FranceEconomie

Grand emprunt d'aujourd'hui, grands impôts de demain, par François Hollande

François Hollande, mis à jour le 29.06.2009 à 12 h 59

Lingots de la Banque de Pologne. CC Flickr Covilha

Lingots de la Banque de Pologne. CC Flickr Covilha

Nul n'ignore que l'Etat depuis plusieurs années emprunte non seulement pour financer ses dépenses d'investissement mais pour couvrir ses charges de fonctionnement. En 2009, le déficit atteindra près de 8% du PIB, soit 40% du budget.

Mais qui sait aujourd'hui que la sécurité sociale emprunte faute de recettes suffisantes pour payer les retraites et rembourser les médicaments; que l'Unedic emprunte pour indemniser les chômeurs dès lors que les cotisations qu'elles prélèvent sur les salariés et les employeurs ne parviennent plus à assurer l'équilibre; que les collectivités locales vont lever un volume exceptionnel de crédits bancaires dès lors que l'Etat les incite à investir davantage?

Chacun peut aisément comprendre que la dette publique qui se situait au niveau déjà élevé de 65% du PIB en 2008 va atteindre, au rythme actuel plus de 85% en 2010 et sans doute près de 100% à la fin 2012.

La faute à la crise? Pour une part - mais comme l'a souligné la Cour des Comptes, le mal était déjà profondément installé et préexistait à la tourmente financière de l'automne dernier.

Le déficit de l'Etat dépassait largement 3% du PIB, celui des comptes sociaux 10 milliards d'euros et l'Unedic commençait à manquer de ressources. La responsabilité tient moins au défaut de maîtrise des dépenses - même si des économies sont toujours possibles - qu'à des allègements d'impôts et de cotisations inefficaces économiquement et coûteuses financièrement (dix milliards d'euros pour le paquet fiscal, sept pour les baisses d'impôts sur le revenus et 50 millions pour les niches fiscales et sociales...) Se sont ajoutés depuis 3 milliards de pertes fiscales sur la restauration et huit milliards pour la suppression partielle de la Taxe professionnelle.

Et c'est le moment qu'a choisi Nicolas Sarkozy pour annoncer un grand emprunt pour préparer l'avenir.

Je passe sur le côté improvisé de la déclaration présidentielle. (A en juger par les difficultés du Gouvernement pour préciser le montant, le taux et l'affectation de l'emprunt.)

Je veux revenir à l'idée elle-même. Elle n'a que peu à voir avec le grand emprunt européen réclamé par beaucoup à l'occasion du scrutin du 7 juin dernier. L'Union Européenne est en effet le bon cadre et la banque européenne d'investissement le bon instrument pour participe à un effort coordonné de soutien à la croissance. Rien de tel dans le projet de Nicolas Sarkozy.

L'idée peut s'inspirer des grands emprunts dont notre histoire financière est si riche. De Pinay à Balladur en passant par Giscard, des ministres des Finances ont accédé à la postérité en ayant eu recours à l'épargne publique soit pour lutter contre l'inflation soit pour marquer symboliquement la confiance des Français en l'Etat tout en lui apportant les ressources indispensables à son «équilibre». Cette opération assortie d'un avantage fiscal s'est révélée à chaque fois coûteuse pour les finances publiques et guère profitable politiquement à son auteur.

Mais le chef de l'Etat prétend faire du neuf, le grand emprunt ne servirait pas à colmater les brèches des comptes publics et sociaux, il ne couvrirait pas le déficit actuel, il financerait des dépenses d'avenir sans qu'il soit possible encore de savoir lesquelles. Ça ne serait pas non plus un plan de relance mais un objet financier non identifié, c'est à dire un ensemble de dépenses, certaines d'investissement d'autres de fonctionnement qui pourrait être présentées à la veille des élections régionales. Il s'agirait alors davantage de l'avenir de l'UMP que des territoires.

En fait, qu'importe l'intention politique, ce grand emprunt s'analysera pour ce qu'il est: une nouvelle dette pour prendre en charge un nouveau déficit plus large encore que le précédent. Le grand emprunt d'aujourd'hui préparent les grands impôts de demain, les générations suivantes paieront et pour longtemps. Le laxisme budgétaire que l'on aura ainsi autorisé - car les dépenses nouvelles quelle que soit leur pertinence, ne dégageront pas une rentabilité suffisante pour absorber les charges d'intérêt et de remboursement liées à ce grand emprunt.

Aussi, c'est vers une autre voie qu'il faut se diriger. En période de crise, le taux d'épargne s'élève mécaniquement, la crainte du futur alimentant la prudence des ménages et le report de décisions d'achats.

Dans le même temps, les entreprises ont plus de mal à se financer auprès des banques ou des marchés. Aussi, ce n'est pas d'un emprunt d'Etat dont l'économie a besoin mais d'une épargne affectée à l'investissement productif. La bonne procédure n'est pas de créer une dette publique supplémentaire.

La bonne idée serait donc de lancer un emprunt garanti par l'Etat et dont le produit servirait à financer à long terme et à faible coût les projets d'investissement des entreprises et notamment des PME. Ce serait plus efficace, plus rapide, plus structurel et sans conséquences sur les finances publiques.

François Hollande

Image de une: Lingots de la Banque de Pologne. CC Flickr Covilha

François Hollande
François Hollande (37 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte