Sports

Trente ans et des poussières: mon rétro-live-tweet sur la victoire de Noah

Yannick Cochennec, mis à jour le 05.06.2013 à 17 h 36

Comment, tout en couvrant l'édition 2013 du tournoi, j'ai revécu puis fait revivre en direct la victoire du Français sur la terre battue parisienne.

Yannick Noah après la balle de match face à Mats Wilander, le 5 juin 1983 / AFP

Yannick Noah après la balle de match face à Mats Wilander, le 5 juin 1983 / AFP

Ce Roland-Garros 83 s’est achevé avec la finale, ce 5 juin, entre Yannick Noah et Mats Wilander (6-2, 7-5, 7-6), match que toute la France attendait. Enfin une toute petite partie de la France, celle de la twittosphère.

La mienne, de surcroît confinée à un village de 2.500 «habitants», qui m'a vu live-tweeter ce tournoi depuis les qualifications, jour après jour, à date précise, exactement trente ans plus tard. Il va maintenant être temps de changer d’avatar et de revenir sur terre, à commencer par celle (battue) de cette édition 2013 des Internationaux de France.

A 45 ans, l’heure de tourner définitivement la page arrive. Ne comptez pas sur moi pour l’anniversaire des 40 ans sur le nouveau réseau social du moment (quoique...) sachant que, cette semaine, Jo-Wilfried Tsonga se chargera peut-être aussi d’enfouir ce souvenir dans la nuit des temps.

Passion adolescente

J’ai déjà expliqué ici ou ma passion adolescente pour Yannick Noah et les conséquences que cette dévotion –le mot est faible– a eues sur mon parcours professionnel et donc personnel. Noah-Wilander, j’en transpire encore trente ans après avoir vécu cette rencontre devant un écran de télévision en Bretagne où je jouais aussi le match de ma vie.

Ce Roland-Garros 83 ne finit jamais tout à fait de me poursuivre, y compris jusqu’à la bibliothèque de Beaubourg, à Paris. Un soir, cet hiver, alors que je faisais des recherches sur un autre sujet au département presse, j’ai eu envie de relire L’Equipe de l’époque, journal qui m’était relativement étranger en 1983.

Après avoir récupéré le microfilm du quotidien sportif et m’être installé devant la machine de lecture, je suis resté ainsi quatre heures à relire, jour après jour, du 23 mai au 5 juin 1983, l’histoire de cette montée vers la gloire (je spoile mon live-tweet). J’ai commencé à prendre des notes et l’idée m’est venu de live-tweeter cette édition, histoire d’en exhaler son parfum.

Oh, pas un flood, juste une dizaine (parfois plus, c’est vrai) de tweets dans le but de rappeler quelques bons souvenirs aux témoins de cette époque et de «cultiver» les plus jeunes, ceux qui étaient trop petits pour prendre la mesure de l’événement ou ceux qui n’étaient même pas encore à l’état de projet pour leurs futurs parents qui, de toute façon, ne s’étaient pas encore rencontrés.

Relique légèrement abîmée

Afin de compléter mon arsenal informatif, je suis allé dénicher au fond d’un carton chez moi l’exemplaire de Tennis Magazine narrant la victoire de Yannick Noah, trésor conservé comme une relique, légèrement abîmée par les coups de ciseaux que j’avais donnés en 1983 pour sélectionner quelques belles photos et les coller sur du papier crépon avant l’affichage au-dessus de mon lit.

Résultat de l’expérience? Un seul commentaire relativement négatif, mais gentil –«Je peux vous unfollower et revenir quand vous parlerez du tournoi 2013?»– et quelques unfollows en catimini, mais sans violence. Côté gains, des followers dont il est difficile de connaître le motif d’adhésion, mais des RT en rafale de quelques suiveurs acharnés, comme Service à la cuillère (c’est son nom), de ce petit exercice.

Parmi les fidèles, un ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé, Gilles Boyer, qui a connu ce temps-là et qui avait sans doute besoin de se distraire entre deux tweets sur les rocambolesques primaires parisiennes. Sans oublier les encouragements répétés des uns et des autres face à l’«effort».

Des brèves de deux lignes

L’exercice était très simple dans sa réalisation. Ecrire chaque jour une dizaine de brèves de 140 signes (deux lignes!), un jeu d’enfant journalistique, et les répartir tout au long de la journée en essayant de respecter l’ordre chronologique des événements. Entre ordinateur et iPhone au milieu des parties de 2013 en salle de presse ou dans les allées du stade, le slalom s’est avéré plutôt aisé et cela d’autant plus que, c’est vrai, je connaissais l’histoire de ce tournoi plus ou moins par cœur même si, comme Tennis Magazine, L’Equipe m’aura bien rafraîchi la mémoire ou enrichi grâce aux multiples échos parfois anecdotiques qui émaillaient alors les pages du quotidien sportif.

Un évènement moins survendu

Ma seule frustration: en 1983, les statistiques étaient rares, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où les résultats sont analysés au scalpel des chiffres. Mon sentiment aussi: en 1983, le sport était vécu de manière plus décontractée, plus simple.

Aucune volonté de «survendre» l’événement à une époque où les médias n’avaient pas le poids d’aujourd’hui. On racontait une histoire et c’était tout. Nul besoin de faire dans la surenchère ou d’aller interroger Pierre, Paul ou Jacques pour connaître son avis sur la question. Des faits, rien que des faits, enrobés dans le papier verni de jolies formules.

Pour moi, par le biais de ce LT, ce fut l’occasion de raconter brièvement cette histoire à la mode 2013 et de me faire plaisir en espérant faire plaisir à d’autres. Cette histoire qui, trente ans plus tard, revit peut-être par la grâce d’un autre joueur français pour peu qu’il aille au bout de son rêve. En Bretagne ou ailleurs, il y a peut-être un fan de Tsonga qui est en train de vivre aussi la semaine de sa vie et pour qui rien ne sera plus comme avant…

Yannick Cochennec

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