Monde

Saint-Paul tranquille comme Baptiste

Henri Tincq, mis à jour le 01.07.2009 à 15 h 37

Les restes du sarcophage de la basilique Saint-Paul de Rome seraient bien ceux de l'apôtre des «Gentils».

C'est une stupéfiante nouvelle qu'a révélée le pape, dimanche 28 juin à Rome, lors de la cérémonie de clôture de l'année que les catholiques viennent de consacrer à l'apôtre Paul. Paul de Tarse est traditionnellement vénéré comme le principal acteur de la propagation de la foi chrétienne au premier siècle (surtout dans le monde païen, celui des «Gentils»), après en avoir été le persécuteur. Avec l'apôtre Pierre, premier des apôtres choisi par le Christ, il est l'une des deux «colonnes» de l'Eglise. Le pape a affirmé que le sarcophage qui est consacré à l'apôtre Paul, sous le maître-autel de la basilique Saint-Paul hors les murs en périphérie sud de Rome, contenait bien ses restes.

Tant d'assurance peut étonner, mais personne n'est dupe: on n'en est encore qu'au début d'un processus de découverte archéologique. Benoît XVI a seulement révélé que le sarcophage avait fait l'objet d'une première «analyse scientifique rigoureuse». Il a précisé qu'«un tout petit trou a été percé dans le tombeau, qui n'a jamais été ouvert en tant de siècles, pour y introduire une sonde spéciale». Cette sonde aurait permis de «relever des traces d'un précieux tissu de lin coloré de pourpre, lamé d'or pur, et d'un tissu bleu à filaments de lin.» On a aussi noté, ajoute le pape, «la présence de grains d'encens rouge et aussi de substances protéiques et calcaires».

Suit le plus spectaculaire: «De minuscules fragments d'os, soumis par des experts, qui en ignoraient la provenance, à un examen au carbone 14, ont été identifiés comme appartenant à un être humain ayant vécu entre le Ier et le IIème siècle». Conclusion du pape : «Cela paraît confirmer la tradition, unanime et incontestée, selon laquelle il s'agirait des restes de l'apôtre Paul».

Ainsi dispose-t-on désormais pour l'apôtre Paul - comme pour l'apôtre Pierre dont la tombe est localisée avec certitude, depuis les années 1960, sous le maître-autel de la basilique Saint-Pierre au Vatican - de l'importante confirmation qu'il est enterré précisément là où il a toujours été vénéré: sous le maître-autel de l'une des quatre basiliques «majeures» de Rome qui lui est consacrée.

Selon des informations recueillies par l'agence de presse vaticane I.Media, le sarcophage aurait été examiné à la mi-mai 2007, à la demande de Benoît XVI et à l´approche de l´ouverture de l´année consacrée précisément à l'Apôtre des Gentils (juin 2008-juin 2009). Alors que la basilique était fermée au public, un petit nombre de témoins avait pu assister à cette inspection réalisée à l´aide d´une minuscule caméra passée à travers un orifice pratiqué dans le sarcophage. Les experts et les responsables de la basilique avaient alors découvert des ossements, dont un fémur. Ils avaient été aussi surpris par la découverte d´eau. Toutefois, des sceptiques se demandent comment il a été possible de pénétrer à l'intérieur du sarcophage avec des appareils microscopiques.

Quoiqu'il en soit, si Benoît XVI dit vrai, le sarcophage n'est pas vide et les restes humains qu'il contient sont bien ceux d'un homme du 1er siècle comme l'était Paul de Tarse condamné en 67 ou 68 après Jésus-Christ, et décapité du fait de sa citoyenneté romaine. Pour le moment, il est difficile d'aller plus loin dans les conclusions. L'étape suivante devrait être l'ouverture du sarcophage. Quelques jours avant le pape, le cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, archiprêtre de Saint-Paul-hors-les-murs, s'était exprimé sur le sujet : «Il y a longtemps que nous pensons à l´ouverture du sarcophage, c´est faisable, j´en ai parlé au pape, et il n´exclut pas que l´on fasse un jour une analyse attentive de cette tombe». Ajoutant: «Nous avons étudié comment faire, comment analyser ce sarcophage qui est là depuis dix-neuf ou vingt siècles, et n´a jamais été ouvert».

Le cardinal réfutait ce jour-là devant la presse l'idée que le sarcophage avait pu déjà faire l'objet d'une expertise, même limitée. Pieux mensonge pour permettre au pape d'avoir la primeur de la révélation concernant les investigations sur le tombeau et les restes de Saint-Paul. «Ce n'est pas un hasard, commente Isabelle de Gaulmyn, correspondante de La Croix à Rome, si Benoît XVI, pape théologien et soucieux de remettre l'intelligence au cœur de la foi chrétienne, soit celui qui a annoncé avoir retrouvé ce qui peut être considéré comme les restes de l'Apôtre des Gentils». L'Apôtre dont il dit que les chrétiens ont appris «l'alphabet de la foi».

Henri Tincq

(Photo: dcfdelacruz, Flickr, CC)

Henri Tincq
Henri Tincq (245 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte