Culture

Les mystères Jackson

Slate.fr, mis à jour le 30.06.2009 à 17 h 40

Nuit du jeudi 25 juin, quelque chose ne va pas: Twitter est complètement en rade. C'est comme ça que Slate.fr apprend la mort de Michael Jackson. Immédiatement, une nécrologie à quatre mains s'écrit, en reprenant la bio de MJ: enfant star chouchou des Jackson Five, adulte enfantin au royaume enchanté, pop star adulée puis méprisée pour son étrangeté, ses changements physiques.

Au commencement était Thriller

Pierre Sissmann, qui s'est occupé des tournées européennes de Michael dans les années 80, se souvient encore de l'arrivée des clips de l'album Thriller sur son bureau: «On a regardé, médusé, le premier clip de l'album, Billie Jean, en se demandant comment on allait pouvoir diffuser un tel objet: “C'est du cinéma ou du clip? Mais qui va bien pouvoir passer ça?”»

MTV bien sûr! La chaîne musicale se lance en 1981. Ce sont les vidéos de Thriller et de Billy Jean qui lancent la culture du clip et du Moon Walk. Ne mentez-pas, vous avez aussi tenté de reproduire les pas glissants de Michael, pour un résultat... digne de finir sur YouTube:

Pierre Sissmann voit évoluer le personnage, qui devient de plus en plus blanc, de plus en plus inaccessible. Il explique la gloire sans cesse renouvelée de Michael par «une âme d'enfant, une incroyable capacité d'émerveillement, c'est de la que vient son talent artistique. Il était capable de s'auto-régénérer sans cesse».

Enfance volée et adulte enfantin

Une âme d'enfant effrayé, au point de ne vouloir répondre aux questions des journalistes. Déjà lorsqu'il avait 13 ans, il n'acceptait les interviews que si sa sœur Janet jouait les interprètes, raconte Teresa Wiltz. En vieillissant, sa relation avec la presse ne fait que s'aggraver. Au travers du récit des quelques interviews mémorables de Michael Jackson, en particulier celle avec Martin Bashir, lorsqu'il annonça qu'il lui arrivait souvent de passer la nuit avec de jeunes garçons, la journaliste raconte comment elle n'a jamais pu interviewer la star.

Pas un pédophile

Dans un article écrit sur Slate.com en 2005 juste après le procès intenté à Michael Jackson pour pédophilie, et que nous avons traduit et publié, Jacob Weisberg l'affirme: Michael n'était pas pédophile. Le chanteur ne correspond pas au profil du pédophile et paraît «piteusement incapable de faire preuve de la moindre intention criminelle, mais également de toute réflexion adulte».

Pour Jacob Weisber, le monde enchanté recréé par Michael reflète son retour à une enfance volée: son père l'a fait travailler dès 11 ans; dans les chambres d'hôtels, il se cachait sous des couvertures alors que ses frères montaient avec des groupies. «Ce qui ressortit durant le procès (de mars 2005) n'était pas l'image d'un homme jouant avec des enfants pour les séduire. C'était l'image d'un homme jouant avec des enfants parce qu'il se voyait lui-même comme l'un d'entre eux». Une relation de non sexualité plutôt qu'une sexualité déviante.

La marque Michael

D'une enfance volée à une maturité jamais arrivée, en passant par la gloire, les opérations chirurgicales, le ranch très Peter Pan de Neverland, son mariage avec Lisa Marie Presley ou ses trois enfants, tous les rebondissements de la vie de Michael Jackson en ont fait plus qu'une star: une marque.

Marque décryptée par Jacques Braunstein qui voit dans la pathologie personnelle du chanteur la raison du succès: il incarne la mondialisation dans sa chair (et dans le clip «Black or White»), n'est ni homo, ni hétéro, vedette trans-générationnelle parce que si complexe dans son rapport à l'enfance. Pour Braunstein, en cherchant à plaire à tout le monde Michael Jackson est rapidement passé de la mondialisation à la standardisation, chacun de ses albums (après Thriller) semblant une caricature du précédent.

Les mystères de la fin

Les causes de la mort de Michael Jackson restent pour l'instant mystérieuses. La famille du défunt a choisi de faire pratiquer une seconde autopsie, alors que les résultats de la première ne seront publiés que dans quatre à six semaines. Etrange, analyse Jean-Yves Nau, puisqu'on peut aujourd'hui obtenir les résultats des analyses biologiques et toxicologiques avec une grande rapidité.

Et de s'interroger: Michael Jackson était-il en arrêt cardiaque lorsque les secours sont arrivés? Son médecin personnel tentait-il alors désespérément de le sauver? Le chanteur était-il réellement en pleine forme pendant ses dernières répétitions? Son organisme aurait-il craqué après une énième dose de Demerol, l'antalgique opiacé auquel il est accro depuis des dizaines d'années?

(Photos: concert en Israël en 1993/Reuters, et pochette de l'album de Michael Jackson History DR)

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