Culture

Qu'est-ce qui a tué Bambi?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 28.07.2009 à 9 h 23

La médecine légale pourrait déjà lever le «mystère» de sa mort.

CNN affirme lundi 27 juillet que le docteur de Michael Jackson, Conrad Murray, a administré au chanteur un anesthésique très puissant, le propofol, dans les 24h précédant sa mort. Pour la source proche de l'enquête que cite CNN, MJ serait mort à cause de cette injection.

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Saura-t-on jamais les causes précises de la mort de Michael Jackson? Pour l'heure, rien ou presque n'a filtré. Les résultats de la première autopsie demeurent secrets. Et on attend encore ceux de la seconde puisque la famille du défunt a, samedi 27 juin, choisi de faire pratiquer une nouvelle série d'investigations anatomo-pathologiques et toxicologiques.

La première autopsie a-t-elle permis de conclure? Sans doute. Pour autant, ceux qui l'ont pratiquée ont renvoyé à «quatre ou six semaines» la publication de leurs résultats. Une décision qui ne manque pas de surprendre quand on connaît la rapidité avec laquelle ont peut aujourd'hui avoir les résultats des analyses biologiques et toxicologiques. Et qui fait quelque peu sourire dans les milieux français de la médecine légale où l'on sait le poids des silences dans les «affaires sensibles».

De quoi est-il mort? Faute de résultats médico-légaux, il faut remonter en amont et s'intéresser notamment à l'entourage médical de l'artiste. Tous les regards convergent alors vers le Dr Conrad Murray, personnalité quelque peu énigmatique, depuis peu médecin traitant de Michael Jackson. Ce spécialiste de cardiologie était présent au domicile de Michael Jackson lorsque ce dernier aurait été victime d'un arrêt cardiaque. Me Bill Sradley, un avocat du Dr Murray, a fait savoir que son client avait accepté de répondre aux questions des enquêteurs policiers du LAPD. Rien, jusqu'ici, n'a filtré de ces interrogatoire. Qui a la preuve que Michael était en arrêt cardiaque lorsque les secours sont arrivés? Peut-on certifier que Dr Murray tentait alors désespérément de sauver son patient de fraîche date?

Après la première autopsie, la dépouille du défunt avait été remise à sa famille. Le révérend Jesse Jackson, porte-parole de la famille Jackson déclarait alors sur CNN que la famille souhaitait une autopsie «indépendante». «Nous ne savons pas ce qui s'est passé et nous avons besoin de savoir. Michael n'était pas malade, a-t-il déclaré. Il n'était pas fragile.» Selon le Los Angeles Times, Michael Jackson avait, quelques jours avant de mourir, effectué à Los Angeles une répétition générale des concerts londoniens qui devaient marquer son grand retour en juillet. Il semblait, selon des témoins, en pleine forme, si ce n'est un problème passager de laryngite.

Le révérend Jackson dit-il le vrai? Ceux qui étaient présents aux répétitions des concerts londoniens ont-ils bien observé? De nombreux témoignages évoquent au contraire la grande fragilité de cet homme. Dans l'attente des vérités anatomo-pathologiques et toxicologiques, l'hypothèse la plus fréquemment avancée fait valoir que son organisme n'aurait pu résister à une nouvelle surdose de médicaments. Plus précisément la question est ouvertement posée de savoir si le locataire en perdition de la maison de Holmby Hills a ou non reçu peu avant de mourir (par quelle voie, à quelles doses?) une injection d'un antalgique opiacé commercialisé sous le nom de Demerol.

Le révérend Jesse Jackson, sur ABC News: «Quand le Dr Muray est-il venu? Qu'a-t-il fait? Lui a-t-il fait une piqûre? Dans ce cas, de quoi? A-t-il utilisé du Demerol? C'est un médicament très puissant. A-t-il reçu une ou deux piqûres?» Sur ABC News, la «forte dépendance» de Michael Jackson à un antalgique analogue à la morphine est évoquée. Il recevait une injection quotidienne, en plus de celle de Demerol, croit-on savoir.

Remonter en amont c'est aussi s'interroger sur les possibles conséquences médicales de la formidable série d'interventions pratiquées sur le corps de cet homme starifié qui réclamait des métamorphoses perpétuelles à la médecine et à la chirurgie. Les spécialistes de médecine légale qui ont pratiqué la première autopsie, comme ceux de l'autopsie «indépendante» prendront-ils en compte l'ensemble du volumineux dossier médico-chirurgical de Michael Jackson pour tenter d'établir de lointaines corrélations? Si oui, c'est peut-être ce qui explique la décision de reporter à plus tard les conclusions définitives. Mais tout laisse penser qu'à l'Institut médico-légal de Los Angeles, on connaît d'ores et déjà les causes immédiates de la mort.

Le recours préalable aux meilleures techniques d'imagerie radiologique suivi de l'analyse visuelle des principaux organes (cœur, reins, foie, cerveau) a été complétée par l'analyse minutieuse des tissus par des spécialistes d'anatomie pathologique. Parallèlement toute une batterie d'analyses biologiques et toxicologiques plus ou moins sophistiquées ont été menées. Et la somme de ces investigations ne doit plus laisser place au moindre doute.

Tous ceux qui, à un moment ou à un autre ont été en empathie avec Michael Jackson connaîtront un jour prochain les raisons pour lesquelles il est mort. Mais le souhaitent-ils véritablement? Les icônes modernes ont, elles aussi, besoin des ombres et des mystères.

Jean-Yves Nau

(Photo: Reuters)

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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