Economie

Le printemps de la croissance n'est pas pour demain

Gérard Horny, mis à jour le 03.06.2013 à 18 h 23

Les dernières prévisions de l’OCDE sont sans appel: pour la zone euro en général et la France en particulier, 2013 va encore être une année très dure. Mais, comme de coutume, les experts nous annoncent que le soleil brillera (un peu) l’année suivante…

Euros in a plant pot / Images of Money via Flickr CC License by

Euros in a plant pot / Images of Money via Flickr CC License by

Le 16 mai dernier, François Hollande voulait encore y croire. Avant la fin de cette année, la courbe du chômage serait inversée. Evidemment, précisait-il, la bataille de l’emploi ne serait gagnée que si la croissance revenait. Hélas, il est désormais pratiquement certain qu’elle ne reviendra pas cette année.

Depuis des mois, les prévisions de croissance pour 2013 tournaient autour de zéro.  Il semblait acquis qu’on s’orientait vers une année de stagnation, un redressement lent venant progressivement compenser un très mauvais démarrage.

Révélées le 29 mai, les dernières prévisions de l’OCDE montrent que ce scénario était encore trop optimiste: le PIB de la France reculerait en fait de 0,3%, ce qui ferait de 2013 la plus mauvaise année depuis la récession de 2009 (- 3,1%).

Des révisions à la baisse qui épargnent peu de monde

Ce qui est inquiétant dans cette prévision n’est pas le chiffre en lui-même: les économistes de l’OCDE ne sont pas les premiers à en annoncer un aussi médiocre et d’autres sont encore plus pessimistes. Ce qui frappe, c’est la rapidité et l’importance de la correction par rapport aux précédentes prévisions.

En novembre, l’OCDE annonçait pour la France une croissance de 0,3% en 2013. En mars, à l’occasion d’une étude consacrée spécifiquement à notre pays, ce chiffre était ramené à 0,1%. Deux mois plus tard, il est passé à –0,3%.  On voit bien comment évolue la tendance. 

Ce qui est plus inquiétant encore, c'est que les prévisions ne sont pas revues à la baisse pour la France seule. Si c’était le cas, on pourrait penser que les économistes sanctionnent une mauvaise politique menée au niveau national et qu’un changement de cap pourrait avoir des effets positifs rapides.

Or, on constate que la zone euro dans son ensemble n’est pas épargnée: le léger repli de 0,1% annoncé en novembre dernier se transforme en un recul de 0,6%.  L’Allemagne résiste mieux, mais sa croissance n’est plus attendue qu’à 0,4% au lieu de 0,6% six mois plus tôt. D’une façon générale, les prévisions sont orientées à la baisse, de façon plus ou moins prononcée, pour tous les pays européens, hors la Suisse (en hausse à 1,4%) et le Royaume-Uni (avec une prévision corrigée d’un dixième de point seulement à 0,8%).

L'Europe n’est pas la seule concernée

Hors d’Europe, la situation se présente un peu mieux. Pas de grand changement annoncé aux Etats-Unis (1,9% de croissance cette année au lieu de 2%) et une forte révision à la hausse pour le Japon, qui se voir crédité d’une progression de son PIB de 1,6%, au lieu de 0,7% annoncés il y a six mois. Mais, pour les grands pays émergents, la tendance est aussi à une révision des chiffres à la baisse: comme le FMI, l’OCDE n’attend plus qu’un chiffre oscillant autour de 7,8% cette année en Chine, au lieu de 8,5% en novembre; pour l’Inde, le chiffre est ramené de 6,5% à 5,3%, et pour la Russie de 3,8% à 2,3%.

Evidemment, il est possible de dire que l’Europe tire le monde vers le bas: la cure d’austérité qu’elle s’inflige conduit à une baisse de ses importations.  Mais il serait faux d’en faire la cause unique des difficultés des autres.

Ainsi, il est manifeste que la Chine peine à trouver une croissance davantage tirée par la demande intérieure et que les Etats-Unis, en dépit des largesses de la Réserve fédérale et de l’exploitation intensive de leurs ressources énergétiques, ont du mal à créer des emplois en nombre suffisant pour résorber le chômage.  Quand on voit le nombre de pays qui cherchent le salut dans l’amélioration de leur compétitivité et le développement de leurs exportations, on se dit qu’il va inévitablement y avoir des déçus.

Des réformes douloureuses

En tout cas, pour la France, l’évolution de la conjoncture internationale est une très mauvaise nouvelle. De tous côtés, les recommandations voire les injonctions affluent.

Un jour, c’est le gouverneur de la Banque de France qui invite le président de la République à agir sans tarder pour réformer le marché du travail, réduire les dépenses publiques et restaurer la compétitivité des entreprises. Le lendemain, c’est la Commission européenne qui lui fixe un cadre d’actions à entreprendre pour revenir à un déficit public de 2,8% du PIB fin 2015. François Hollande a beau affirmer que la Commission n’a pas à dicter à la France ce qu’elle a à faire, il aura du mal à éviter de procéder à des réformes plus douloureuses que celles qu’il comptait réaliser.

Evidemment, il y a une consolation: les économistes de l’OCDE nous annoncent une croissance de 0,8% l’an prochain. Mais même en supposant que la prévision ne soit pas une nouvelle fois démentie par les faits, cela ne serait pas suffisant pour faire reculer le taux de chômage, qui monterait à 11,1% de la population active l’an prochain.

Le plus extraordinaire dans tout cela, c’est que pas un instant ces experts ne remettent en cause l’organisation de l’économie mondiale. Si les choses ne vont pas mieux en France ou ailleurs, c’est parce que les gouvernements et les peuples ne font pas les efforts nécessaires d’adaptation. Mais que le modèle économique qui s’impose de facto à l’échelle mondiale ne soit peut-être pas le mieux adapté aux besoins des divers pays, cette éventualité-là n’est jamais envisagée. C’est peut-être pourtant à cela qu’il serait urgent de réfléchir.

Gérard Horny

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