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Audition Condamin-Gerbier: «la vérité, toute la vérité» sur l'évasion fiscale

Pierre Condamin-Gerbier est aussi l'ancien responsable de la délégation UMP en Suisse. Capture d'écran de l'enregistrement vidéo de son audition au Sénat.

Pierre Condamin-Gerbier est aussi l'ancien responsable de la délégation UMP en Suisse. Capture d'écran de l'enregistrement vidéo de son audition au Sénat.

L'ancien gestionnaire de fortune chez Reyl, la banque qui hébergeait le compte de Jérôme Cahuzac de 1998 à 2009, a été arrêté en Suisse pour «service de renseignement économique». Relisez son grand déballage sur les mécanisme de l'évasion fiscale. Personne n'est épargné: politiques, banques, partis...

Le banquier Pierre Condamin-Gerbier a été arrêté le 5 juillet en Suisse, à son retour de Paris où il était entendu par la commission d'enquête parlementaire sur le rôle des banques dans l'évasion fiscale, rapporte la Tribune de Genève. Le Français est en détention préventive, et il est accusé entre autres de «service de renseignement économique», c'est à dire d'avoir transmis à des tiers des données bancaires. Nous republions à cette occasion un article de Vincent Glad soulignant qu'en plus de ce qu'il a dit sur les personnalités politiques françaises qui auraient des comptes non déclarés en Suisse, le témoignage de Pierre Condamin-Gerbier est une description hallucinante des mécanismes de l'évasion fiscale.

Il y a parfois des petits miracles au Sénat. Devant des bancs presque vides et dans l'indifférence de la presse, la Commission d'enquête sur le rôle des banques dans l'évasion fiscale a auditionné, mercredi 12 juin, le banquier de Genève Pierre Condamin-Gerbier, qui en une petite heure, en aura dit plus que le retentissant Cash Investigation d'Elise Lucet diffusé la veille.

Dans un style hybride à mi-chemin entre la pédagogie d'un économiste invité à C dans l'air et le flow d'un Takkiedine invité chez Ruquier, Pierre Condamin-Gerbier a déballé tous ses dossiers. La presse n'a retenu que la petite phrase sur la quinzaine de personnalités politiques, dont des ministres de gauche et de droite, qui auraient des comptes non déclarés en Suisse. Son témoignage contient pourtant aussi une description hallucinante des mécanismes d'évasion fiscale.

Pierre Condamin-Gerbier a un parcours qui incite à la prudence. Ancien gestionnaire de fortune chez Reyl, la banque qui hébergeait le compte de Jérôme Cahuzac de 1998 à 2009, il s'est fait licencier en 2010 et est devenu depuis le pire cauchemar de l'institution suisse. Il est par ailleurs l'ancien responsable de la délégation UMP en Suisse, ce qui peut aussi évoquer un règlement de comptes politique.

Ses déclarations sont néanmoins prises au sérieux par la justice française. A la suite de son audition le 18 avril devant les juges de l'affaire Cahuzac, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire visant la banque Reyl pour «blanchiment de fraude fiscale». Le journaliste Antoine Peillon, spécialiste reconnu de l'évasion fiscale, défend celui qui avait été sa source anonyme pendant l'affaire Cahuzac:

«C’est un homme sincère et authentique. Il va de soi que les documents en sa possession devront faire l’objet d’un traitement judiciaire et de vérifications approfondies. Mais Pierre Condamin-Gerbier sait de quoi il parle. Il a une véritable réflexion sur la façon dont le système financier suisse a permis à la fraude de prospérer.»

Pierre Condamin-Gerbier témoignait au Sénat sous serment, et a juré, comme le veut l'usage, de «dire toute la vérité, rien que la vérité». La justice devra déterminer s'il est un glorieux whistleblower ou un pathétique Takkieddine. En attendant, voici les meilleurs extraits de son audition, pour ceux qui n'ont pas le temps de regarder la vidéo en entier.

Premier constat: le fisc ne peut rien face aux dernières innovations financières en matière de fraude. Comme dans le cyclisme, seul les dopés amateurs se font prendre.

 

Les valises de billet, c'était la préhistoire de l'évasion fiscale…

 

La mode aujourd'hui, c'est d'aller à Hong-Kong. Bien plus que Singapour, où Cahuzac avait rapatrié son compte.

 

Les banques recrutent tranquillement leurs clients à l'évasion fiscale à quelques centaines de mètres du Sénat.

 

Et maintenant, un tuto d'évasion fiscale… Première méthode: l'assurance-vie luxembourgeoise.

 

Deuxième méthode: les prêts Lombard, très pratique pour rapatrier de l'argent douteux en France.

 

Sinon, reste le monde de l'art. Avec une petite dédicace aux tableaux de Laurent Fabius. Fabius qui était le ministre du Budget en 1982 lorsque le gouvernement Mauroy fit le choix d'exclure les oeuvres d'art de l'impôt sur les grandes fortunes.

 

L'évasion de capitaux, ça peut aussi être un grand jeu selon Condamin-Gerbier, qui accuse directement la Société Générale.


Et on passe au volet politique, avec cette petite allusion…


Condamin-Gerbier laisse entendre que la fraude pourrait aussi concerner le financement des partis politiques.


Autre méthode pour que le fisc ferme les yeux: financer les campagnes politiques?


Et si l'État connaissait en fait très bien les circuits de la fraude fiscale?

Vincent Glad

Les citations de Pierre Condamin-Gerbier sont légérement réécrites pour plus de compréhension, et ne sont pas présentées dans l'ordre du déroulé de l'audition.

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