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«Whatever Works», le dernier Woody Allen, recycle Woody Allen

Jonathan Schel, mis à jour le 01.07.2009 à 15 h 27

Mille fois, on l'a déclaré fini. D'abord en 1978 quand le grand public, toujours fidèle à ses comédies, boude son premier drame, le bergmanien Intérieurs. A nouveau dix ans plus tard, à la sortie du superbe mais confidentiel September... Et puis bien sûr en 1992, quand éclate le scandale de sa liaison avec Soon-Yi Previn, la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow: les tabloïds s'en donnent à cœur joie, piétinent l'idole de jadis, les New-Yorkais lui tournent le dos pour de bon... et il ne reste guère que les Européens pour passer outre, et aller voir chaque année (certes moins nombreux que jadis) le dernier Woody Allen.

Ces mêmes Européens ont bien dû, au long des tortueuses années 1990, lui reconnaître quelques failles: ce Sortilège du scorpion de jade (2001), qui emprunte sans vergogne au meilleur Billy Wilder (La Garçonnière et Assurance sur la mort); l'embarrassant Anything Else (2003) où Woody tente vainement de transmettre les secrets de son art à une star empotée de la génération MTV, Jason Biggs; ou encore le récent Scoop (2006) avec son suspense bancal et ses bons mots recyclés.

Whatever works (sortie le 1er juillet), le quarantième film de Woody Allen, nous ramène à bien des égards à l'époque lointaine de Annie Hall. Jugez plutôt: un Juif new-yorkais névrosé s'y adresse directement à la caméra, une irrésistible jeune provinciale lui brise le cœur, et le tout sur fond de Manhattan (décor que le cinéaste avait déserté depuis Match Point en 2005).

Alors, répétitif Woody Allen? La vérité est plus complexe. Si le scénario de Whatever works semble tout droit sorti des années 1970, c'est tout simplement... qu'il date des années 1970! L'an dernier, sous la menace d'une grève estivale des acteurs, Allen est contraint d'avancer son tournage annuel de trois mois. Puisque son nouveau scénario n'est pas prêt, il en extirpe un de ses légendaires tiroirs, pleins à ras bord de textes inédits.

A l'origine, Whatever works -traduisez "pourvu que ça marche"- avait été écrit pour le pionnier du stand up, le comique juif new-yorkais Zero Mostel... décédé en 1977. Il suffit d'un toilettage rapide, d'un autre comique névrosé, Larry David (héros de la sitcom HBO Curb your enthusiasm), et d'une référence à Obama glissée dans la voix off pour que Whatever works devienne un film du XXIe siècle.

C'est à la fois le charme et la limite du film que d'être à ce point ancré dans l'époque où il fut conçu. Le charme parce qu'on retrouve un Woody Allen qu'on avait oublié, un virtuose du dialogue, un génie de la réplique spirituelle, acérée, hilarante. La confrontation entre Boris le New-Yorkais sophistiqué et la famille de sa jeune épouse venue du Sud profond, ultra religieux et passionné d'armes à feu, est un régal, surtout lorsque débarque l'hilarante Patricia Clarkson, bourgeoise coincée qui découvre à Manhattan les joies du ménage à trois.

La limite parce que le contraste avec les grands Allen de l'époque est d'autant plus grand. Il fut un temps - au moins de Guerre et amour (1975) à Coups de feu sur Broadway (1994) - où chaque film de Woody Allen procurait un intense plaisir esthétique. Epoque tristement révolue: malgré la participation du grand chef opérateur Harris Savides, collaborateur régulier de Gus Van Sant, Whatever works est filmé platement, sans le moindre souci de la lumière ou du décor.  Boris habite le Lower East Side, un quartier de plus en plus mêlé à Chinatown, mais même cet exotisme n'inspire aucune passion au cinéaste, qui semble s'être tout à fait désintéressé de la ville de New York.

Quant à l'intrigue, elle est fidèle aux grands thèmes alleniens: absurdité de l'existence humaine; tentation permanente du suicide; espoir de bonheur qui s'incarne en une très jeune femme. Les détracteurs de Woody Allen prendront un malin plaisir à souligner cette circularité qui donne parfois l'impression d'un univers clos sur lui-même, étranger au monde extérieur. Pour qui l'aime, au contraire, n'y a-t-il pas un plaisir singulier à retrouver, bon an mal an, ses obsessions, ses manies, et son talent inimitable?

Sortie le 1er juillet

Jonathan Schel

(Photo: site officiel du film)

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