Monde

En Afghanistan, des talibans plus présents que jamais

Françoise Chipaux, mis à jour le 23.06.2013 à 11 h 50

Les forces afghanes, armée et police, sont désormais en charge pour la première fois depuis le nouveau régime de la sécurité dans l’ensemble du pays. Feront-elles le poids?

Vaccination contre la polio près de  Jalalabad le 9 juin 2013. REUTERS/ Parwiz

Vaccination contre la polio près de Jalalabad le 9 juin 2013. REUTERS/ Parwiz

En ouvrant à Doha en grandes pompes le bureau de «l’Emirat Islamique d’Afghanistan» (le nom employé quand ils gouvernaient le pays), les talibans ont fait un très joli coup. Ce bureau sur lequel flotte leur drapeau leur confère d’abord une certaine légitimité. De ce bureau, comme ils l’ont déjà annoncé, ils vont pouvoir entretenir des liens officiels avec divers interlocuteurs et faire passer leurs messages comme ils l’entendent.

Alors qu’une rencontre avec des officiels américains est déjà prévue, le président afghan, Hamid Karzai furieux et sans doute humilié par ce développement, a renoncé à l’envoi à Doha d’une délégation du haut Conseil de la paix.

Ceci fait l’affaire des talibans qui récusent l’administration Karzai, l’accusant d’être une marionnette des Etats-Unis.

Enfin, les talibans ont encore compliqué les relations déjà tendues entre Kaboul et Washington le président Karzai ayant aussi suspendu les négociations engagées dans le but de définir la présence américaine après le retrait des troupes combattantes fin 2014.

En échange de ces gains, les talibans dans leur communiqué se sont simplement engagés à ne pas soutenir des attaques à l’étranger à partir du sol afghan et ont réitéré ce qui a toujours été leur position: ne s’intéresser qu’à l’Afghanistan.

Historiquement, le retour d’Oussama ben Laden et l’implantation d’Al-Qaida en Afghanistan s’est fait avec l’accord du gouvernement de l’ancien président assassiné Burhanuddin Rabbani, alors reconnu par la communauté internationale et avant la prise de Kaboul par les talibans.

L’optimisme pour des négociations de paix qu’a généré l’annonce de l’ouverture d’un bureau des talibans a donc été de très courte durée. La transition qui, l’année prochaine, doit voir à la fois l’élection présidentielle à laquelle le président Karzai ne peut pas se représenter et le départ des troupes étrangères s’annonce des plus difficiles. Les talibans ont fait leur annonce le jour où l’Otan a transmis la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes, armée et police, qui sont en charge pour la première fois depuis le nouveau régime de la sécurité dans l’ensemble du pays.

Leur capacité à résister et repousser les attaques des talibans sera un test majeur pour mesurer le succès ou non des 54 milliards dépensés par les contribuables américains pour la formation et l’équipement de ces 350.000 hommes. Mais plus important elle déterminera le soutien ou non de la population à son gouvernement.

Si celui-ci n’est pas capable de la protéger, la population reviendra à ses protecteurs claniques, milices ou autres avec le risque que l’armée se fracture selon sa composition ethnique. Pour l’instant près de 100.000 soldats de l’Otan sont toujours en Afghanistan, principalement en mission de soutien à l’arrière et de formation mais ce nombre va se réduire au fil des mois.  

Les talibans ont depuis le lancement de leur offensive annuelle multiplié les attaques contre les forces afghanes qui subissent des pertes très lourdes. Ils ont aussi effectué quelques opérations spectaculaires au cœur même de Kaboul comme s’ils voulaient montrer à la population déjà inquiète du prochain retrait des troupes de l’Otan qu’ils sont là et qu’il faudra compter avec eux.

En montant une embuscade meurtrière –quatre soldats américains tués- à proximité de la plus grande base américaine du pays moins de 24 heures après l’inauguration de leur bureau, ils ont aussi souligné que le dialogue se déroulerait parallèlement aux opérations militaires.

Aujourd’hui, la priorité des Etats-Unis d’en finir rapidement avec une guerre extrêmement couteuse et aux résultats incertains est à l’opposé de celle du président Karzai qui veut sauver son héritage et ne pas rester dans l’Histoire comme un suppôt de Washington.

Le problème est que la coopération des deux pays est indispensable pour toute avancée sur la voie de la paix. Dans ce contexte, loin de représenter un espoir de paix, les derniers développements autour de l’Afghanistan augurent mal d’un avenir pacifique pour ce pays qu’aucune puissance étrangère n’a jamais réussi à pacifier.

Françoise Chipaux 

Françoise Chipaux
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Journaliste
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