Une noyade ne ressemble pas à une noyade

REUTERS/Leonhard Foeger

REUTERS/Leonhard Foeger

Contrairement à ce que l'on voit à la télévision, un enfant peut se noyer sous les yeux de ses parents sans qu’ils ne se doutent de rien. Voici les signes qui doivent vous alerter.

Le week-end du 27-28 juillet 2013 a été particulièrement meurtrier dans l'Hérault. Sept personnes sont mortes par noyade et trois autres sont dans un état critique. Selon France Info, les victimes ont été surprises par la «forte houle» provoquée par le vent qui souffle depuis plusieurs jours sur le littoral héraultais. Les victimes se sont baignées malgré les drapeaux orange et rouge dressés sur les plages. Selon l’enquête «Noyades» menée en 2012 par l’Institut de veille sanitaire (InVS), 1.238 noyades accidentelles ont été enregistrées entre le 1er juin et le 30 septembre 2012, provoquant 497 décès.

Nous republions notre article sur les signes qui peuvent nous permettre de comprendre que quelqu'un est en train de se noyer.

Le tout nouveau capitaine plongea du pont tout habillé et se mit à fendre l’eau. Cet ancien maître-nageur fonça comme un fou vers le couple qui nageait entre son yacht de pêche et la plage, les yeux fixés sur la victime. «Il doit croire que tu te noies», s’étonna le mari. Ils s’étaient éclaboussés et elle avait crié, mais à présent ils se tenaient debout, de l’eau jusqu’au cou, sur le banc de sable. «On va bien, mais qu’est-ce qu’il fait?», s’agaça la femme. «Tout va bien!», cria le mari, en lui faisant signe de repartir, mais son capitaine continua à nager de toutes ses forces. «Poussez-vous!», aboya-t-il en passant à toute vitesse entre les deux plaisanciers ébahis. Juste derrière eux, à moins de trois mètres, leur fille de 9 ans était en train de se noyer. Une fois dans les bras du capitaine, en sécurité au-dessus de la surface de l’eau, elle éclata en sanglots:

«Papa!»

Comment ce capitaine avait-il pu comprendre –à 15 mètres– ce qu’il se passait à moins de 3 mètres du père, qui lui, n’avait rien vu? Contrairement à ce que nous imaginons la plupart du temps, quelqu’un qui se noie n’appelle pas à l’aide en se débattant violemment dans l’eau.

Une formation dispensée par des experts et des années d’expériences avaient enseigné au capitaine à reconnaître les signes de noyade. Le père, quant à lui, l’avait appris en regardant la télé.

S’il vous arrive de passer du temps sur l’eau ou à proximité (ça nous arrive forcément un jour ou l’autre), alors vous devez vous assurer que vous et votre équipage savez à quoi vous en tenir quand des gens se baignent. Jusqu’à ce «Papa» articulé en pleurant, l’enfant n’avait fait aucun bruit. En tant qu’ancien sauveteur de la Garde côtière des Etats-Unis, cette histoire ne m’a pas surpris le moins du monde.

Une noyade est presque toujours d’une discrétion trompeuse. Dans la vraie vie, il est très rare que quelqu’un se noie en faisant de grands signes, en se débattant et en hurlant, réactions spectaculaires auxquelles nous sommes conditionnés (par la télévision) à nous attendre.

LInstinctive Drowning Response [réaction instinctive à la noyade] –ainsi qualifiée par le Dr Francesco A. Pia–, est la réaction instinctive du corps pour éviter l’asphyxie, réelle ou ressentie, dans l’eau. Et elle ne ressemble en rien à ce à quoi on s’attend en général. Il y a en réalité très peu d’éclaboussures, peu de mouvements des bras au-dessus de l’eau, et aucun appel à l’aide ou cri de détresse.

Pour vous faire une idée du degré de discrétion du phénomène de noyade, sachez que c’est la deuxième cause de mort accidentelle chez les enfants de moins de 15 ans aux Etats-Unis (juste après les accidents de la circulation) –et sur les 750 enfants environ qui se noieront l’année prochaine [aux États-Unis], environ 375 le feront à moins de 25 mètres d’un parent ou d’un autre adulte. Selon le CDC [centre de prévention et de contrôle des maladies], dans 10% des cas, l’adulte regarde l’enfant se noyer sans se douter de ce qui se passe.

La noyade ne ressemble pas à la noyade –voici comme le Dr Pia, dans un un article du magazine des Coast Guards On Scene, décrit l’Instinctive Drowning Response:

1. A quelques rares exceptions près, les gens qui se noient sont physiologiquement incapables d’appeler au secours. Le système respiratoire est conçu pour respirer. La parole est une fonction secondaire. La respiration prend le pas sur la parole.

2. La bouche de quelqu’un qui se noie fait des mouvements de bas en haut à la surface de l’eau. Elle ne reste pas assez longtemps à la surface pour expirer, inspirer et appeler au secours. Quand sa bouche est au-dessus de l’eau, la personne expire et inspire rapidement tout en redescendant.

3. Quelqu’un qui se noie ne peut pas faire de signes pour appeler au secours. La nature le force instinctivement à étendre les bras à l’horizontale et à faire des battements à la surface de l’eau. Appuyer avec les bras à la surface de l’eau lui permet de faire levier sur son corps pour pouvoir sortir la bouche et respirer.

4. Pendant tout l’Instinctive Drowning Response, une personne qui se noie ne peut contrôler le mouvement de ses bras. Physiologiquement, quelqu’un qui lutte pour ne pas couler est incapable d’arrêter de se noyer pour faire des mouvements volontaires comme agiter les bras pour appeler à l’aide, se déplacer vers un sauveteur ou atteindre une bouée.

5. Du début à la fin de l’Instinctive Drowning Response, le corps reste tout droit dans l’eau, apparemment sans donner de coup de pied pour se maintenir à la surface. Si un sauveteur professionnel ne vient pas à son aide, la personne en difficulté ne peut lutter à la surface de l’eau qu’entre 20 secondes et 60 secondes avant de commencer à couler.

Cela ne signifie pas que quelqu’un appelant à l’aide et qui bat des bras et des jambes n’est pas en difficulté –c’est le stade de l’aquastress. Cette étape n’a pas toujours lieu avant l’Instinctive Drowning Response, et ne dure pas longtemps –en revanche, contrairement au stade de la noyade réelle, la victime peut participer activement à son propre sauvetage. Elle peut attraper une perche, une bouée, etc.

Voici les signes de noyade qui doivent vous alerter:

1. La tête du baigneur est en partie immergée, la bouche au niveau de l’eau

2. Sa tête est renversée en arrière, bouche ouverte

3. Ses yeux sont vitreux et fixes

4. Ses yeux sont fermés

5. Les cheveux sont rabattus sur le front ou les yeux

6. La personne, en position verticale, n’utilise pas ses jambes

7. Hyperventilation ou halètement

8. Le baigneur tente de nager dans une direction, mais n’avance pas

9. La personne essaie de se mettre sur le dos

10. Elle semble vouloir gravir une échelle invisible

Si un membre de votre équipage tombe par-dessus bord et que tout semble aller bien, ne le prenez pas pour argent comptant. Il arrive que le signe le plus clair que quelqu’un est en train de se noyer soit qu’il semble justement ne pas l’être. Il peut paraître simplement faire du sur-place et regarder le pont.

Pour en avoir le cœur net, demandez-lui: «Ça va?» Si la personne est capable de répondre, c’est que tout va bien. Si vous ne récoltez qu’un regard sans expression en retour, il vous reste peut-être moins de 30 secondes pour la sauver.

Parents: les enfants qui jouent dans l’eau font du bruit. Quand on ne les entend plus, il faut aller les voir et trouver pourquoi.

Mario Vittone

Cet article est tiré du blog de Mario VittoneRejoignez-le sur Facebook.

 

Traduit par Bérengère Viennot