FranceEconomie

L'A310: le dernier Airbus sans commandes électriques

Gilles Bridier, mis à jour le 30.06.2009 à 19 h 29

L'appareil a connu huit accidents depuis son lancement en 1983.

La nouvelle tragédie aérienne intervenue dans la nuit du 29 au 30 juin, en phase d'approche des Iles Comores près de Madagascar, survient moins d'un mois après celle du vol Air France AF447 disparu le 1er juin dans le «pot au noir» au dessus de l'Atlantique.

L'avion, un Airbus A310, appartenait à la compagnie Yemenia basée à Sanaa, capitale du Yemen. Il transportait 142 passagers et 11 membres d'équipage. Les passagers, partis pour la plupart de Paris à bord d'un Airbus A330 de la même compagnie, avaient embarqué à bord de cet appareil à l'escale de Sanaa en direction des Comores. La compagnie Yemenia appartient majoritairement à l'Etat yéménite, mais le gouvernement d'Arabie Saoudite en est également actionnaire.

Elle exploite des lignes sur l'Europe, le Moyen Orient et l'Afrique ainsi que l'Asie du sud-est, et ne fait pas partie des compagnies figurant sur la  «liste noire» des opérateurs désignés par les autorités aériennes pour transgression des règles de sécurité, comme l'a confirmé Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports. Cette compagnie, par ailleurs, connaît bien l'A310: elle en exploite quatre unités sur une flotte qui, au total, comprend quatorze appareils.

Huitième accident d'un A310 en un quart de siècle

Ce n'est pas la première tragédie impliquant un A310. Depuis le lancement de l'exploitation commerciale de l'appareil en 1983 et la livraison du premier appareil à Lufthansa en Europe et à Singapour Airlines en Asie, sept accidents étaient déjà survenus avant celui des Comores. Le huitième, un an seulement après le crash d'un appareil de la Sudan Airlines lors d'un atterrissage à Khartoum, ne devrait pas remettre pour autant en question la fiabilité d'un appareil sur lequel Airbus assit sa légitimité dans le monde comme grand rival de Boeing.

L'A310 est une version courte de l'A300, le premier avion de la gamme Airbus. Pour tous les observateurs, l'A300 avait été un test. Avec l'A310, Airbus confirmait les résultats positifs. Conçu comme des moyens/longs courriers, ces avions ont relancé la  mode des bimoteurs dans l'aviation mondiale, notamment avec les réacteurs du motoriste General Electric associé au français Snecma au sein du GIE CFM International. En tout, le constructeur européen a vendu 816 exemplaires de la famille A300/A310 à quelque 80 compagnies, dont plus de 610 exemplaires sont toujours exploités dans le monde.

L'Airbus A310, un avion à tout faire

S'agissant de l'A310 seul, il a été vendu à 255 exemplaires avant qu'Airbus n'annonce la fin de la production en juillet 2007. Car même s'il a démontré sa fiabilité, l'A310 était d'un génération passée. Notamment, dans la gamme Airbus, il était le dernier appareil à ne pas disposer des fameuses commandes électroniques et de l'informatique de bord introduites avec l'Airbus A320. Certes avec le temps, les cockpits ont été aménagés pour que l'avion profite des progrès technologiques mis au point sur des avions plus modernes, comme une centrale électronique de nord et un système automatique de communication. Mais les technologies évoluant, l'appareil ne pouvait plus mettre en avant les économies d'exploitation qui le distinguaient de ses concurrents à son lancement.

Concurrent direct du Boeing 767, la carrière commerciale de l'Airbus A310 est maintenant officiellement terminée. En fait, compte tenu de l'arrivée d'avions de nouvelle génération et délogé de son créneau commercial par l'Airbus A330, il y avait presque dix ans qu'Airbus n'en avait pas vendu un seul exemplaire lorsqu'il annonça l'arrêt de la production. Ce qui n'empêche pas l'A310 d'animer le marché de l'occasion et d'avoir encore de belles années d'exploitation devant lui (un avion bien entretenu peut être exploité pendant une vingtaine d'années).

L'A310 ne transporte pas seulement des passagers, avec une vocation évident pour les liaisons régionales. Véritable avion à tout faire, il est également utilisé pour le transport de fret par les plus grands opérateurs mondiaux comme Fedex ou UPS. Certaines armées l'ont adopté en version militarisée pour leurs transports, et même pour le ravitaillement en vol des avions de chasse.

La quête des «boites noires»

Reste que, à propos de cette tragédie qui s'inscrit dramatiquement dans une loi des séries, l'enquête devra déterminer quelles étaient les conditions météorologiques sur les Iles Comores au moment de l'accident et si les causes de l'accident sont dues à une défaillance technique, humaine ou à d'autres motifs. Comme dans toutes les tragédies de cette nature, l'enquête devra également révéler si la maintenance avait été effectuée selon les préconisations du constructeur, et si toutes les conditions de sécurité avaient été respectées avant le vol à Sanaa, ainsi qu'à Djibouti où l'avion avait fait escale.

La réponse aux questions dépendra de la récupération ou non des deux «boites noires» qui enregistrent les paramètres techniques et conversations des membres de l'équipage, et qui équipent tous les appareils. L'A310 de la Yemenia s'étant abîmé en pleine mer, cette opération toujours délicate sera rendue encore plus difficile. Tout dépendra de la profondeur à laquelle se trouve l'épave de l'avion, si les navires en surface parviennent à la localiser.

Gilles Bridier

Crédit photo: Un Airbus A310 de Yemenia Airlines   Reuters

A lire également sur Slate, les dernières informations sur le crash heure par heure.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte