une robe de Jean Paul Gaultier, que deux acheteurs discrets se disputèrent: l’envolée se clôtura avec une enchère de 15.000 euros (plus environ 25% de frais). Emblématique de la collection constructiviste de l’automne hiver 86-87, la robe ajoutait aux appliques de velours et paillettes la présence des chiffres 86 façon collage. Et s'est arrachée pour une somme sans doute trente fois supérieure à sa valeur de l’époque!

Le reste de la vente  fut plus abordable: ainsi d'un perfecto en jean d’Alaïa (1985) à 250 euros, d'une robe Chloé imprimée en trompe-l’oeil (1980-85) à 150 euros, d'une belle doudoune cocon de Montana à 200 euros, d'un manteau plaid (1986-87) de Jean-Charles de Castelbajac à 200 euros.

Pour les années 1990, Gianni Versace vit la vie en couleurs avec notamment un tailleur (1990-95) très chamarré à 900 euros. Le sac Tati signé par Alaïa en 1992 devait coûter 20 ou 30 francs à l’époque: vingt ans plus tard, il est parti à 120 euros.

Années Palace

La vente organisée quelques semaines plus tard par Cornette de Saint Cyr (avec pour experts Chombert et Sternbach) s’intitulait elle «Les années Palace»; y figurait le dressing de Romain, coiffeur de créateurs. De ces années fantasques émergèrent quelques modèles Mugler, dont une veste en stretch coton noir à 11.800 euros ou une robe de cocktail en daim beige à 8.000 euros. D’Anne-Marie Beretta, créatrice aimant la géométrie, l’épure, un ensemble bustier à bandes de cuir à 9.500 euros.

Du Japon, un blouson (circa 1985) Kansaï International, exubérant dans ses couleurs et aux motifs japonisants, à 3.200 euros. Une veste d’inspiration officier Jean Paul Gaultier pour Gibo (circa 1987) à 5.000 euros.

Au-delà des années 1980, le clou de la vente fut un modèle de Comme des garçons emblématique de sa collection «à bosses» (printemps-été 1997) dont les vêtements furent portés par la troupe de Merce Cunningham. La petite robe en nylon extensible gonflée de protubérances en motif vichy atteignit la coquette somme de 26.000 euros.

Si les années 1980 et 1990 étaient bien représentées dans la vente, le musée des arts décoratifs en profita pour faire des emplettes et compléter ses collections sur cette période, exerçant son droit de préemption sur une dizaine de modèles: une robe de Thierry Mugler en gabardine grise (1990) et un tailleur en porc velours marron; d’Alaïa, un ciré en toile enduite, une création pour Romain et le seul modèle masculin du créateur; trois pièces en cuir de Montana...

Des ventes à observer pour le plaisir du «défilé» des modèles et la possibilité d’acquérir des pièces abordables quand les prix ne s’envolent pas. 

Antigone Schilling

Ventes, mode d’emploi

• A Drouot sont proposées des ventes consacrées à la mode, parfois thématiques (Chanel, Hermès, Vuitton) plusieurs fois par mois.

• Les pièces les plus «fortes», les plus spectaculaires ou emblématiques d’une collection, seront les plus chères et quasi «intouchables».

• Ne pas hésiter à acheter dans les creux des ventes. Les musées et collectionneurs ne se disputent que les pièces importantes. Les acheteurs professionnels (boutiques vintage de France, Navarre, mais aussi de Londres et Los Angeles), très présents, eux, calculent en fonction de leur prix de vente, cela laisse de la marge aux particuliers pour de bonnes affaires.

• Ne pas oublier que s’ajoutent des frais avoisinant aujourd’hui les 25%.

• Pour «investir», oublier la haute couture du début du XXe siècle aux prix déjà élevés et s’intéresser à la mode plus récente, notamment des années 1980. Ne pas hésiter aussi à viser les pièces les plus contemporaines, encore très abordables et miser sur le futur.

• Pour «spéculer» sur la mode, il faut un peu s’y connaître ; mais, pour le plaisir d’acquérir des vêtements de créateurs, ne pas bouder son plaisir. Il est possible de trouver de très belles pièces griffées à prix abordable.

• Ne pas se polariser sur le vêtement de ses rêves, mais garder l’oeil ouvert.

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L'AUTEUR
Journaliste mode, tient le blog Anti blogue la mode sur Slate.fr Ses articles
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Publié le 24/06/2013
Mis à jour le 24/06/2013 à 15h49
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