Un Grenelle à effet de serre

Rémy Prud'homme, mis à jour le 29.06.2009 à 16 h 52

La mesure phare de la lutte pour la réduction des rejets de CO2 aboutit à les augmenter!

Le Grenelle de l'Environnement a pour objet et pour effet l'interdiction du chauffage électrique dans les constructions neuves. Désastreux pour l'environnement, puisque le chauffage à l'électricité rejette bien moins de CO2 que les autres modes de chauffage - le fioul et le gaz - qui vont le remplacer. Désastreux aussi pour notre balance des paiements puisque fioul et gaz sont importés alors que l'électricité, nucléaire et hydraulique à 90% en France, est produite chez nous. Désastreux pour notre indépendance énergétique, puisque le changement programmé nous rendra plus encore tributaires du gaz russe ou algérien. Désastreux pour notre système énergétique, puisque les chauffe-eau à accumulation fonctionnent la nuit lorsque l'électricité est abondante et bon marché. Désastreux pour notre industrie enfin, puisque les milliers d'emplois de la filière du chauffage électrique vont disparaître.

Comment a-t-on bien pu en arriver là ? La loi stipule que les bâtiments qui vont être construits devront consommer moins de 50 KWh (kilowatt/heure) d'énergie primaire par mètre carré, trois ou quatre fois moins que les bâtiments existants. Voilà qui semble une mesure désirable, au moins pour l'environnement.

Pour son chauffage, un bâtiment consomme des mètres cubes de gaz, des litres de fioul, et des KWh d'électricité. Pour additionner ou comparer tout cela, il faut une seule unité, qui est le KWh. Pour le fioul et le gaz, on utilise des coefficients assez classiques qui convertissent mètres cubes de gaz et litres de fioul en KWh. Pour l'électricité, direz-vous, la chose est simple, puisque l'électricité est mesurée et facturée en KWh. Et bien, pas du tout, la réglementation dit que les KWh électriques comptent triple. Il faut multiplier les KWh électriques consommés par trois, ou plus précisément par 2,58. L'unité retenue par la norme n'est pas le KWh d'énergie, mais le KWh d'énergie primaire.

Le diable se cache dans le détail de cet adjectif. Cette façon de compter date du temps où l'électricité était fabriquée à partir du charbon ou du fioul. Il fallait en effet presque trois tonnes de charbon pour fabriquer la quantité d'électricité qui produit autant de chaleur que la combustion directe d'une tonne de charbon.

Ce faible «rendement énergétique», comme disent les physiciens, est évidemment compensé par les avantages spécifiques de l'électricité : il est plus facile de se raser, de s'éclairer ou de regarder la télévision avec de l'électricité qu'avec du charbon. Le coefficient de 2,58 n'était peut-être pas absurde autrefois, pour ramener l'énergie électrique à l'énergie «primaire» qui servait à la produire. Il devient indéfendable avec l'électricité d'origine hydraulique et nucléaire (90% de l'électricité en France), qui n'a rien de secondaire, et n'est produite par aucune énergie primaire.

Ce coefficient 2,58 n'a pas été introduit par les écologistes du Grenelle, mais il fait bien leur affaire, et ils le défendent mordicus. Le nucléaire est l'une de leurs trois bêtes noires, avec les OGM et l'automobile - les trois grands Satan. Interdire la construction de logements consommant plus de 50 KWh d'énergie primaire par m2 en affectant les KWh électriques de ce coefficient, c'est exiger un chauffage électrique qui consommerait moins de 20 KWh par m2, ce que personne ne sait faire. C'est donc interdire le chauffage électrique. C'est diminuer la consommation d'électricité. Et contribuer à l'un des objectifs affichés de la loi: «réduire la part du nucléaire dans le bouquet énergétique français».

Petit coefficient, grandes conséquences. On peut essayer de chiffrer l'une d'entre elles : l'augmentation des rejets de CO2. Les mesures prises obligent à construire des logements chauffés au gaz. Admettons que l'on construise 400 000 logements par an, soit environ 32 millions de m2, qui consommeront pour chacune des cinquante années à venir (à 50 KWh/m2) 1600 millions de KWh. Admettons également qu'en l'absence de ce coefficient, la moitié des logements seraient chauffés à l'électricité, qui rejette 55 grammes de CO2 au KWh ; et l'autre moitié au gaz, qui rejette 206 grammes de CO2 au KWh. Avec la loi dite du Grenelle, tous les logements seront chauffés au gaz. Un calcul simple montre que les rejets de CO2 vont augmenter de 0,14 million de tonnes. Par an. Soit sur les 50 ans de vie d'un bâtiment 7 millions de tonnes. La même opération se reproduira chaque année avec la construction de 400 000 autres logements. Au bout de 10 ans, l'augmentation annuelle des rejets de CO2 de ces 4 millions de logements sera, grâce à notre petit coefficient, de 1,4 million de tonnes par an. Calculez ce que cela fait sur 50 ans.

On nage dans l'absurdité. La norme de 50 KWh par mètre carré présentée comme la mesure phare de la lutte pour la réduction des rejets de CO2 aboutit à les augmenter ! Mauvais pour la planète, mauvais pour notre indépendance énergétique, mauvais pour notre balance des paiements, et mauvais pour notre industrie. Mais bon pour les ennemis du nucléaire.

Rémy Prud'homme

(Photo: Centrale Nucléaire, redjar / Flickr )

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