Economie

Pourquoi le gouvernement veut séduire les petits patrons français

Gilles Bridier, mis à jour le 21.06.2013 à 7 h 00

Le gouvernement flatte une confédération d’entrepreneurs, la CGPME. Histoire de faire oublier les pigeons et les poussins, et d’introduire un peu de zizanie dans le clan patronal.

Francois Hollande ouvre la seconde conférence sociale, qui se tient jeudi et vendredi à Paris, avec les partenaires sociaux, pour parler emploi et retraite. REUTERS/Philippe Wojazer

Francois Hollande ouvre la seconde conférence sociale, qui se tient jeudi et vendredi à Paris, avec les partenaires sociaux, pour parler emploi et retraite. REUTERS/Philippe Wojazer

La présidente du Medef Laurence Parisot est sortante, son successeur Pierre Gattaz met en place sa gouvernance et n’est pas encore en poste. A la direction du Medef, on gère donc les affaires courantes. Reste la CGPME et ses 600.000 adhérents représentant 1,7 million de PME. Cette confédération est moins médiatisée mais ne demande qu’à accéder à une plus grande reconnaissance.

Ça tombe bien, François Hollande est un allié de circonstance et veut jouer la carte des PME. Histoire de faire oublier les emballements des pigeons et autres poussins qui l’ont accusé de matraquer les entrepreneurs. Et éventuellement,  en même temps, d’enfoncer un coin dans le clan patronal à un moment assez stratégique.

Pas moins de cinq membres du gouvernement se sont donc déplacés à la manifestation Planète PME organisée par la CGPME deux jours avant l’ouverture de la conférence sociale: Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, Fleur Pellerin, en charge notamment des PME et de l’innovation, ont participé à des débats. Pierre Moscovici y a tenu une conférence de presse, un peu surréaliste pour le locataire de Bercy, sur un stand de quatre mètres carrés, collé à quelques journalistes et visiteurs un peu déroutés. Et Jean-Marc Ayrault est intervenu en clôture de la manifestation, sur l’air du «gouvernement qui soutient les PME, c’est ma volonté». Du jamais vu, en une seule journée.

Le gouvernement en service commandé

Sept semaines après l’intervention de François Hollande aux Assises de l’entrepreneuriat dans laquelle le chef de l’Etat a rendu hommage aux «petits» patrons, le gouvernement a voulu démontrer que le Premier ministre et son équipe sont à l’écoute des entrepreneurs, et que le procès qui leur est fait de chercher à «rincer» les forces vives du pays est totalement injustifié. Tout le reste et les piaillements en fond sonore ne seraient que malentendus.

Dans cette ambiance très «embrassons-nous, Folleville», le président de la CGPME Jean-François Roubaud ne fut pas en reste. Alors qu’un baromètre du cabinet KPMG révèle que 55% des patrons de PME n’envisagent pas de recourir au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mesure phare du gouvernement pour rendre des marges de manœuvre aux entreprises, il a multiplié les prises de parole pour faire la promotion du système auprès des petites entreprises en insistant sur la facilité à remplir le dossier.

Pas banal! On n’avait jamais vu le président de la confédération patronale aussi bien disposé à l’égard d’un gouvernement de gauche, déroulant le tapis rouge pour la nouvelle Banque publique d’investissement (BPI) qui aura pourtant beaucoup tardé à se mettre en place. Mais il est vrai que Jean-François Roubaud n’a pas qu’à se plaindre de l’action du gouvernement.

Ainsi, lorsque que le régime de l’auto-entreprenariat fut lancé en 2009 introduisant un nouveau type de concurrence pour les adhérents de la CGPME, il avait réclamé au ministre qui porta le projet Hervé Novelli d’introduire un butoir pour limiter dans le temps le recours à ce statut. Mais sa demande fit chou blanc. Et c’est Sylvia Pinel, l’actuelle ministre de l’Artisanat et du Commerce, qui vient finalement d’introduire ce butoir au-dessus d’un certain seuil de chiffre d’affaires.

Dissensions dans le camp patronal

En réalité, tous les acteurs ont joué une partition qui va bien au-delà d’une simple représentation à une journée d’autocélébration. La CGPME regroupe des PME et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) qui sont souvent des sous-traitants des entreprises plus grandes représentées au Medef. Même si les uns et les autres se complaisent à parler de partenariat entre petites et grandes entreprises, le politiquement correct n’est souvent plus de mise sur le terrain. Et entre les deux organisations patronales qui défendent des intérêts distincts, le climat n’est pas toujours au beau fixe.

D’autant que des problèmes de représentativité viennent régulièrement se greffer, la CGPME estimant ne pas être suffisamment prise en considération par le Medef. Ainsi, pour cette deuxième conférence sociale, les relations sont fraîches dans le camp patronal.

Pour le gouvernement Ayrault, il s’agit non seulement de faire oublier quelques faux-pas dans l’approche des entreprises en cette première année de quinquennat, mais également d’éviter qu’un front trop puissant n’empêche cette conférence de tourner au dialogue de sourds entre fédérations patronales et syndicats de salariés. Il faudra bien que, dans chacun des camps, on accepte de lâcher un peu de lest, ce qui est loin d’être acquis chez les uns comme chez les autres.

Sur le dossier des retraites, côté syndicats, CGT et FO ont clairement affiché leur opposition à un allongement de la durée de cotisation, solution pour laquelle le chef de l’Etat a réaffirmé sa préférence en ouvrant les débats. En revanche, la CFDT est plus accessible.

Côté patronal, les marqueurs sont connus, mais un problème d’interlocuteur se pose au Medef. Reste – outre les artisans de l’UPA —  la CGPME, qu’il convenait donc de mettre dans de bonnes dispositions à l’ouverture de cette conférence en lui conférant la reconnaissance souhaitée. C’est de la bonne stratégie. Jean-Marc Ayrault est même parvenu à se faire applaudir par les chefs d’entreprise de l’assistance. Le Medef appréciera.

Gilles Bridier

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