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Comment ça, les sorties de secours de l’avion sont verrouillées?!

Brian Palmer, mis à jour le 14.09.2013 à 15 h 12

En cas de véritable urgence, il faut pourtant pouvoir les ouvrir... Petite histoire de cette sécurité qui empêche d'ouvrir une porte en plein vol.

REUTERS/Toby Melville

REUTERS/Toby Melville

En mai dernier, un passager d’Alaska Airlines, Alexander Michael Herrera, a tenté d'ouvrir en plein vol la sortie de secours de son avion, entre Anchorage (en Alaska) et Portland (dans l’Oregon). Son geste n’a fait courir aucun danger aux autres passagers. Et pour cause: la sortie de secours était verrouillée durant le trajet.

Mais alors, qui ouvre la sortie de secours d’un avion en cas de véritable urgence?

Réponse: un système informatique. La plupart des appareils de la flotte d’Alaska Airlines sont des Boeing 737NG. Les sorties de secours situées au-dessus de l’aile de ces avions sont équipées de verrous électroniques qui ne s’enclenchent que lorsque l’avion est en vol. Si l’avion atteint une vitesse quasi-nulle ou perd de l’altitude, la porte s’ouvre.

Par ailleurs, les verrous nécessitant de l’électricité pour rester fermés, ils repassent en position déverrouillée en cas de coupure de courant. Les agents de bord se plaignent parfois de la tendance qu’ont les verrous à se désactiver au moindre problème, car si un voyant lumineux indique une défaillance du système de fermeture, un membre du personnel doit rester devant la sortie de secours.

La bonne nouvelle, c’est qu’un verrou d’issue de secours fonctionnant mal n’a jamais empêché les passagers de sortir en cas de réelle urgence.

Inspiré par un pirate de l'air

Les plus vieux Boeing 727, qui pour la plupart ne sont plus en service sur les lignes commerciales, disposent de verrous moins performants, et l’histoire du système de fermeture de la porte donnant sur l’escalier arrière est pour le moins insolite: en 1971, à la veille de Thanksgiving, un homme utilisant le faux nom de Dan Cooper détourna un avion, relâcha les passagers à Seattle en échange de 200.000 dollars et ordonna au pilote de mettre le cap vers Mexico. Toutefois, alors que l’avion survolait l’Oregon, «Cooper» sortit l’escalier arrière de l’avion et sauta en parachute.

Personne n’entendit plus jamais parler de lui, mais son «exploit» incita plusieurs imitateurs à tenter leur chance dans les années qui suivirent. Cette tactique devint si répandue qu’on lui donna un nom: le para-jacking.

En réponse, Boeing équipa les escaliers arrière des 727 d’un mécanisme à ressort installé sur l’extérieur du fuselage. Lorsque l’avion prend de la vitesse, le mouvement de l’air enclenche un loquet situé sous la porte qui empêche l’escalier de s’ouvrir. Ce mécanisme fut baptisé Cooper vane, du nom du pirate de l’air qui l’a inspiré.

Sur certains appareils, toutes les portes de secours s’ouvrent vers l’intérieur. Ouvrir une porte de secours qui pivote vers l'intérieur dans un avion pressurisé volant à une altitude de croisière est au-dessus des forces de tout passager ordinaire, ce qui rend inutile la présence de loquets. En fonction de la taille de la porte, l’ouvrir à 35.000 pieds d’altitude doit être à peu près aussi difficile que de soulever une petite voiture. La porte ne peut être ouverte qu’une fois la descente entamée ou l’avion dépressurisé.

Certains avions construits ces quinze dernières années, en revanche, disposent de portes s’ouvrant vers l’extérieur. Si cette nouvelle mode impose l’installation de loquets, elle résout le problème de sécurité que représente la nécessité de manœuvrer un panneau lourd et peu maniable au milieu d’une foule de passagers hystériques qui créent un embouteillage pour accéder à la porte.

Incidents réguliers

Régulièrement, des passagers tentent (en vain) d’ouvrir les issues de secours en plein vol. En 2011, c’est arrivé deux fois dans des avions de Delta Airlines. En mai de la même année, un passager apparemment ivre a tenté de sortir d’un avion en direction de Boston, à son altitude de croisière, et en octobre, un autre a essayé d’ouvrir une porte entre Las Vegas et Atlanta.

Ouvrir une issue de secours quand l’avion est au sol est nettement plus facile. L’année dernière, un passager qui voyageait sur une compagnie vietnamienne a ouvert l’issue de secours pour sa voisine qui voulait sortir pour calmer son bébé. En 2007, un passager d’Air Deccan a ouvert une porte de secours parce qu’il était énervé que son avion soit dérouté.

Nous pouvons aussi évoquer le cas très connu de l’agent de bord de la compagnie Jet Blue, qui, excédé, a insulté un passager par l’interphone avant de quitter l’avion par un toboggan d’évacuation. Les personnes ayant ce genre de comportement reçoivent généralement des amendes, mais ranger un toboggan ou réparer une porte endommagée coûte en général des dizaines de milliers de dollars, soit nettement plus que la plupart des amendes.

Brian Palmer

Traduit par Florence Delahoche

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