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Marrakech en pleine mutation touristique

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 16.06.2013 à 9 h 03

La ville rouge compte à l’heure actuelle 55.000 lits, douze palaces ou cinq étoiles et quarante autres adresses hôtelières de toutes catégories. Marrakech ne cesse de se développer hors des murs vers la Palmeraie. En 2012, il y a eu une trentaine d’ouvertures d’hôtels, de maisons d’hôtes et ce n’est pas fini: pour les mois qui viennent, plus de 5.300 lits prévus en 2013. La cité impériale court-elle vers un trop-plein?

Es Saadi

Es Saadi

«Marrakech a la chance de pouvoir diversifier l’offre hôtelière dans toutes les catégories: du haut de gamme aux maisons d’hôtes, riads, fermes d’hôtes, Relais & Châteaux, Design Hotels, villages de vacances, clubs de loisirs qui nous ont permis de démocratiser la cité de Majorelle», indique Hamid Bentahar, patron du Conseil Régional du Tourisme de Marrakech, dans le salon bar du Sofitel Lounge and Spa. «C’est pourquoi l’attractivité de la ville ne cesse de croître et d’embellir –j’en veux pour preuve le Festival du Rire de Jamel Debbouze, le Festival du Cinéma en novembre, le Marrakech Art Fair, le MarrakChef (1er Trophée Maroc Gourmand), un concours culinaire annuel de chefs français réalisant des plats marocains sur place. Tout cela crée une animation culturelle et festive, en plein essor

Marrakech accueille chaque année cinq millions de touristes dont près de la moitié de la clientèle est française (40%). Ce tourisme de masse ne concerne pas, bien sûr, les people, les fortunés de la vie, les «rich and famous», cantonnés dans des riads réaménagés ou des villas de luxe cernées par de hauts murs.

Le groupe mauricien Beachcomber –neuf hôtels sur l’île aux lagons turquoise– s’est implanté dans la périphérie de la ville: le Royal Palm de Marrakech sera inauguré en janvier 2014, et en plus du golf high class, il est prévu une centaine de villas chics et chères (500.000 euros, premier prix) dont les ventes sont en constante progression. Marrakech, ville de séjours prolongés, climat et soleil obligent.

La fantastique explosion hôtelière de la «ville des teinturiers» se lit dans l’éventail des groupes qui se sont implantés au pied de l’Atlas. C’est devenu un  «must», une exigence des enseignes, un véritable palmarès de l’excellence pour l’hôtellerie internationale: les Relais & Châteaux, le groupe Méridien, le Pavillon Noura et ses riads du groupe Barrière, le Four Seasons, le Marriott, l’Amajena d’Aman Resorts, le Taj Palace indien ouvert en mai, le Sofitel et ses deux unités, le Banyan Tree d’Asie, l’Oberoi du groupe éponyme. Qui en Europe peut rivaliser avec de tels investissements?

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L’extension du parc hôtelier va bien au-delà des remparts historiques de la ville si proche de l’Atlas.

Oasis de verdure et de paix, la Palmeraie où se trouve l’unité de sport du Club Med, limitrophe de la place Jemaa el Fna, connaît un incroyable boom immobilier, côté maisons individuelles à tous les prix et hôtels de forte capacité ou, plus intime, comme les Jardins du Golf au cadre bucolique dans la Palmeraie.

L’avenir de Marrakech, l’avancée des enseignes se situent en dehors de la ville historique, de la Medina et des beaux quartiers comme l’Hivernage. On ne peut plus construire dans ces zones protégées, soumises à des lois drastiques voulues par Mohammed VI, très sensible à la protection des sites ancestraux. Il y a dans cette ville grouillante de vie, de jeunesse, d’activités un poumon vert de 600 hectares inclus dans ce que le roi appelle «La vision 2020», c’est-à-dire l’avenir à moyen terme, le développement durable et le respect des paysages.

L’urbanisation déferlante a suscité de graves problèmes d’approvisionnement en eau: jusqu’où les bulldozers devaient-ils creuser le sous-sol pour parvenir aux nappes phréatiques? Cette question cruciale, dans une ville fortifiée où la température l’été atteint 50°C et plus, a été ces dernières années au centre de la croissance immobilière. Ce problème vital paraît en voie de solutions grâce aux barrages, aux stations d’épuration des eaux usées et au traitement des neiges fondues de l’Atlas. Reste que la prudence est de mise. Pour tout chantier d’envergure, les permis de construire sont examinés à la loupe, le potentiel à bâtir reste énorme.

Restaurant Cour des Lions (Es Saadi)

L’hôtellerie marrakchi crée un emploi par chambre d’hôtel et fait vivre cinq emplois indirects –en tout 500.000 feuilles de paye par an. Inespérée, la manne financière réduit le chômage endémique (de 20% à 25%) et fait augmenter les salaires, les spécialisations, les compétences: travailler au piano dans la dream team de Yannick Alleno, trois étoiles au Royal Mansour (l’hôtel du Roi pour ses invités), reste une chance de poids pour un cuistot débutant. Les autorités locales visent un million d’emplois en 2020. La vogue du tourisme au Maroc est mondiale. On attend les Chinois.

Tout cela, cette phénoménale embellie a un nom originel: Jean Bauchet, ancien équilibriste au Moulin Rouge qu’il rachètera dans les années 1950-60. Cet entrepreneur aux audaces bien vues a obtenu de Mohammed V, le grand-père de Mohammed VI, l’autorisation de créer en 1952 un casino à Marrakech, à la lisière des remparts, en prélude à un bel hôtel, le Saadi, de style contemporain: jardin de roses et piscine turquoise devenue légendaire où se sont baignés les Rolling Stones, la princesse Margareth, Pierre Balmain.

Le tourisme européen haut de gamme a pris racine dans cet édifice de bon confort, climatisé (unique alors), dont la table française panachait les spécialités locales (couscous, tajines, cornes de gazelle) et des plats de l’Hexagone. La fille du propriétaire, Elisabeth Bauchet, mariée à un homme d’affaires marocain, M. Bouhlal, accueillait elle-même les clients dont la quasi-totalité étaient français –et le restent aujourd’hui. Le palace créé en 2005, la seconde adresse de luxe dans le magnifique parc aux palmiers, un superbe palais façon Mille et Une Nuits, c’est l’Es Saadi Gardens and Resort du XXIe siècle, célébrant l’artisanat, l’architecture et la douceur de vivre à Marrakech. Du luxe bien tempéré.

L’œil est réjoui, ébloui par la décoration intérieure, bois sculptés, zelliges, ferronnerie d’art, tapis berbères, tout cela a été peaufiné, raffiné depuis des années par Élisabeth Bauchet-Bouhlal, véritable fée, magicienne de l’Es Saadi.

Es Saadi

Si la Mamounia, chère à Winston Churchill, propriété des Chemins de Fer du Maroc, a connu une totale reconstruction à l’aube des années 2000 (deux ans de travaux supervisés par l’architecte décorateur Jacques Garcia), ce fut pour damer le pion à l’expansion programmée du Saadi des Bauchet (40 années de présence). Ce sont les Bauchet père et fille qui ont été les pionniers de l’hôtellerie de classe internationale et de l’art contemporain au Maroc à travers Marrakech Art Fair. Dans les murs et les salons de l’Es Saadi, aux volumes impressionnants, tableaux, toiles, sculptures meublent l’espace (400 œuvres). Et les dix villas paradisiaques autour du spa oriental de 3.000 mètres carrés (le plus grand de Marrakech).

«Le mythe de l’exception  marocaine –Marrakech est la plus jeune et la plus ancienne des villes impériales du Royaume– est bien vivant grâce aux brassages de populations, à ce cosmopolitisme permanent», ajoute Elisabeth Bauchet-Bouhlal, assise dans le Cour des Lions, le restaurant franco-marocain de l’Es Saadi.

«Nous ne cessons d’attirer les amoureux de la ville ocre. Ce qui fait défaut, ce sont les infrastructures, le confort des cars et des taxis, la pollution dans les rues, mais il n’y a pas un trop-plein d’hôtels comme on le croit en France. Chacun peut trouver à Marrakech un point de chute, une résidence à son goût: les familles, les couples, les golfeurs (six par court), les fous de musées et d’art, les voyageurs épris de la montagne, l’Atlas si près, et les obsédés du farniente, de la chaise longue, de la baignade et des jardins. Sans oublier la gastronomie marocaine historique où les femmes sont encore aux fourneaux: une tradition bien vivante.»

Oui, la diversité de l’offre est l’un des atouts majeurs du séjour dans la cité du Palais el Bahia, tout comme le dépaysement exotique dans les souks et l’animation colorée de la place Jemaa el Fna: charmeurs de serpents, conteurs de légendes, et vendeurs de brochettes.

«En dépit de l’affluence, des hordes de visiteurs flânant dans et autour de la Medina, Marrakech, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, a su préserver une sorte de fascination hors du temps. C’est une parenthèse luxuriante, issue de siècles de civilisation que chacun peut vivre à sa manière. Pour se ressourcer le corps et l’esprit –au nom du souci légitime de soi.»

Nicolas de Rabaudy

Où séjourner?

Il est indispensable de savoir où l’on va vivre: palais, hôtels de bon confort, riads, Dars, maisons d’hôtes, auberges qui doivent être recommandés par des articles ou guides (Château-Hôtels, Relais & Châteaux, le Petit Futé...), sinon on risque de singulières déconvenues. Un riad dans la Médina ou proche de la place Jemaa el Fna n’a rien à voir avec un quatre étoiles sous les palmiers de la Palmeraie. Attention aux tarifs parfois cinglants. Voici une sélection de bonnes destinations.

La Mamounia L’hôtel mythique, niché dans le légendaire parc de huit hectares (orangers), a trouvé une seconde vie grâce à la rénovation magistrale de Jacques Garcia, les chambres et suites sont spacieuses, de style Art déco et marocain, les terrasses d’un total agrément. Dans les parties communes, la modernisation est plus contestée, et les lumières très tamisées. Trois restaurants: le français avec les spécialités de Jean-Pierre Vigato de l’Apicius à Paris, l’italien du Don Alfonso 1890, deux étoiles près de Naples très couru, et le marocain de haute tenue, tant par la cuisine que par le décor typique. Service attentif.

Avenue Bab Ddid. Tél.: (212) 524 38 86 00. Chambres doubles à partir de 550 euros.

Saadi et Es Saadi Les deux hôtels de la famille Bauchet-Bouhlal. Le premier d’allure française dans le parc avec piscine à partir de 150 euros la chambre et le second, un palais en hommage à l’artisanat marocain, vastes espaces, salons, superbe spa oriental, une impressionnante piscine chauffée, soins, et deux restaurants: l’un en terrasse sur la piscine du parc et l’autre, la Cour des Rois, en étage, du chef Issam Jaafari, 29 ans, candidat au Bocuse d’Or à Lyon en 2013, qui panache habilement des préparations à la française (châteaubriand béarnaise) et des grands plats marocains dont l’exquis couscous de légumes du potager (16 euros) et la pastilla au pigeon (45 euros). Un beau moment dans la douceur de la nuit.

Rue Ibrahim El Mazini, quartier de l’Hivernage. Tél.: (212) 524 33 74 00. Chambres à partir de 350 euros.

Palais Namaskar Un palace de grand luxe de la Collection Oetker (le Bristol à Paris, l’Eden Roc à Antibes): tout ce que l’on attend de vivre dans un cadre raffiné. Spa, piscine olympique, jardin, table française.

88/69 Route de Bab Atlas. Tél. : (212) 524 29 98 00. Chambres à partir de 590 euros avec petit déjeuner.

Four Seasons Un beau resort de la prestigieuse chaîne canadienne, construit dans un parc paysagé. Tennis, spa, trois restaurants: un français, un marocain, un snack.

1 boulevard de la Menara. Tél.: (212) 524 35 92 00. Chambres à partir de 430 euros.

Sofitel Palais Impérial ou Lougne and spa. Deux unités hôtelières de la même enseigne et mitoyennes. De l’espace, des jardins luxuriants, deux piscines avec love bed et terrasses ombragées. Art de vivre à la française et hospitalité marocaine. Trois restaurants, baby sitting, service limousine, salon de beauté.

Rue Harroun Errachid. Tél.: (212) 524 42 56 00. Chambres à partir de 213 euros.

Naoura Barrière L'extension du groupe français au cœur de la cité ocre. Un palace cinq étoiles construit autour de la vaste piscine, un quadrilatère moderne, de style impersonnel, chambres et suites bien conçues. Le Fouquet’s en restauration, quelques plats locaux. Spa et riads.

Rue Djebel Alakhdar – Bab Doukkala. Tél.: (212) 524 45 90 12. Chambres à partir de 200 euros.

Riad Monceau Le plus réussi des riads marrakchi? Tenu par un couple de Français amoureux de Marrakech, et de la cuisine locale mitonnée par une professionnelle de la semoule, un régal. Il faut dénicher l’adresse très sélect dans les ruelles de la Medina. Cours de cuisine. Terrasse, piscine, jacuzzi.

7/8 derb Chaabane – Riad Zitoun Lakdim. Tél.: (212) 524 42 96 46. Repas à 32 euros. Chambres à partir de 125 euros.

Al Fassia Excellence de la pastilla de poulet, des tajines sucrés et salés, des salades : une table incontournable de la cité impériale dans un décor travaillé. Un must de l’ex-capitale impériale. Prix raisonnables, autour de 30 à 40 euros. Un must de l’ex-capitale du sud.

55 boulevard Zerktouni. Tél.: (212) 524 43 60 60. Chambres à partir de 97,50 euros.

Nicolas de Rabaudy
Nicolas de Rabaudy (464 articles)
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