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Grossesse: graves nausées gravidiques

Jessica Grose, mis à jour le 24.07.2013 à 11 h 07

Les vomissements incoercibles pendant la grossesse, aussi appelés «maladie de Kate Middleton», sont une vraie maladie, qui peut avoir des conséquences très graves pour le bébé et pour la mère.

Séance de yoga pour femmes enceintes à Madrid en 2009. REUTERS/Susana Vera

Séance de yoga pour femmes enceintes à Madrid en 2009. REUTERS/Susana Vera

L’une des choses les plus frustrantes quand vous êtes atteinte d’hyperémèse gravidique (hyperemesis gravidarum) –autrement appelée vomissements gravidiques incoercibles ou encore maladie de Kate Middleton– c’est que les médecins ne savent pas quoi faire pour vous. Ils n’en connaissent pas les causes. Ils ne savent pas franchement comment vous aider à vous sentir mieux.

Deux des traitements les plus courants administrés dans les cas d’hyperémèse sont des antihistaminiques comme le Benadryl, qui ne soigne pas la nausée mais vous sonne bien, et le Zofran, destiné à l’origine à aider les patients atteints de cancer à lutter contre les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie et les radiations.

Lorsque j’étais enceinte et que pendant plusieurs semaines je n’ai rien pu garder excepté de la citronnade et une clémentine à l’occasion, j’ai choisi le Benadryl. Mon gynécologue m’avait parlé du Zofran, qui m’avait semblé terrifiant –il traverse le placenta et va jusqu’au cerveau du fœtus, et il est destiné aux cancéreux. Mais à en croire une récente étude du Dr Marlena Fejzo, professeure assistante en obstétrique et gynécologie à l’UCLA, j’ai peut-être opté pour la solution la plus risquée des deux.

Cette étude, publiée dans l’European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproductive Biology, compare 254 femmes atteintes d’hyperémèse et 308 femmes souffrant de nausées matinales normales ou n’ayant aucun symptôme. Le Dr Fejzo a découvert que les femmes atteintes d’hyperémèse gravidique courent quatre fois plus de risques que les autres de connaître des complications comme un bébé trop petit à la naissance ou prématuré. Elle a ensuite comparé les femmes souffrant d’hyperémèse qui avaient connu de telles complications avec celles également atteintes mais pour qui tout s’était bien passé, et elle a découvert que plus de 50% des femmes à problèmes avaient pris des antihistaminiques comme le Benadryl et l’Unisom pour lutter contre leurs nausées.

J’ai parlé au Dr Fejzo au téléphone; elle m’a expliqué que le Zofran était plus efficace et moins lié aux complications lors de la grossesse que les antihistaminiques. Mais elle a également pris soin de préciser que nous ne connaissons pas encore les effets du Zofran sur les bébés dont les mères ont pris ce médicament—c’est l’un des sujets de ses futures recherches.

Malheureusement, le Dr Fejzo est l’un des très rares chercheurs qui étudient cette maladie. Elle le fait pour des raisons personnelles: elle a elle-même souffert d’hyperémèse non-diagnostiquée lors de sa première grossesse, et a fait une fausse-couche à 15 semaines lors de sa deuxième—et a failli mourir—tant elle vomissait. Elle n’essaie pas seulement de trouver quel médicament soigne le mieux cette maladie; elle tente aussi de découvrir quels gènes vous prédisposent à en souffrir. Si de nombreux obstétriciens ne sont pas au courant des dernières recherches sur l’hyperémèse gravidique, le Dr Fejzo a découvert qu’avoir des cas dans la famille signifie que vous courez 17 fois plus de risques d’en souffrir.

Comment expliquer une telle pénurie d’informations sur une maladie qui envoie environ 285.000 Américaines à l’hôpital chaque année? Le Dr Fejzo explique que les recherches ont calé après les années 1950, lorsqu’on se mit à donner de la thalidomide aux femmes atteintes de graves nausées, médicament qui se révéla causer de terribles malformations congénitales. «Après cela, les études sur les femmes enceintes se sont pratiquement arrêtées. Les laboratoires pharmaceutiques ont cessé les recherches et les universités aussi.» Bien que le scandale de la thalidomide se soit produit il y a plus d’un demi-siècle, la recherche du Dr Fejzo est financée par l'Hyperemesis Education Research Foundation, qui fonctionne principalement grâce à des dons.

Elle espérait que la médiatisation de la maladie par Kate Middleton contribuerait à promouvoir cette cause, mais pour l’instant il ne s’est pas passé grand-chose. «C’est le deuxième motif d’hospitalisation pendant la grossesse», rapporte le Dr Fejzo, mais «elle n’est pas considérée comme un problème grave

Lorsque j’étais atrocement malade, outre la terreur que m’inspirait l’idée que ma fille pouvait souffrir de mon incapacité à garder la moindre nourriture, j’éprouvais une grande colère à l’égard de ceux qui estimaient que j’exagérais—qui pensaient que les «nausées matinales» n’étaient qu’un petit malaise, qu’un peu de boisson gazeuse au gingembre et quelques biscuits salés suffiraient à calmer.

Le Dr Fejzo explique que la première chose qu’une femme souffrant d’hyperémèse gravidique peut faire c’est se rendre sur les forums de soutien de la fondation HER [en anglais], où elle partagera son expérience avec d’autres femmes qui savent à quel point ce qu’elle vit est horrible. Elle suggère aussi que les femmes enceintes qui en souffrent demandent à leurs médecins une injection de vitamine B1. Si vous ne supportez aucune nourriture, boisson ou vitamine prise oralement, une injection de vitamine B1 peut éviter à votre bébé de contracter un trouble neurologique appelé l’encéphalopathie de Wernicke.

J’ai eu de la chance—visiblement, ma fille n’a pas été affectée par le Benadryl (à 4,100 kg et quatre jours de retard, on ne peut guère parler de petit bébé ou de prématurité). Mais si nous décidons d’avoir un deuxième enfant, je cours un risque malheureusement très élevé de souffrir de nouveau d’hyperémèse—80% des femmes étudiées par le Dr Fejzo ont connu des récidives. Même si je dois passer de nouveau plusieurs mois la tête dans les toilettes, je suis contente de savoir qu’au moins, quelqu’un essaie de résoudre le problème. Je vous jure que si les hommes tombaient enceintes, cela ferait longtemps que nous aurions une solution.

Jessica Grose

Traduit par Bérengère Viennot

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