L'info en trois morceaux
Vous voulez savoir à quoi ressembleront bientôt les sites de «news»?
- 24 Hours in 24-Hour News / Flickr -
Les statistiques de consultation de l'information sur l'Internet donnent l'impression que la planète entière est atteinte d'un syndrome de déficit d'attention. La trentaine de minutes que passaient sur leur quotidien les lecteurs d'un journal ne sont qu'un doux souvenir.
Sur l'Internet, la décimale a changé de place: le lecteur en ligne passe ainsi 15 minutes PAR MOIS sur Le Monde.fr, 13 minutes pour LeFigaro.fr, 11 minutes sur 20minutes.fr ou Libération (source: Nielsen Médiamétrie). Seul L'Equipe s'en sort avec 38 minutes mensuelles (mais on sait combien le câblage cérébral des sportifs est particulier). De quoi pleurer quand on compare avec les cinq heures mensuelles du jeu en ligne King.com ou encore les deux heures et demie passées sur Facebook (sauf à considérer que le statut d'un pote qui rentre malade de Djakarta est de l'information). Ce lecteur est en tout cas un rapide, puisqu'il va scanner une page de Rue89.com en 52 secondes et une autre des «Echos» en une demi-minute (mieux vaut sans doute ne pas faire d'interro écrite ensuite).
Il faut en tout cas avoir la foi éditoriale chevillée au corps pour dépasser les trois feuillets pour une chronique en ligne (aussi, allons droit au fait).
Autre mouvement orienté à la baisse, celui des recettes publicitaires. Cette année, la plupart des groupes de presse dans le monde tablent sur une chute à deux chiffres des recettes publicitaires - moins 20% semble être le chiffre magique dans les budgets 2009.Sur l'Internet, l'effondrement est à la fois conjoncturel (la crise pousse les prix à la baisse) et structurel, le nombre sites augmente, les gens cliquent de moins en moins sur les bannières et le plug-in le plus souvent ajouté au navigateur Firefox sert à bloquer les pubs (415.000 téléchargements hebdomadaires du AdBlock Plus) au point que certains sites le détectent et affichent un message avertissant que l'utilisateur tue le petit commerce avec de telles pratiques.
Sur la base de ces tendances, peut-on imaginer à quoi ressemblera l'information dans, disons, cinq ans? Sera-t-elle payante, gratuite, hybride? Majoritairement sur des supports électroniques? Statiques ou mobiles? Comment sera-t-elle valorisée? Difficile d'y voir clair tant les mouvements sont puissants. Ils sont à fois générationnels pour les habitudes de lecture, technologiques pour les plates-formes, et depuis peu économiques avec une détérioration historique. A considérer ces tendances, trois grandes catégories de taille inégale pourraient émerger.
La première est l'information «commodity»: universellement disponible, partout pratiquement au même moment. Un avion se pose dans l'Hudson River à 15h28, Twitter dégaine plus vite que CNN avec un témoin qui capture la scène à l'aide de son téléphone portable et la met en ligne depuis le ferry qui récupère les passagers. L'image est visible à 15h36 par tous les internautes. Dans l'heure qui suit, les récits sont partout. Pas question de valeur ajoutée, «speed is key» (Imaginons seulement ce qu'auraient donné les attentats du 11-Septembre avec Twitter).
Valeur économique de cette information: zéro. L'universalité, la simultanéité, l'atomisation des émetteurs sont autant de facteurs de dévalorisation. Le canal privilégié de cette info brute est naturellement le support électronique. Son audience sera importante, elle sera donc monétisable en jouant sur la multitude.
Seconde catégorie plausible: le mashup participatif. Le grand magma de l'information. On ne distingue plus la rumeur des faits avérés, on ne sait plus si ce sont des internautes — malins ou sincères — qui balancent, ou si l'information a fait l'objet d'un début de vérification. On va lancer sur la toile un vilain bruit sur un animateur de télé (un must), tout en précisant que ce n'est qu'une rumeur et qu'on vérifie. La machine à cliquer s'emballe. Bingo. Dans le même temps, on va sortir un vrai scoop qui va faire office de label de crédibilité pour la marque. Tout cela avec une immense mousse conversationnelle: commentaires, posts, contre-posts, polémiques. Un exemple du genre, justement: LePost.fr, l'appendice trash du Monde Interactif (1).
Conçu par des gens de talent qui ont minutieusement décortiqué tous les comportements des (jeunes) internautes qui s'informent, doté en plus d'une «vraie» rédaction hyperactive, ce site n'a encore qu'une faible audience par rapport aux grands sites d'info. Mais celle-ci connaît une croissance fulgurante: +257% en visites au cours des dix derniers mois (source: OJD) contre +54% pour LeFigaro.fr et +23% pour LeMonde.fr. De quoi «désespérer Blanqui» (nom du boulevard où siège le quotidien).
Ce segment sera sans doute le plus profitable avec des sites qui ne coûtent pas très cher à exploiter — pas d'envoyé spécial à Pointe-à-Pitre, ce sont les internautes locaux qui font le travail et tous les autres qui débattent à se lacérer la canal carpien. Du coup, la croissance s'auto-alimente à chaque fait d'armes ou chaque cycle d'information adapté au format.
Troisième possible segment: l'information à valeur ajoutée. L'angle, le choix, le contenu original, l'analyse — vous m'avez compris puisque vous êtes sur Slate.fr. Ce sera le territoire d'une presse dite de qualité, mais en voie de racornissement. Les quotidiens papiers se replieront sur des périodicités de un à trois jours par semaine dans le meilleur des cas. Ou ils donneront lieu à des sites internet d'audiences variables: ceux qui auront réussi à capitaliser sur des marques historiques seront de solides croiseurs du net, mais ils seront aux prises avec ce qu'on appelle des pure Player, «natifs» de l'internet et donc plus agiles. Aux Etats-Unis, ce sont des sites comme Politico, le Huffington Post, — en fait des «superblogs» largement participatifs et professionnalisés — ou encore notre maison-mère Slate.com qui vont mordre les jarrets des grands organes de presse (cf. la campagne électorale américaine). Mais l'information sera correctement monétisée parce que valorisée.
Il n'est pas question de porter ici un jugement de valeur. Il serait absurde de parler d'une information cheap (et comme par hasard, de masse) en lui opposant une info qui serait «noble» repliée sur une élite. La presse, telle qu'on la connue, est en train de mourir pour avoir succombé à ce raisonnement, en partant du principe que son magistère ne pouvait que lui donner raison contre les aspirations de la populace (laquelle, manque de chance, la payait). Mieux vaut donc rester modeste, et, pour une fois, écouter l'auditoire.
Frédéric Filloux
[(1) Disclosure de l'éditeur: Jean-Marie Colombani, un des fondateurs de Slate.fr, a dirigé Le Monde de 1994 à 2007].
Image de Une: 24 Hours in 24-Hour News / Flickr & image d' bateau en papier de Zarko Drincic «Yesterday news»
Mis à jour le 19/02/2009 à 8h23








































« le lecteur en ligne passe ainsi 15 minutes PAR MOIS sur Le Monde.fr »
Oui, mais je pense qu'il y a toujours eu une éternelle confusion plus ou moins volontaire (elle arrange tout le monde… sauf les annonceurs, c'est à dire ceux qui paient) entre lecteurs et visiteurs. 15 minutes est la moyenne que passe par mois chaque visiteur, et non chaque lecteur. Sachant que parmi ces visiteurs, la plupart (probablement 80 % pour ce qui concerne les blogs) ne restent pas plus de quelques secondes par visite (arrivé sur une page via un lien externe qui ne correspond pas à leur attentes). Ceux là sont bien des visiteurs mais ce ne sont pas des lecteurs. Ils n'ont le temps de consommer ni le contenu, ni la pub.
Si les organismes de mesure d'audience se décidaient enfin à sortir de leurs statistiques tous les visiteurs ou toutes les visites qui durent moins de 10 secondes (voire moins de 30 secondes, soyons fous), on obtiendrait un nombre de lecteurs, certes beaucoup plus bas, mais qui serait sans doute bien plus réaliste et intéressant que les millions de visiteurs uniques ou de pages vues qu'on nous sort depuis des années (avec des moyennes de temps de visites forcément basses — et encore, ces moyennes sont gonflées par une petite partie des visiteurs qui laissent la fenêtre d'un site ouverte en arrière plan pendant des heures, sans forcément la lire tout ce temps).
Un visiteur n'est pas forcément un lecteur et pour moi, c'est plus un problème de surévaluation du nombre de lecteurs (confondu avec les visiteurs) que d'un manque d'attention de la part de ces derniers. Malgré tout, il y a peut être aussi un temps d'attention chez les lecteurs de contenu internet un peu plus faible que sur d'autres médias, dû à a fragmentation, la diversité des contenus disponibles et le contexte de lecture qui est souvent moins « confortable » que télé, radio ou journaux. Mais sans doute dans de moindres proportions que ce que les moyennes de temps de visite nous indiquent. Tout cela n'enlève rien aux idées et hypothèses que vous formulez en suivant mais il me semblait important de relever ce point. Sans pour autant être un expert en la matière, je le précise.
Bonjour,
Très bel article, enlevé, piquant, avec de l'humour et des expressions savoureuses comme ces débats "à se lacérer le canal carpien". Mais je ne sais pas si la vision d'avenir sera vraiment celle qui est décrite. On a toujours faux en prospective, prévisions et autres astro-visions, malgré la logique et les logiciels qui moulinent... On se donne l'impression d'avoir vu juste après coup, en se retournant sur le passé, parce que on sélectionne les événements.
Lire pour s'en convaincre "Le cygne noir - la puissance de l'imprévisible, par Nassim Nicholas Taleb, éd. les Belles Lettres, 2008"
Mais cet article reste tout de même un beau panorama du présent et bien présenté !
Amitiés, Agnès
http://doutagogo.com
Le boulevard où siège le Monde porte le nom d'Auguste Blanqui, et pas Bianchi.
Bon papier, à part ça!
Le gros problème c'est qu'il est difficile dans ce domaine, comme d'ailleurs dans celui des loisirs télévisés, de faire sienne la définition généralement admise de la qualité c'est à dire l'ensemble des caractéristiques d'un produit ou d'un service qui le rendent apte à satisfaire les attentes du client.
Ne présumons-nous pas trop de notre société ?
C'est magnifique, le comportement de masse qui fait qu'aujourd'hui, tout est tellement trop cher que de toutes manières plus personne ne veuille rien payer: même pas les photos pour illustrer un article de presse, récupérées sur Flickr (vous n'êtes pas les seuls, la plupart des journaux font de même et pas seulement en ligne).
Ce qu'on peut se demander, c'est comment on va faire pour sortir d'une crise économique mondiale, sachant que personne ne veut dépenser d'argent pour quoi que ce soit: musique, films, puis maintenant l'info, logiquement tout le reste suivra, tout devra être gratuit. Quelqu'un se demande comment l'économie va tourner, quant on est incapable d'une industrie locale (main d'oeuvre trop chère) et que le reste n'est pas indispensable (donc ne doit rien coûter)? Quand plus personne ne va être payé de son talent, de son métier et de son expérience, on fera quoi? Du troc ? De biens qui seront produits de quelle manière et par qui, au juste?
Quant à la véracité de l'information, franchement: à l'heure de la télé-réalité et des creux discours politiques, vous pensez vraiment que ça intéresse qui que ce soit? La source d'info numéro 1 c'est la télé (tiens d'ailleurs aujourd'hui, des tas de gens s'abonnent PAYANT pour regarder cette m...), parce qu'il est tellement plus simple et rassurant de s'avachir devant des communiqués officiels aussi faussés et arrangés que n'importe quelle rumeur, et d'attendre "à la française" que quelque chose se passe tout seul pour que le monde aille enfin mieux. Pendant ce temps on pourra tranquillement conspuer ou admirer toutes les nouvelles stars qu'on voudra, quelle merveille...
Désolé si j'ai l'air simpliste, mais moi ça fait plusieurs années que je me dit que quand les autruches vont ressortir la tête du trou et réaliser à quel point nous avons en quelques années achevé de fausser un système qui aurait déjà dû être freiné il y a fort longtemps, elles vont avoir une grosse, grosse surprise, les bestioles...
Bonne continuation à Slate et à ses chroniqueurs, j'espère qu'ils ont de l'argent de côté parce que si ce n'est pas le cas ils vont bientôt devoir, comme nous tous et quel que soit notre talent propre, aller construire des maisons en Chine ou en Slovénie pour pouvoir envoyer nos salaires à nos familles restées ici. Au plaisir :)
Le débat sur la vérification de l'info et sur la crédibilité des contenus générés par l'utilisateur est un débat passionnant. Il mérite mieux que cette poignée d'arguments (un peu faciles, vous être trop intelligent pour l'ignorer) lancées sur Le Post.fr, qui ont déjà été dits et contredits des centaines de fois... On n'avance pas, on se fige. Dommage.
1) Je vous cite: "On ne distingue plus la rumeur des faits avérés, on se sait plus si ce sont des internautes — malins ou sincères — qui balancent, où si l'information a fait l'objet d'un début de vérification".
--> Tous les posts publiés sur la plateforme ont un label (info brute, info repérée) qui indique à l'internaute si le contenu est passé par le filtre de la rédaction ou pas. Et, quoi qu'il en soit, tous passent par le filtre de la modération, dans les 2h. Nous allons d'ailleurs améliorer ce système la semaine prochaine pour le rendre encore plus clair.
Ce n'est pas le cas par exemple des plateformes de blog de 20 minutes ou d'autres sites d'infos, ou rien ne permet de savoir si le post publié par tel ou tel blog, qui porte pourtant la marque du site, a été vérifié ou pas par un journaliste. Et qui laisse donc l'internaute dans le flou le plus total! Et, oui, effectivement, bingo... Sur 20minutes.fr, en décembre 2007 (mais je pourrais citer d'autres sites), une partie de la progression d'audience du site étaient due à deux blogs, amateurs, non vérifiés, qui avaient titré sur les photos nues de Laure Manaudou...
2) Vous dites : "On va lancer sur la toile un vilain bruit sur un animateur de télé (un must), tout en précisant que ce n'est qu'une rumeur et qu'on vérifie."
--> De quel bruit parlez vous ? Le Post a-t-il lancé jamais lancé une rumeur ? Quand ? Jamais, Le Post.fr n'a relayé une rumeur.
Vu son mécanisme, la rumeur aurait d'ailleurs plutôt tendance à mourir sur Le Post qui, sur le modèle de Hoaxbuster, décrypte les buzz et les dérapages du Net.
Notre "vraie" rédaction, comme vous dites, se forme depuis un an à l'animation de communauté et aux techniques de vérifications sur Internet. Elle n'est pas parfaite, mais elle connait aujourd'hui son métier.
Pour l'heure, la dernière info non vérifiée du web diffusée sur un média dont j'ai eu connaissance, c'était sur France 2, qu'on ne peut accuser d'être la branche "trash" de France Télévision.
Et c'est un internaute du Post qui a repéré la bourde, s'appuyant sur l'excellente enquête d'un... blogueur ! (http://www.lepost.fr/article/2009/01/05/1375396_gaza-france-2-diffuse-une-video-intox.html)
Des amateurs qui donnent des leçons à des journalistes ? Le monde est décidément bien contrariant...
Bravo pour votre nouveau site, pour la qualité de l'info avec une vraie valeur ajoutée, une vérification préalable des sources, à la différence des "scoop" d'autres sites
De surcroit, les commentaires des internautes sont à l'identique des vôtres, d'un grand intérêt, et non des réactions "people" stériles, lénifiantes, comme nous pouvons en découvrir tant d'autres
Poursuivez dans cette voie et merci pour ce que vous nous apportez
je ne lis plus de presse économique et financière "papier" depuis longtemps, des sites comme le vôtre y suppléent largement
Cordialement
Lecteur quotidien du Huffington Post, et ayant suivi l'essentiel de la campagne présidentielle américaine sur Politico, je crois que l'attrait principal de ces nouveaux médias réside à la fois dans la qualité du contenu mais aussi dans la simplicité de la maquette.
Aujourd'hui, vous retrouvez souvent dans les commentaires sur les sites des grands quotidiens français des critiques à l'égard de la pertinence du propos, de la qualité de l'analyse, de la rédaction, des fautes d'orthographes. Je pense que de nombreux internautes veulent rompre avec le côté institutionnel de ces grands sites, et la distance implicite qui existe entre le rédacteur et le lectorat.
Le succès des blogs (Presse-Citron notamment), mais aussi des "superblogs", et je l'espère, à terme, de Slate.fr, dépend de la capacité des rédacteurs à délivrer une réflexion pertinente et constructive tout en établissant une relative proximité et complicité avec son lectorat, chaque article publié étant une invitation à suivre celui du lendemain. Cette fidélisation doit être le résultat d'un processus naturel d'approbation envers les auteurs, méthode inapplicable avec les sites institutionnels dont la fidélisation passe par un abonnement au tarif peu attrayant, qui devient même inacceptable lorsque la qualité des articles et le contenu abonné ne donne pas satisfaction.
Enfin, en ce qui concerne la nature du lectorat, et la qualité des commentaires, il paraît évident que celles ci dépendent du niveau du contenu éditorial. Ainsi comparons les commentaires de 20min.fr, avec ceux de Slate.fr, on s'aperçoit que le public n'est pas le même, et donc le débat qui résulte de l'article n'est pas sujet aux mêmes réactions, beaucoup plus complètes et constructives il me semble pour le moment sur Slate.fr.
Pour terminer, je crois qu'il manque en France, un journal qui se placerait sur le même plan que The Economist en Angleterre, journal de référence pour la qualité de ses analyses. A défaut d'établir une comparaison qui ne saurait être, en raison de l'ancienneté et de la notoriété de cette institution britannique, je crois que Slate.fr a la possibilité de s'inscrire dans le mm type de contenu éditorial, et de devenir, à sa façon, sur Internet, l'un des acteurs majeurs de l'information en France, reconnu pour la qualité et le sérieux de son contenu, mais aussi pour sa proximité avec son lectorat. En d'autres termes, un journal à taille humaine, proposant de long et beaux articles à un public passionné et intéressé, le tout dans une maquette de site propre et dépouillée, proche de celle des blogs.
Pour avoir apporté une modeste contribution au Post.fr, qui m'apparaissait à ses débuts pertinent, participatif, convivial, je puis dire que le succès aidant, un glissement vers la médiocrité des infos et des commentaires est vite survenu. Mais tout se tient, et Le post.fr ressemble plus désormais à une espèce de forum où chacun se défoule plus qu'à un site où l'information y serait traitée avec acuité, compétence et finesse.
Pour attirer le chaland, on n'hésite pas à y privilégier le racolage indécent.
Cela dit, on peut y trouver aussi, en cherchant bien, quelques billets intéressants, mais rares.
Plus globalement, mis à part quelques sites d'excellentes factures, comme les blogs de Sud-Ouest par exemple, la notion d'audimat devient trop écrasante pour que soit privilégiée la qualité. Ce phénomène risque à terme de ne faire subsister que les sites fourre-tout, cantonnant les autres dans des niches, voire même les effaçant définitivement.
Cette réflexion m'amène à penser qu'une presse de qualité ne pourra être pérenne sur le net qu'à la condition que les textes y soient courts, denses, faciles à lire et que l'analyse, si elle doit être développée, soit succincte avec des renvois vers les articles de fond pour ceux qui souhaitent explorer plus assidûment le sujet.
http://www.patrickpike.fr
Je trouve cet article trop imprécis pour afficher une si grande ambition... Nous expliquer ce que seront demain les sites d'info en utilisant le terme de lecteur au lieu de celui de visiteur, ce n'est pas ce qu'il y a de plus convaincant.
Les visiteurs des sites d'info ne peuvent donc pas être assimilés à des "lecteurs" de journaux. Et dire qu'un visiteur "lit" Le Monde.fr 15 minutes par mois n'a pas de sens. C'est une moyenne qui fait se rejoindre un visiteur exceptionnel qui aura passé 2 minutes sur le site suite à une recherche sur Google ; et un visiteur régulier, qui passe chaque jour 10 minutes sur le site en ayant accédé directement au site.
Au passage, les lecteurs de l'Equipe.fr en prennent pour leur grade, ils réfléchissent plus lentement que la moyenne et passent donc 38 minutes par mois sur le site. Super, c'est respectueux et intelligent comme remarque de la part de l'auteur de cet article.
Ensuite, la distinction entre la 1ère et la 2ème catégories d'info n'est pas claire. Twitter peut très bien rentrer dans le mash-up participatif, non ? La valeur ajoutée n'est pas intrinsèque à ce type d'info, livrée rapidement, de façon brute, sans analyse ou opinion ; c'est la discussion qui s'établit à partir d'une première info, les échanges qui naissent, les points de vue qui sont partagés, qui valorisent l'information d'origine. Et je comprends l'idée que cette info a une valeur égale à zéro, mais dire ensuite que cette info est monatisable, c'est assez mal formulé...
La "mousse conversationnelle" comme vous l'appelez, constitue tout l'intérêt d'Internet et des outils disponibles pour développer l'interactivité. Alors sans doute, sur Le Post.fr, les commentaires sont moins réfléchis, moins élaborés et moins bien rédigés que ceux livrés sur Slate.fr, mais après ? Tout le monde devrait faire du très haut-de-gamme élitiste réservé aux bac+5 avec une forte conscience politique et une solide culture générale ? Non. Le Post.fr donne la parole à des milliers d'internautes chaque mois. Le Post.fr est un media de masse qui touche plusieurs millions de visiteurs chaque mois. Ne demandons pas au Post.fr d'être le lieu de vifs échanges construits, raisonnés et argumentés. Pour ça, il y a Mediapart ou Slate.fr.
J'apprécie que vous rappeliez qu'il ne s'agit pas "de porter ici un jugement de valeur". Heureusement que vous insister sur ce point dans le dernier paragraphe. Parce que quand on lit "Le Post.fr, l'appendice trash du Monde Interactif", on doute de votre bonne foi et de votre non-jugement de valeur des autres pure players.
Continuons sur Le Post.fr : l'audience n'est pas si jeune que vous le pensez. Merci pour les clichés, mais regardez un peu mieux les données Nielsen. Quant à la rédaction : oui, c'est une vraie rédaction, qui ne fait pas le même métier de journaliste que quelqu'un qui travaille au Monde (papier) ou sur Mediapart, mais qui est formée à l'animation des communautés et à la vérification de l'information. Enfin, "une faible audience par rapport aux grands sites d'info"... Le Post.fr en janvier, c'est 7,2 millions de visites OJD, devant les sites de l'Express et du Parisien. En décembre, c'est 2,2 millions de visiteurs uniques Nielsen, devant Liberation.fr. Là encore, vous manquez de précision.
Enfin, je suis plutôt d'accord avec votre vision de l'évolution des sites de contenus originaux, d'analyse et de qualité. Réduction de la périodicité des quotidiens d'aujourd'hui. Audience restreinte. OK. Par contre, il n'est pas du tout évident que les sites qui capitalisent aujourd'hui sur de solides marques historiques (Le Monde.fr, Le Figaro.fr, Liberation.fr) tiennent le coup. On l'a vu au moment des élections américaines, en novembre : aux Etats-Unis, les pure players ont fait mieux que les sites adossés à un journal.
Sur ce, je souhaite à Slate.fr de réussir son pari : "L'angle, le choix, le contenu original, l'analyse". Mais alors avec des articles aussi imprécis et peu objectifs, ça me semble mal parti.
La presse n'a pas su évoluer, s'adapter. Il y a la presse parisienne, la presse locale. Des quotidiens, des hebdomadaires. Le prix est dissuasif au regard du contenu. La publicité omniprésente. La direction politique brouille les cartes du jugement.
Internet est passé par là. Les élections présidentielles de 2007 ont fait explosé les dernières réticences de journalistes de la presse écrite.
Vous continuez avec un léger mépris à considérer l'internaute comme un déficient mental plus prompt à manipuler la souris pour un jeu infantilisant plutôt que de lire des articles. Pour cela vous avancez des chiffres de 15 minutes par mois.
Vous raillez les forums, les blogs. Certes, tous ne sont pas exempts de reproches pourtant les informations lues dans les journaux y circulent.
Visiter un site d'un grand média comme le Figaro, le Monde, le Point, Marianne ne nécessite pas des heures de réflexion. Vous faites votre marché, vous allez là où l'information attire votre œil parce que vous êtes intéressé par le sujet. Inutile de se trimballer avec un journal ou un hebdomadaire : vous piochez.
Que constate-t-on ? Que nombre d'articles ne font que reprendre les dépêches de l'AFP, que les journalistes ne font plus d'investigation, qu'ils se coupent de la province, que les journaux de province flirtent avec le degré zéro d'intérêt et d'information. Vous lisez un article, vous avez lu tous les articles de tous les médias. Il y a même des journalistes qui s'inspirent des forums pour faire un article sur une question.
La profession de journaliste doit se réformer. Sortir des bureaux, savoir écrire juste et clair et surtout avoir un avis objectif et impartial. Ne plus faire du facile sur les pipoles. Ne plus créer des personnalités politiques et les soutenir comme Ségolène Royal ou François Bayrou.
Internet a ébranlé une profession sûre de son savoir, de sa vérité, de son privilège d'être écoutée et reçue par la classe politique.
Que sera la presse dans 5 ans : à vous de relever le challenge !
Merci pour cet article, riche et d'actualité.
Je parlais justement de de ce sujet sur mon blog, je me suis permis
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