France

Décès de Clément Méric: skins, Troisième voie, militants de l'extrême droite violente... combien sont-ils en France

Grégoire Fleurot, mis à jour le 09.06.2013 à 9 h 53

Pas très nombreux, mais très organisés.

Groupe d'extrême droite lors du manifestation à Lyon en 2012.  REUTERS/Emmanuel Foudrot

Groupe d'extrême droite lors du manifestation à Lyon en 2012. REUTERS/Emmanuel Foudrot

Le principal suspect dans la mort de Clément Méric a été mis en examen et placé en détention provisoire samedi 8 juin. Esteban M., 20 ans, est poursuivi pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner». Cela veut dire que le juge a estimé que le suspect n'a pas forcément eu l'intention de tuer le militant antifasciste. Le procureur de Paris François Molins avait au contraire auparavant considéré que des éléments permettaient de retenir «l'intention d'homicide»: Clément est mort sous des coups très violents (et non pas parce que sa tête a heurté un poteau) et le suspect aurait utilisé un poing américain (Esteban M affirme avoir frappé à mains nues).

Esteban M. n'est pas le seul présenté à la justice. Trois autres skinheads ayant pris part à la rixe ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion. Une femme, Katia V, 32 ans, présentée comme la compagne d'Esteban M, a été mise en examen pour complicité de violences en réunion.

Tous ont reconnus être des sympathisants du mouvement d’extrême droite radicale Troisième Voie. Le fondateur de ce groupuscule d’extrême droite, Serge Ayoub, avait quant à lui nié l’implication d’un de ses membres.

Samedi, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault demandé au ministre de l'Intérieur «d'engager immédiatement» une procédure en vue de la dissolution du groupuscule d'extrême droite Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).

Combien y a-t-il d’individus et de groupes d’extrême droite revendiquant la violence en France?

Peu nombreux mais très médiatisés

Probablement autour de 400 individus, même s’il est difficile d’avoir un chiffre exact, ces groupes n’étant pas des partis politiques et n’ayant donc pas de fichiers officiels de militants. Si plusieurs groupuscules d’extrême droite jouissent d’une notoriété et d’une médiatisation relativement importante, notamment depuis les manifestations contre la loi sur le mariage pour tous, leurs effectifs restent limités en nombre et très minoritaires.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité répondre à notre requête sur le sujet. En juillet 2011, un agent de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) cité par Le Figaro estimait à «entre 300 et 400» le nombre d’individus au profil «inquiétant» proches de l’extrême droite. En 2008, une source des Renseignements généraux confiait, toujours au Figaro, qu’environ 400 individus gravitaient «dans la galaxie de l'ultradroite» en région parisienne, sans préciser s’il s’agissait d’individus violents.

Pour la chercheuse Magali Balent, spécialiste des extrémismes et nationalismes en Europe, l’importance réelle des groupuscules d’extrême droite est bien moindre que ce que pourrait laisser penser leur présence médiatique:

«Leur radicalité, leurs méthodes d’action et leur stratégie révolutionnaire, ces groupes n’ont pas besoin d’être nombreux pour créer des débordements, et ont une force de nuisance considérable par rapport à leurs effectifs réels.»

JNR

Fondé en 1987 par Serge Ayoub, dit «batskin», le groupe JNR soupçonné dans la mort de Clément Méric a été réactivé en 2010 et fait aujourd’hui office de service d’ordre du groupe nationaliste Troisième voie. Sa devise est «croire, combattre et obéir», et le groupe affirme lui-même n’accueillir que des hommes «décidés, sportifs et aguerris», ce qui laisse peu de doutes sur l’aspect violent de son action.

Les essayistes Caroline Fourest et Fiammetta Venner présentent les JNR comme le «seul goupe skin organisé en France». Le groupe compterait «une trentaine de membres» tous «skinheads au style très musclé» selon Le Figaro.

GUD, Jeunesses nationalistes et Œuvre française

Autre groupuscule d’extrême droite à la réputation violente, le Groupe union défense (GUD), fondé en 1969 à l’université Panthéon-Assas à Paris, est une organisation étudiante qui compte une centaine de membres selon Le Figaro, principalement à Paris, Lyon et Nancy. Le groupe est assez présent sur les réseaux sociaux: plus de 1.000 personnes «aiment» la page Facebook du GUD Paris, et le GUD Lyon a publié le message suivant sur son compte Twitter peu après l’annonce de la mort de Clément Méric:

On retrouve dans ces groupes des éléments radicaux autrefois maintenus sous silence par le Front national, mais qui ont été éliminés du parti avec l’arrivée de Marine Le Pen. C’est également le cas d’Alexandre Gabriac, qui a acquis une certaine notoriété quand il fut exclu du Front national en mars 2011 après la publication de photos le représentant faisant le salut nazi.

Ce conseiller régional a cofondé quelques mois plus tard les Jeunesses nationalistes, groupe pétainiste et antirépublicain qui fait office d’organisation de jeunesse de l’Œuvre française, une organisation d’extrême droite antisémite créée par Pierre Sidos. Il revendique 1.500 membres, ce qui est probablement très exagéré.

Toujours d'après ses propres calculs, Alexandre Gabriac compte «plus de 300 heures de garde à vue» depuis un an et demi. Il est en ce moment sous contrôle judiciaire pour s'en être pris violemment au siège du PS lyonnais le 17 avril.

«Tous ces groupuscules ont globalement opté pour une stratégie dite révolutionnaire, qui s’oppose au système et à la République et donc ne veut pas participer aux élections, analyse Magali Balent. Cela leur permet d’avoir un discours plus radical. Aujourd’hui, leur violence est d’autant plus décomplexée qu’ils la présente comme une réaction au climat de violence actuel de la société et aux nombreux faits divers.»

>> Lire aussi: «Lyon, capitale de l’extrême droite la plus radicale»

Lors des manifestations contre la loi sur le mariage homosexuel, plusieurs groupes catholiques proches de l’extrême droite comme l’Institut Civitas ou le Renouveau français se sont fait remarquer par les actions parfois violentes de certains de leurs membres, une violence qu’ils ne revendiquent pas, au contraire du JNR ou du GUD.  

Hooligans

Une autre mouvance proche de l’extrême droite revendiquant la violence est celle du hooliganisme, un type de supportérisme né en Angleterre à ne pas confondre avec la mouvance ultra, d’inspiration italienne et théoriquement non-violente. Le hooliganisme a fortement baissé dans les stades français au cours des dernières années, depuis que les pouvoirs publiques appliquent une politique de «tolérance zéro» à leur égard avec l’aide des clubs de football.

Le Parc des princes, qui a longtemps eu la plus grande concentration de groupes de supporters se revendiquant hooligans de France, en est aujourd’hui débarrassé. Si on ne voit plus de saluts nazis ou si on n’entend plus de cris de singe dans la tribune Boulogne, le hooliganisme n’a pas complètement disparu en France, et on note encore quelques incidents isolés, comme des supporters interpelés pour salut nazi dans les stades. Certains supporters de l’Olympique Lyonnais sont aussi étroitement liés aux autres groupuscules d’extrême droite.

Tous ces mouvements et groupuscules d’extrême droite sont suivis de près par les autorités. Une cellule de la DCRI composée d’une centaine d’agents leur est affectée, ainsi qu’une section spécialisée au sein de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).

Grégoire Fleurot

Article mis à jour le 9 juin avec la mise en examen des suspects.

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