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Les Spurs de San Antonio, vainqueurs de demain

Matthew Yglesias, mis à jour le 21.06.2013 à 21 h 48

Les Heat sont champions NBA après le septième match, mais l'avenir des Spurs de Tony Parker est beaucoup plus radieux.

Gregg Popovich, l'entraîneur des Spurs, entouré de ses joueurs à la fin du sixième match des NBA Finals 2013, le 18 juin. REUTERS/Joe Skipper

Gregg Popovich, l'entraîneur des Spurs, entouré de ses joueurs à la fin du sixième match des NBA Finals 2013, le 18 juin. REUTERS/Joe Skipper

Après le match exténuant de jeudi soir et la défaite des Spurs face aux Miami Heat en finale NBA, il serait tentant de voir les playoffs 2013 comme le dernier souffle d’une dynastie San Antonio en bout de course. Cette année, les Spurs affichaient peut-être les mêmes grosses têtes – Tim Duncan, Manu Ginobili, Tony Parker, Gregg Popovich – qu'il y a dix ans, au moment de leur titre NBA, mais il s'agit en réalité d'une équipe radicalement différente et la franchise peut tabler sur un avenir tout ce qu'il y a de radieux.

Ce n’est pas le cas des Heat, qui ne peuvent compter que sur la brillance de LeBron James et sur le mensonge qu’il est du même niveau que ses acolytes Dwyane Wade et Chris Bosh. En tant que telle, leur dynastie en construction est très fragile – un coup de tête ou un contrat renégocié et tout dégringole. Ce n'est pas le cas des Spurs: leurs succès sont le fait d'une compétence organisationnelle globale et tout laisse à penser qu'ils auront une belle puissance de jeu ces prochaines années.

Si, rétrospectivement, les Spurs de 2003 – la première saison à afficher les «Big 3» Duncan, Ginobili et Parker – pouvaient faire penser au début d'une nouvelle ère, à l'époque, il s'agissait davantage du chant du cygne de David Robinson. L'émergence du duo Parker-Ginobili derrière, remplaçant la créativité de l'Amiral est un exemple d'une reconfiguration spontanée et réussie. Et cette année, nous voyons émerger chez les Spurs la répétition de cette performance.

Pour les Heat, la prochaine saison s'annonce sous les meilleurs auspices, dans le sens où n'importe quelle équipe où James est présent – surtout dans une faible Conférence Est – fera forcément parler d'elle. Mais Miami devra aussi passer l'été à méditer sur l'autonomie contractuelle de James, Bosh et Wade; le mauvais genou de Wade; le vieillissement de ses meilleurs joueurs; un dangereux manque de taille et l'absence d'une flexibilité stratégique permettant de pallier ces différents problèmes.

Chez les Spurs, en dehors de Duncan et Ginobili, l'équipe croule sous les jeunes talents.

Danny Green a déçu dans le Game 7, mais pendant toutes les playoffs, il a su démontrer la précision de ses tirs. (Et même avant les séries éliminatoires, il était devenu le 10e meilleur joueur de la NBA pour les paniers à 3 points). Kawhi Leonard, avec une moyenne de 15 points et 11 rebonds par match – tout en défendant sur «King» James–, n'a que 21 ans. Parker et Tiago Splitter sont tous les deux assez frais pour rester dans la course en attendant la maturation et le perfectionnement des plus jeunes recrues. Et cette année, les jeunes arrières l’autre Français Nando de Colo et Patty Mills ont été assez bons lors de leur petit temps de jeu; il y a donc de fortes chances qu'au moins l'un des deux obtienne un poste en rotation.

Et contrairement aux autres équipes, les Spurs sont un centre de formation. La réussite durable de San Antonio relève d'un mélange de patience et d'évaluation astucieuse de ses joueurs. Vu que l'équipe est bonne et que tout le monde se fait confiance, peu de risque de procéder à des choix intempestifs. San Antonio peut se permettre de drafter des types comme Splitter et de le faire entrer sur le terrain des années plus tard, en pleine maturité.

Et ce n'est pas un hasard si, en zieutant sur les bancs des Spurs, vous pouvez apercevoir un grand Australien de 26 ans, Aron Baynes. Il n'a quasiment pas joué cette saison et, de fait, n'a rejoint l'équipe qu'en janvier. Mais il s'est auparavant distingué en Euroligue, la plus importante compétition de basket en Europe, au sein de l'Union Olimpija de Slovénie. Il a marqué 14 points et 10 rebonds en 26 minutes de jeu, en réussissant 59% de ses paniers. Il a aussi débuté un match de playoffs cette année, en défendant sur Dwight Howard. Howard a alors marqué 7 points et perdu 5 ballons avant de se faire exclure lors du troisième quart pour contestation.

Est-ce que je vous promets que Baynes deviendra une star de la NBA? Non. Mais aujourd'hui, il n'y a rien d'étonnant à ce que les Spurs se tournent vers l'Europe pour y trouver de bonnes recrues de 25 ans et plus. Et si Baynes ne fait pas l'affaire, l'Europe compte encore 8 joueurs dont les Spurs détiennent les droits. Et je serai très surpris de ne pas en voir un ou deux parmi eux se hisser aux meilleurs rangs de la NBA. 

Il ne faut pas non plus oublier que les Spurs peuvent compter sur l'une des qualités les plus rares au sein du championnat : ils ont de la marge en termes de plafond salarial (pour schématiser, les équipes NBA n’ont pas le droit de dépasser une certaine masse salariale, environ 45 millions d’euros).

Si leurs concurrents de Memphis et d'Oklahoma City ont dû faire plonger leurs salaires pour éviter l’amende de la luxury tax, en principe, les Spurs peuvent toujours offrir un contrat juteux à un joueur libre de tout contrat cet été en se débarrassant de Splitter et de Boris Diaw, et en persuadant Ginobili de revenir au salaire minimum des vétérans de la NBA. Ils peuvent aussi écumer le marché des joueurs libres.

S'ils y trouvent une pépite, R.C. Buford, le directeur général de San Antonio, aura alors suffisamment d'argent pour le faire signer. Mais cela n'a rien d'une obligation. L'équipe peut tout simplement conserver sa marge et sauter sur une affaire à la mi-saison, quand d'autres équipes seront obligées de réduire leurs primes. 

En termes de gestion, la réussite est époustouflante et il faudrait – sans surprise – remonter aux Spurs de 2003 pour trouver un précédent. A l'époque, l'équipe avait réussi à gagner le championnat et à avoir une marge salariale suffisante pour s'offrir Jason Kidd. Il aurait été merveilleux de répéter cette performance – il s'en est d'ailleurs fallu de peu. Si quelques ballons étaient retombés du bon côté du cercle, les San Antonio auraient gagné et Miami, avec son ersatz de dynastie, serait sur la voie de la débâcle. Avec leur victoire, les super copains des Heat sont assurés de rester ensemble une année de plus, mais même dans la défaite, le mastodonte des Spurs a encore de très belle années devant lui. Parce qu'il est, fondamentalement, en bien meilleure santé.

Matthew Yglesias

Traduit par Peggy Sastre

Matthew Yglesias
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