Economie

François Hollande va devoir bâtir la reprise de ses mains

Eric Le Boucher, mis à jour le 01.06.2013 à 13 h 55

Pour sauver son quinquennat, François Hollande n'a plus le choix que d'accélérer les réformes, retrouver un peu de croissance et améliorer le futur de l'économie française. Mais il peut la tuer en le faisant.

François Hollande, le 22 mai 2013. REUTERS/Gonzalo Fuentes

François Hollande, le 22 mai 2013. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le candidat à l'élection présidentielle François Hollande estimait, il y a un an, «prudent et réaliste» de compter sur une croissance de l'économie française de 0,5% en 2012, de 1,7% en 2013, de 2% en 2014 et de 2 %-2,5 % par la suite. L'été dernier, le président élu a dû déchanter, la courbe a piqué du nez. En 2012, la croissance aura été nulle. Le président a reporté alors ses espoirs sur une reprise «progressive» en 2013. Nouvelle déconvenue: la France est actuellement en récession, elle connaîtra, au mieux, une nouvelle année de stagnation. Faut-il espérer pour 2014? Le président s'y accroche, le gouvernement table sur 1,2%. Compte tenu des tendances actuelles, ce serait un miracle.

François Hollande compte toujours sur le retour de la croissance pour réussir son projet de faire baisser le chômage et d'apaiser la France. Pour éviter la cassure de son parti et l'insurrection dans la rue, il a besoin de cet oxygène. Toute sa stratégie repose sur la reprise. Las, les mesures décidées jusqu'ici, la «boîte à outils», ne provoquent pas de décollage. La croissance «potentielle» de la France, calculée par les économistes, n'est plus que d'environ 1% l'an. Atteindre le chiffre de 2% à partir duquel le chômage reculerait vraiment et le moral reviendrait dans la nation paraît désormais bien peu probable pour la durée du quinquennat.

De toute part, on assaille François Hollande pour qu'il engage «des réformes structurelles», celles qui justement doivent relever le potentiel de croissance. La Cour des comptes dénonce «la fragilité de la trajectoire», la Banque de France exige «une reconversion profonde des politiques publiques». Et Bruxelles aussi, qui se permet maintenant d'entrer dans les détails des réformes, oublieuse de ses erreurs récentes et méprisante de la démocratie. La Commission, que l'on sache, n'a pas été exemplaire dans la gestion de la crise. François Hollande a raison de rappeler que l'Europe peut demander une saine gestion au nom de l'euro, mais que c'est au peuple français de décider de la manière dont il rééquilibre les retraites. Du moins tant qu'un «gouvernement économique européen» n'est pas en place.

Une voie dangereuse

Engager les réformes structurelles? La voie pour le président de la République est très dangereuse politiquement. L'exemple des retraites montre que la gauche doit se renier, il faut allonger la durée au travail. Toutes les autres réformes de l'Etat-providence (nombre de fonctionnaires, suppression d'institutions locales, coupes dans des dépenses sociales...) sont des déchirements pour un «socialiste» dont la priorité, si l'on a compris, est de maintenir unie sa majorité.

Mais l'exercice économique est également lourd d'un péril mortel: l'ajustement budgétaire peut plonger l'économie française dans la stagflation. On peut contester Keynes, mais réduire de 20 milliards d'euros les dépenses publiques par an ne peut, sur un corps malade, qu'avoir un effet récessif. Tous ceux qui poussent le gouvernement à y aller à coups de faux semblent ignorer l'extrême gravité de la situation. L'économie française est au bord du gouffre. Les exportations stagnent. Le «choc fiscal» sur les entreprises et les déclarations hostiles contre les patrons ont aggravé leur attentisme sur les investissements. Et la consommation est rabotée par le pouvoir d'achat en baisse. La montée de l'épargne de précaution est à cet égard de mauvais augure.

Mais il y a pis: la déflation menace. Les prix ont baissé en avril, et «en glissement» (en tendance), la hausse annuelle est de seulement 0,7%. L'inflation sous-jacente (hors des effets saisonniers et spéciaux) n'est plus que de 0,4%. Cette évolution est, en surface, bonne pour le pouvoir d'achat, mais elle est très mauvaise pour les marges des entreprises, le vrai point faible de l'économie française. Surtout, l'approche de prix négatifs peut glacer le consommateur. On le voit déjà dans l'immobilier, le marché est figé par des acquéreurs qui attendent la baisse.

Comment?

La France souffre à la fois d'une structure sans dynamisme et d'une conjoncture très proche de la spirale dépressive dans laquelle sont tombés ses voisins grecs, espagnols et italiens. Dit autrement, pour sauver son quinquennat, François Hollande n'a plus le choix que d'accélérer les réformes, retrouver un peu de croissance et améliorer le futur de l'économie française. Mais il peut la tuer en le faisant.

En 2012, la France en stagnation n'a pas pu tenir sa promesse de réduction des déficits. Bruxelles lui a accordé deux ans de délai. Mais, à nouveau, faute de croissance, elle n'y arrivera pas plus. Cette reprise, plus que jamais clef de tout, François Hollande doit la bâtir de ses mains et ne plus attendre qu'elle vienne d'ailleurs, de l'Europe ou de l'Allemagne.

Comment? Mettre fin à l'ambiguïté politique de la ligne, remercier les ministres hétérodoxes, resserrer les rangs autour de la compétence. Préserver les dépenses qui confortent le PIB, sabrer doublement dans toutes les autres. Prendre des mesures beaucoup «plus massives même si elles sont impopulaires», comme le dit Jacques Attali[1] dans son dernier livre, Urgences françaises, qui en donne une liste exhaustive.

Il s'agit moins d'un changement de cap, il était déjà social-démocrate, que d'un bouleversement du rythme et d'un pivotement de l'angle de vue: jauger les réformes non plus selon leur impact sur l'opinion et le PS, mais selon leur unique effet sur la croissance. Le pari est loin d'être gagné. Réussir demande beaucoup de hardiesse. Et encore plus de chance.

Eric Le Boucher

Article également paru dans Les Echos

[1] Par ailleurs cofondateur de Slate.fr

Eric Le Boucher
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