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Le golf, des problèmes de swing et de balances

Yannick Cochennec, mis à jour le 16.06.2013 à 9 h 04

Le golf est farci de règles en tous genres qui le rendent parfois inintelligible pour le profane. Ainsi, tranquillement installé derrière votre téléviseur, vous pouvez dénoncer Tiger Woods. N’hésitez pas!

Woods droppe une balle lors du Players Championship PGA sur le parcours du TPC Sawgrass en Floride, en mai 2013. REUTERS/Chris Keane

Woods droppe une balle lors du Players Championship PGA sur le parcours du TPC Sawgrass en Floride, en mai 2013. REUTERS/Chris Keane

Le 113e US Open de golf, qui se déroule du 13 au 16 juin dans la région de Philadelphie, est l’occasion d’un anniversaire pour Tiger Woods. En effet, voilà exactement cinq ans que le champion américain n’a plus remporté le moindre tournoi majeur. Depuis sa victoire dans cette même épreuve en 2008 à Torrey Pines, en Californie, il est resté bloqué à ce nombre de 14 trophées du Grand Chelem qui le tient toujours à bonne distance des 18 succès de Jack Nicklaus —record que le n°1 mondial, âgé de 37 ans, aimerait tant s’approprier.

Comme une sorte de fatalité, les événements se sont ligués contre lui. Entre ses démêlées conjugales et ses blessures, Tiger Woods a dû faire face aussi à la drôle de mésaventure qui lui est arrivée lors du dernier Masters et qui lui a probablement coûté la cinquième veste verte de sa carrière sur le parcours d’Augusta.

Rappel des faits. Lors du deuxième tour du tournoi, le n°1 mondial, aux avant-postes du classement, joue son troisième coup sur le quinizième trou. Malchance. A toute vitesse, la balle ricoche sur le mât du drapeau et rebondit dans l’eau toute proche. Comme c’est le règlement, Woods droppe sa balle de l’endroit où il avait joué son coup «raté» et signe un 6 sur ce par 5. Et poursuit sa route.

Souci: alors que Tiger est toujours sur le parcours et n’a donc pas signé sa carte, un téléspectateur appelle le tournoi et signale que, selon lui, le drop sur le 15 a été irrégulier. En regardant la vidéo, le comité du tournoi décide qu’il n’y a pas d’infraction et ne dit donc rien à Woods qui, une fois son parcours terminé, signe sa carte sans être inquiété. Sauf que…

Sauf que Woods, lors de sa conférence de presse, déclare que pour se dropper, il s’est effectivement reculé de deux yards (1,80m), par rapport à l’endroit où il avait joué son coup «raté», ce qui n’est pas autorisé. Informé de ce nouvel élément, le comité du tournoi décide, le lendemain matin, de lui infliger deux coups de pénalité comme le veut le règlement. Au départ, le samedi, l’Américain ne part plus avec un score de -3, mais de -1.

Dénonciation par SMS

Ainsi va la vie réglementaire du golf farcie de règles en tous genres qui le rendent parfois si inintelligible pour le profane.

Mais le point le plus intéressant de cette affaire, aux proportions énormes aux Etats-Unis, vient du fait que c’est un téléspectateur, rapidement identifié, qui a signalé par SMS à l’un de ses amis faisant partie des officiels du Masters cette erreur de Tiger Woods qui aurait peut-être gagné le Masters sans ce message.

En effet, c’est l’une des drôles de particularités de l’arbitrage en golf. Depuis votre salon, si vous estimez en regardant la télévision qu’un joueur enfreint le règlement, vous pouvez décrocher votre téléphone et le signaler aux officiels de l’épreuve qui prendront le temps de vérifier.

Lors de rendez-vous importants comme le Masters et l’US Open, des dizaines d’appels affluent, par exemple, en direction des clubs organisateurs qui prennent donc le temps de prendre note et d’analyser les requêtes sérieuses. Car le règlement est sans ambiguïté: «Le témoignage de personnes ne faisant pas partie de la compétition, y compris les spectateurs, doivent être pris en considération et évalués. Il est aussi possible d’utiliser la vidéo d’une retransmission télévisée pour lever un doute.»

Dans l’histoire récente, de telles interventions ont eu quelques conséquences notoires. Début 2011, l’Irlandais Padraig Harrington, vainqueur de trois tournois majeurs dans sa carrière, fut ainsi disqualifié du tournoi d’Abu Dhabi pour avoir omis de se pénaliser après avoir déplacé sa balle de quelques millimètres en la replaçant sur le green. Ces quelques millimètres n’avaient pas échappé à l’œil aiguisé d’un téléspectateur. Harrington, qui avait signé une mauvaise carte en conséquence, paya le prix de cette «délation» au prix fort.

Quelques mois plus tôt, le Suédois Peter Hanson, membre de l’équipe européenne victorieuse de la dernière Ryder Cup, s’était vu imposer une pénalité à retardement lors d’une épreuve pour un double contact de la balle sur la face du club, invisible à l’œil nu (mais pas à celui d’un téléspectateur).

Aux Etats-Unis, quelques jours seulement après le psychodrame Tiger Woods au Masters, Sergio Garcia, lors d’un tournoi en Caroline du Nord, a été accusé à son tour par un téléspectateur d’avoir mal marqué sa balle sur un green. L’enquête a duré 45 minutes et l’Espagnol, très inquiet en attendant le verdict, a finalement eu gain de cause.

Assouplissement des règles

En avril 2011, dans le sillage de la mésaventure survenue à Padraig Harrington dans les émirats, les responsables des règles de la Fédération américaine (USGA) et du Royal and Ancient (R. and A.) de Saint-Andrews, qui établissent les lois de ce sport, avaient annoncé un assouplissement de la règle de disqualification pour carte de score erronée. Cet amendement permettait d’épargner un joueur qui ne s’était pas aperçu de son erreur et qui avait donc signé sa carte de bonne foi comme Tiger Woods lors du dernier Masters.

Avant cet assouplissement de la règle, le n°1 mondial aurait été probablement disqualifié sur le champ. Dans le cas précis, le comité du Masters a estimé qu’il s’agissait d’un cas particulier exceptionnel et que la pénalité de disqualification pour avoir signé une carte avec un score inférieur à celui réellement réalisé (règle 6-6d) pouvait être annulée (règle 33-7).

Il n’empêche. Nombre de joueurs se plaignent de cette intrusion des téléspectateurs dans la vie d’un tournoi car il y aurait injustice en la matière. Les joueurs, dont les parties ne sont pas télévisées (ou le sont moins), sont relativement épargnés tandis que les têtes d’affiche, à commencer par Tiger Woods surveillé comme le lait sur le feu par toutes les caméras, bénéficient d’un «traitement de faveur».

L’Américain Brandt Snedeker, l’un des meilleurs mondiaux, a récemment ajouté que cette règle était désagréable dans la mesure où «elle laisse supposer que des joueurs tentent de tricher», ce qui n’est évidemment pas le cas. Autre grief mis en relief: le golf est le seul sport à laisser agir le téléspectateur de la sorte. Imaginons des milliers de Français se ruant sur un téléphone lors d’une rencontre importante de football pour signaler ce que l’arbitre n’a pas vu.

Michel Platini, qui joue au golf et n’a jamais été un fan de l’introduction de la vidéo dans le sport et particulièrement dans le football, ne doit pas être en mesure de visualiser un tel cauchemar.

Légitimiste, Tiger Woods s’en tient, lui, à la loi: «C’est sûr que je ne me vois pas décrocher mon téléphone parce que Kobe (Bryant) aurait fait quelque chose d’inapproprié, a-t-il souligné. Mais c’est ainsi que notre sport est régi et nous devons l’accepter. Cela n’est pas quelque chose de nouveau. Cela dure depuis des années

A titre indicatif, le numéro de téléphone du club du Merion, où se déroule cet US Open, est le 00.1.610.642.5600. Si vous voyez quelque chose de louche, n’hésitez pas…

Yannick Cochennec

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