Justice pour Yvan Colonna, par Edmond Simeoni
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Ayant initié, avec d'autres, la lutte d'émancipation de la Corse depuis près de cinq décennies, je reste une partisan convaincu d'un Statut d'Autonomie Interne au sein de la République Française et de l'Union Européenne. Ce combat se poursuit dans la légalité mais je ne peux oublier que, historiquement, l'injustice a, en Corse, fait le lit de la révolte. Défenseur engagé du respect des Droits de l'homme, je m'intéresse à «l'Affaire Colonna» dans cette optique.
Le procès d'appel d'Yvan Colonna est un fiasco judiciaire: des pièces décisives cachées à la défense, une enquête policière bâclée et malhonnête, une instruction scandaleusement à charge, le tout dessinant la volonté d'arriver à tout prix à une condamnation décidée d'avance. L'exigence de justice s'est donc muée, au fil des audiences, en esprit de vengeance. Ce dossier aurait dû être l'honneur de la justice française. Il en restera la honte, sinistre chef d'oeuvre de la justice anti-terroriste, qui vaudra très probablement à l'Etat français une nouvelle condamnation devant la Cour Européenne des droits de l'homme ; comme le laisse augurer l'édifiant rapport de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH).
Ces débats d'appel faussés ne sont en fait que l'ultime avatar d'une dérive structurelle entamée dès le 6 février 1998, soit dans les instants qui ont suivi l'assassinat du Préfet Claude Erignac à Ajaccio. En effet, le fonctionnement de la police et de la justice anti-terroristes, et plus globalement le comportement d'ensemble de l'appareil d'Etat en suite de cet assassinat ne pouvaient qu'aboutir à la faillite de la démocratie judiciaire.
Rappelons qu'au lendemain de l'assassinat du Préfet, la République et la Corse sont sous le choc. Des dizaines de milliers de Corses descendent silencieusement dans les rues, pour manifester leur émotion, mais aussi pour témoigner collectivement de leur volonté de faire changer les choses. L'Etat va alors se tromper sur la portée de ce message. Là où s'exprime une attente démocratique, il voit un blanc-seing à une répression tous azimuts. Les Corses, dans leur grande majorité, veulent alors mettre un terme à l'ensemble d'un système qui génère la violence, et notamment la violence clandestine. Cela passe par une remise à plat des rapports entre la Corse et l'Etat, un nouveau contrat, une démocratisation profonde de l'ensemble de la société insulaire. Mais plutôt que d'ouvrir pareille perspective, Paris cherche uniquement à marginaliser le mouvement nationaliste corse.
L'erreur politique est profonde. Elle s'exprime aussi dans la brutalité de la réaction policière et judiciaire à l'assassinat du Préfet: des centaines de personnes raflées au petit matin, des dizaines d'incarcérations sans charges à Paris, avec en arrière-plan, la même logique, répétée à l'envi par la DNAT aux gardés à vue: «vous — les Corses — avez tué un Préfet : nous vous mettrons tous en prison si nécessaire, mais nous trouverons les auteurs...». Parallèlement, des coupables potentiels sont désignés à l'opinions publique, et incarcérés: c'est le temps de la fameuse piste «agricole».
Onze ans après, plusieurs dizaines de personnes, brisées par des détentions abusives de plusieurs mois, attendent toujours leur non-lieu. Puis, c'est la piste «intellectuelle»: Castela et Andriuzzi seront condamnés en première instance à 30 années de réclusion criminelle, puis acquittés en appel, au terme d'un procès mettant en exergue les mensonges et les faux commis par des policiers de haut rang, les mêmes que l'on retrouvera au cœur du procès Colonna...
C'est à l'aune de ce contexte qu'il faut apprécier la procédure menée contre celui-ci. Yvan Colonna a été publiquement désigné par les plus hautes autorités de l'Etat comme officiellement coupable, dès sa mise en cause en mai 1999. Ce postulat de culpabilité a ensuite accompagné tous les actes du procès pénal, de l'enquête au procès, avec pour conséquence de vicier irréversiblement le débat judiciaire sur la culpabilité ou l'innocence de Colonna.
Cet homme est aujourd'hui l'otage d'un jeu qui le dépasse : pour l'Etat, admettre son innocence serait reconnaître que l'assassinat du préfet Erignac, décrété «cause sacrée», n'est pas élucidé. Que la police et la justice anti-terroristes sont dangereux pour la démocratie. Que ceux qui, comme l'actuel président de la République, l'ont publiquement affirmé coupable, se sont trompés. Voilà pourquoi il n'est pas excessif de dire que Colonna est aujourd'hui prisonnier de la raison d'Etat. Et voilà pourquoi nous demandons justice pour Yvan Colonna.
Edmond Simeoni
Edmond Simeoni, président du Comité de soutien à Yvan Colonna, est un nationaliste corse «historique». Autonomiste, il fut un des responsables de l'occupation de la cave viticole d'Aléria mais s'est toujours opposé à la violence politique, plaidant pour des solutions démocratiques et politiques.
Mis à jour le 30/06/2009 à 18h21














































Dites-moi, Mr Simeoni, Yvan Colonna est-il un saint pour autant ?
En préambule, c'est clair que dans cette enquête et lors de ce procès, rien ne fut très clair, Neanmoins...
J'ai un peu sourri en lisant votre article tant il est, c'est une évidence, pro-indépendantiste. Mais bon. Si Colonna etait si blanc que cela, pourquoi a-t-il fui et s'est-il planqué si longtemps ?
Je ne sais pas mais en principe, lorsque l'on a la conscience tranquille et rien à se reprocher, pourquoi fuir ? Vous qui êtes un peu plus que moi dans le secret des lieux, Colonna a-t-il un casier judiciaire vide ? En matière de lutte armée (illégale) pour une corse indépendante, a-t-il les mains propres ?
Même la jolie photo en accompagnement de votre article, à faire pleurer dans les chaumières, ne m'enlèvera pas de l'esprit que Colonna n'est certainement pas blanc comme neige dans cette histoire sordide d'assassinat de préfet .
Vous confirmez ?
Cordialement,
@corto74
Il n'y a décidément pas plus aveugle que celui qui ne veut lire... Cher corto74, vous reprochez a l'article d'Edmond Simeoni sa coloration indépendantiste, alors qu'il explique en préambule qu'il est partisan d'une autonomie au sein de la République. le rappel de son attachement aux valeurs démocratiques, dont il a fait un combat tout au long de sa "deuxième" vie n'a pas l'air de vous intéresser. Passons.
A propos d'Ivan Colonna, vous nous sortez donc l'argument massue, le plus classique, celui que j'ai lu et entendu mille fois depuis cette triste histoire: pourquoi fuir quand on n'a rien a se reprocher? attitude de coupable si il en est! Encore une fois vous ne lisez pas l'article.
Mr Simeoni vous rappelle le contexte ridiculement répressif de l'époque, qui le moins que l'on puisse dire, ne faisait pas dans la demie-mesure. Cette manière d'opérer nous a conduit au chaos que nous avons tous vécus en Corse, notamment l'arrestation puis la condamnation (à 30 années de prison je vous le rappelle) de deux personnes acquittées depuis. Je passe sur les multiples "rafles" totalement arbitraires dans les milieux agricoles ou le seul fait d'avoir été jeune sympatisant dans les années 80 ou d'avoir un cousin Nationaliste pouvait vous conduire au Quai d'Orsay pour un interrogatoire musclé.
Vous voudriez qu'un jeune militant comme Ivan Colonna se sachant soupçonner d'être impliqué dans cette affaire se découvre tout d'un coup une passion débordante pour le système policier et judiciaire s'appliquant en Corse? que n'a il pas le plus sereinement du monde attendu que sa porte soit défoncée a 6 heures du matin?
Du haut de sa montagne au plus profond de son trou, je pense qu'Ivan Colonna n'a pas du regretter sa fuite, du fond de sa cachette, il a pu observer avec angoisse que les événements lui ont donnés raison.
Je ne l'excuse pas pour autant mais je comprend son acte.
Qu'il soit blanc comme neige -ou pas- n'est absolument pas le problème de fond, d'ailleurs Mr Simeoni se garde bien de porter un jugement sur ce point. C'est bien de l'état de la justice Française dont il s'agit et du traitement inouï pour ne pas dire inique que les Corses dans leur ensemble ont enduré et endurent tous les jours.
Je ne suis nullement militant Nationaliste, la seule appartenance politique que je revendique est mon adhésion au MODEM, parti politique qui n'est pas précisément connu pour être une officine de brutes sanguinaires ou de dangereux extrémistes. Oui, personnellement, je comprend la fuite d'Ivan Colonna.
Qui ne s’associerait pas à une aussi vibrante quête de justice ?
Encore faudrait-il, pour cela, avoir accès à toutes les pièces du dossier pour pouvoir se faire une réelle opinion concernant la culpabilité ou non de M. COLONNA. Car il faut bien avouer que les arcanes en échappent quelque peu aux béotiens que nous sommes.
Cependant, puisque vous ramenez cette affaire à « la Corse », permettez-moi d’en faire de même en rappelant quelques faits :
L’assassinat, le 6 Février 1998, de M. ERIGNAC constitua une double faute :
- la première fut celle d’assassiner un HOMME (tout simplement : un époux, un père de famille, etc..) en voulant lui faire endosser un rôle commode de symbole. M. ERIGNAC n’était aucunement responsable de ce que l’on reprochait à l’état ou à ses relais locaux (je parle ici de cette représentation clanique que, si je ne m’abuse, vous combattez depuis si longtemps). En faire le bouc émissaire fut une abomination.
- La seconde, politique, fut de négliger les conséquences de cet acte, en totale contradiction avec les buts poursuivis. Ces conséquences, puis-je le rappeler ici, furent les suivantes : après la réaction policière que vous évoquez (et qui ne fut pas TOUJOURS aussi injustifiée que vous le dites…), nous avons assisté à une reprise en main de la société corse par le banditisme local. Le clanisme originel a accouché d’une re-féodalisation en règle, pendant que l’état accouchait de la bouffonnerie des « accords de Matignon ». Aujourd’hui, en dépit d’un maigre « ravalement de façade » et d’un certain lissage médiatique, la Corse est dans une situation bien plus dramatique qu’elle ne l’était à la fin des années 1990, que ce soit du point de vue environnemental (j’aurais préféré « naturel »…), économique ou social. On a ainsi fait "Main basse sur une île", pour reprendre le titre prémonitoire d'un ouvrage que vous avez connu. M. Nicolas GIUDICI, dans son livre "Le crépuscule des corses" (ce titre est peu inspiré, mais bon...) anticipait cette Corse avec une acuité remarquable.
Au moins les assassins ont-ils payé leur faute. Même si je ne les approuve pas (c’est le moins que l’on puisse dire…), MM FERRANDI et consorts ont assumé leurs actes avec dignité humaine, ce qui prouve qu’ils n’étaient pas les pires.
Car rappelons-nous que les années qui précédèrent ce 6 Février 1998 furent tragiques : des dizaines d’assassinats, chacun au nom d’un peuple (!!!) qui n’en demandait pas tant, chacun d’entre eux appelant une riposte « proportionnée » digne des romans de MERIMEE. Stratégie suicidaire à laquelle plus personne ne comprenait rien, même les membres des divers FLNC entraînés dans cette ronde crépusculaire et absurde. C’est sans forcer le trait que l’on peut dire que chaque soir qui pointait, on se demandait de qui ce serait le tour « cette fois-ci ». Chaque corse ayant vécu cette époque a encore en souvenir le fait que, dans son entourage, quelqu’un avait peur.
Dans ces conditions, dire, comme vous le faites, que la corse avait une « attente démocratique » relève de la désinformation et de la récupération… les mêmes que celle qui ont transformé l’affaire Guy ORSONI en symbole du nationalisme. En fait, la corse s’est réveillée groggy, en se demandant comment échapper à cette situation schizophrénique qui est sa marque depuis les années 1970, entre révolte et soumission. La formule choc des nationalistes et compagnons de route fut : « nous condamnons les actes, mais pas leurs auteurs ». « Gloria a tè, o Yvan ! », pouvait-on lire sur les rochers de nos routes. Peut-on être plus ambigu ?
Pour en revenir donc à M. COLONNA, pas plus que je ne sais s’il a été l’exécuteur du commando, je ne sais s’il est prisonnier d’une raison d’état. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il est victime d’une escroquerie intellectuelle, d’une manipulation et d’un conditionnement dont il connaît certainement les auteurs. Certains de ces auteurs seraient-ils proches de lui ?
Cordialement.
Les défenseurs de notre République dirigé par des énarques trés compétents dans leurs bureaux ont simplement peur, je les comprends néanmoins cette comédie de procés est contreproductive et crait une défiance dans le système.
Le résultat est inverse à celui qu'ils auraient souhaité, on est dans les réglements de compte au lieu d'être dans une justice sereine dont le citoyen sont en droit d'exiger.
L'Etat à force de vouloir tout controler partout et tout, visiblement ne contrôle plus grand chose et montre une attitude de panique inquiétante.
Cette affaire n'est pas claire. Et de ce fait la prose de ce Mr Simeoni trouve un écho, ce ne sais pas si c'était le résultat souhaité.
La publication du rapport de la FIDH que mentionne Edmond Siméoni est l’occasion de relancer « l’affaire Colonna » sur le plan médiatique.
Ce rapport est plus centré sur la mise en cause globale des lois et procédures anti-terroristes –combat constant de la LIDH depuis plus de 10 ans- que ne l’était le rapport de la même FIDH sur le premier procès Colonna, lequel consistait pour l’essentiel en un copié-collé des arguments de la défense.
Ses conclusions et recommandations sont sans doute en partie fondées. Pour autant, la dénonciation des abus et dérives de l’anti-terrorisme ne suffit pas à faire d’Yvan Colonna un innocent.
Présenter, comme le fait Edmond Simeoni, Yvan Colonna comme un innocent condamné d’avance et prisonnier de la raison d’état relève d’une double manipulation :
Cette démarche veut faire passer ce qui n’est qu’une stratégie de défense médiatique et judiciaire d’Yvan Colonna (la promotion de la figure de l’innocent victime de la raison d’état et condamné d’avance) pour un combat pour la justice et les droits de l’homme : première imposture.
Elle veut faire passer un combat politique (la mythification du berger innocent utilisée par les mouvements autonomiste et indépendantiste au service de leurs objectifs politiques) pour un combat humaniste et démocratique : seconde imposture.
La culpabilité de Colonna a été jugée 2 fois. Il a été désigné puis dédouané, il appartenait a la justice de décider de sa culpabilité ou non. Cela a été fait. Revenir là-dessus, c'est faire de la politique. Le code pénal dans son article 434-25 du Code pénal sanctionne "le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance.". M Siméoni, taisez-vous.
La Corse est partie intégrante de la République française depuis que celle-ci existe. À ce titre les Corses, comme tous les Français, élisent leurs représentants depuis qu’il y a des élections. Parler de « lutte d’émancipation », de « l’injustice », est dérisoire. Se présenter comme un « défenseur engagé du respect des Droits de l’homme » (sic) quand on défend des terroristes qui ont du sang sur les mains est une imposture.
Comment ose-t-on parler de « faillite de la démocratie judiciaire » et donner des leçons de procédure quand on incarne des mouvements dont la violence terrorise la société, qui condamnent à mort et « exécutent » sans hésiter ?
Dénoncer « un système qui génère la violence, et notamment la violence clandestine » est un aveu d’échec accablant pour la société corse, pas pour la France.
Parler d’« erreur politique profonde » de l’État parce que celui-ci ne veut pas laisser impuni l’assassinat de sang froid de son plus haut représentant est littéralement puéril.
Quant à affirmer que « Paris cherche uniquement à marginaliser le mouvement nationaliste corse », c’est faire preuve d’ingratitude et d’aveuglément. D’ingratitude, car M. Siméoni est bien placé pour savoir que Paris, à part accéder à leurs revendications xénophobes ou racistes ou leur remettre le pouvoir, a à peu près tout essayé pour intégrer et responsabiliser les nationalistes/autonomistes : argent, amnisties, élus, institutions. Pour voir son Préfet assassiné par une bande d’énervés aux motivations incertaines et un dirigeant historique tel que vous incapable de dénoncer, avec toute l’autorité qu’il incarnait et toute la vigueur qu’il méritait, cet acte lâche et minable pour ce qu’il était : une honte pour la Corse.
Aveuglement, car il faut être aveugle pour ne pas voir que le « mouvement nationaliste corse » s’est marginalisé tout seul, notamment par une série d’actes révoltants qui ont culminé avec cette ignominie.
Comme disent les anglophones, « Nice try » M. Siméoni, mais, comme le montre votre argumentaire creux et provocant, recourant à une novlangue odieuse qui retourne le sens des mots en présentant les bourreaux comme des victimes ou en parlant de honte à propos du procès et non du crime, Colonna est indéfendable parce que son crime est indéfendable. Lui-même et ses avocats s’en sont rendu compte en fuyant le procès comme Colonna avait fui dans le maquis ses responsabilités.