Monde

Le nouvel ordre énergétique mondial

Moisés Naím, mis à jour le 04.06.2013 à 10 h 07

Le temps où les pays du Golfe régnaient en maîtres sur l'énergie consommée par le puissant Occident est révolu. Les acteurs ont complètement changé.

Du pétrole jaillit d'un pipeline au Nigeria, avril 2011.  REUTERS/Afolabi Sotunde

Du pétrole jaillit d'un pipeline au Nigeria, avril 2011. REUTERS/Afolabi Sotunde

Les médias continuent de suivre avec obsession –mais à juste raison– les massacres en Syrie, la crise économique européenne et d’autres scandales politiques qui font inévitablement l’actualité.

Mais dans le même temps, une révolution plus ou moins discrète est en marche, qui est en train de changer le monde en profondeur: l’avènement d’un nouvel ordre mondial énergétique.

Voici quelques-uns des événements clés qui transforment radicalement le secteur de l’énergie, ses marchés et, en somme, le monde.

1. La Chine devient le premier consommateur d’énergie

En 2010, la Chine a devancé les Etats-Unis qui étaient jusqu’alors le plus gros consommateur d’énergie de la planète. Cette année, le géant asiatique a consommé 4% de plus que les Etats-Unis, délogeant du coup la superpuissance mondiale du premier rang qu’elle occupait depuis 1900. La Chine est également le leader de la production d’énergie propre, en particulier d’origine solaire et éolienne. Elle abrite en outre 26 des 63 centrales nucléaires actuellement en construction dans le monde entier.

2. La révolution du gaz de schiste

La technologie qui permet d’extraire du gaz de ces roches est l’une des plus grandes innovations ayant vu le jour depuis bien longtemps. Grâce à ces nouvelles techniques, les Etats-Unis pourraient devenir, d’ici 2020, le premier exportateur d’énergie au monde.

Par ailleurs, la Pologne, le Mexique, la Chine et la France disposeront de plus de ressources énergétiques. Naturellement, les raisons de s’inquiéter de l’impact écologique de l’extraction du gaz de schiste ne manquent pas! On mise sur une conjonction d’améliorations technologiques et de règlementations nationales pour atténuer ces risques. Pourvu que ça marche!

3. Les principaux acteurs énergétiques ne sont plus au Proche-Orient

Les nouveaux producteurs d’hydrocarbures de l’«hémisphère Ouest» remettent en cause l’hégémonie énergétique du Proche-Orient. Au Brésil, on a découvert d’énormes gisements de pétrole offshore. Au Canada et au Venezuela, se trouvent les plus grandes réserves du monde de pétrole lourd. Le Mexique redeviendra un important producteur, tandis que la Colombie a fait son entrée sur la carte énergétique. Quant aux Etats-Unis, ils sont en passe de devenir un exportateur net, c’est-à-dire qui exporte plus qu’il n’importe. L’Amérique est le nouvel épicentre énergétique de la planète.

4. La renaissance du pétrole africain

Historiquement, en Afrique, seuls le Nigeria, la Libye, l’Algérie et le Gabon ont été d’importants exportateurs gaziers et pétroliers. Mais cette époque est révolue. De plus en plus de pays africains jouent un rôle croissant dans ce secteur. La Guinée équatoriale et la République du Congo sont devenues des producteurs appréciables. Aujourd’hui, le Ghana, le Soudan et l’Ouganda sont également des Etats pétroliers. La Tanzanie et le Mozambique exportent du gaz naturel. Le Kenya, Madagascar et l’Ethiopie développent des projets d’exploration très prometteurs.

Pas moins de 17 pays africains produisent du pétrole et du gaz, tant et si bien que le continent a rapidement acquis une présence inédite sur les marchés de l’énergie.

5. Les «sept sœurs» ne sont plus seules

Durant une bonne partie du XXe siècle, le secteur pétrolier appartenait virtuellement à sept grandes entreprises baptisées le Cartel des sept sœurs (dont Exxon, Shell, etc.), qui contrôlaient toutes les phases de cette activité –de l’exploration aux chaînes de vente au consommateur. Ce cartel a commencé à se désintégrer avec l’apparition des sociétés dites «indépendantes» et en conséquence de la forte expansion de compagnies pétrolières étatiques, comme la saoudienne Aramco, la vénézuélienne PDVSA ou encore celles des émirats du golfe Persique.

Dans les années 1990, certaines de ces compagnies nationales se sont mises à investir et à produire en dehors de leurs frontières. A l’heure actuelle, elles totalisent 52% de la production pétrolière mondiale et contrôlent 88% des réserves.

En outre, des centaines de sociétés «indépendantes» des sept sœurs ou des compagnies nationales redéfinissent la concurrence. Dans le nouvel univers de l’énergie qui prévaut actuellement, règne une féroce rivalité entre des entreprises de toutes nationalités et dont les propriétaires, les objectifs, les stratégies et les technologies sont très variés.

La concurrence est un changement révolutionnaire dans ce secteur.

6. L’essor international des compagnies pétrolières chinoises

Jusque dans années 1990, les sociétés pétrolières de Chine n’avaient pas vraiment de poids. En 2013, les groupes pétroliers chinois sont implantés partout et ont acquis le statut d’acteurs majeurs de l’industrie. En très peu de temps, des géants tels que CNPC, CNOOC et Sinopec ont réalisé hors de Chine jusqu’à 20% de leur production globale.

Par exemple, PetroChina produit plus de pétrole qu’ExxonMobil. La stratégie du gouvernement chinois consiste à sécuriser et à diversifier ses sources d’approvisionnement. Aussi, les compagnies pétrolières chinoises sont-elles le fer de lance de cette initiative cruciale pour la stabilité du géant asiatique.

L’un des aspects les plus surprenants du nouvel ordre énergétique mondial qui se dessine, c’est que l’on devrait cesser de s’inquiéter essentiellement de la suffisance de l’offre. Selon une étude de Citigroup, la demande de pétrole est en train d’atteindre son pic. A partir de 2020, elle commencera à stagner, voir à chuter. Ce sont autant de transformations qui auront un impact non négligeable sur la vie des consommateurs.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

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