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Airbus : le divorce de Tianjin

Richard Arzt, mis à jour le 29.06.2009 à 18 h 35

Les divergences au sein du couple franco-allemand ont marqué la livraison du premier A 320 fabriqué en Chine.

Usine de montage de Tianjin, le 23 juin 2009. Vincent Du / Reuters

Usine de montage de Tianjin, le 23 juin 2009. Vincent Du / Reuters

Parmi les 22 membres du Bureau politique du Parti communiste chinois, Zhang Gaoli est un personnage important. Il dirige le Parti à Tianjin (11 millions d'habitants), 120 km à l'est de Pékin. Cet homme de 62 ans, à l'allure de bon élève, est très satisfait que l'usine Airbus se soit établie en moins de deux ans à Binhai, la nouvelle zone économique de Tianjin.

Le 23 juin en fin de matinée, le premier A320 doit sortir des chaînes d'assemblages. Mille invités sont attendus. Avant la cérémonie, Zhang Gaoli reçoit les dirigeants de l'entreprise et les principaux officiels venus pour l'événement.

Surprise: Hartmut Schauerte, le secrétaire d'Etat allemand aux transports, exige un entretien particulier! Le protocole chinois lui explique qu'il est trop tard pour modifier le programme. Hartmut Schauerte refuse donc d'assister à ce qui est incontestablement une réception collective. Hervé Ladsous, l'ambassadeur de France, qui se retrouve à la place d'honneur, en profite pour souligner tout le bien qu'il faut penser de la contribution française à l'école sino-européenne d'ingénierie aéronautique installée à Tianjin.

Il y a trois semaines, la présence de Christine Lagarde était annoncée. Ce qui avait inquiété Thomas Enders, le Président - allemand - d'Airbus. A sa demande, le britannique Laurence Barron, président d'Airbus pour la Chine, avait indiqué dans un courriel que  «pour l'image européenne d'Airbus, nous ne devons pas permettre que l'événement du 23 juin soit kidnappé par les Français». Mais Christine Lagarde s'est décommandée en raison du discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès. Depuis, à la direction d'Airbus, on tente d'expliquer que le texte du courriel n'émanait pas du Président Enders mais répondait à des propos entendus dans l'entreprise.

L'agacement allemand à l'égard des Français dans Airbus est multiforme. En novembre 2007, les dirigeants chinois décident d'acheter 120 Airbus lors de la première visite à Pékin du Président Sarkozy. Qui négocie dur pour que la commande soit portée à 160 appareils. Angela Merkel n'apprécie pas: elle est à cette époque en froid avec Pékin pour avoir reçu le dalaï-lama à Berlin. Pourtant, l'insistance de Nicolas Sarkozy ne visait pas la rivalité avec l'Allemagne. Il cherchait à faire plus que les 150 Airbus obtenus par Jacques Chirac en 2004.

Le 23 juin, dans l'immense hangar où les discours résonnent, les plus consensuels sont les responsables chinois qui parlent d'un «nouveau chapitre historique de collaboration entre l'Europe et la Chine». Cette usine, qui est la réplique exacte de celle de Hambourg, assemble des A320 à partir de tronçons venant de plusieurs usines européennes. Hartmut Schauerte dit «sa fierté de voir en Chine le modèle d'ingénierie allemand».

L'ambassadeur Ladsous réplique: «le principe de cette usine a été fixé en 2005 lors d'un voyage du Premier ministre Wen Jiabao à Paris. Elle est un exemple de coopération franco-chinoise, aussi bien que de coopération euro-chinoise». La salle applaudi car il dit tout cela en chinois. Pour ne pas être en reste, l'ambassadeur du Royaume-Uni précise que les caissons de voilures des A320 sont équipés dans son pays et que les moteurs sont de marque Rolls-Royce.

Puis un rideau rouge s'ouvre laissant apparaitre un avion aux couleurs de «Sichuan Airlines». Pour Jean-Luc Charles, le directeur général d'Airbus-Tianjin, cette livraison du premier A320 est «un très grand jour». Les ateliers semblent épargnés par les tensions. 120 expatriés venus d'Europe pour trois ans communiquent en anglais entre eux et avec les 350 techniciens chinois qui ont passé de six mois à deux ans de formation à Hambourg ou Toulouse.

Pour les vols intérieurs, l'aviation civile chinoise estime avoir besoin de moyen- courriers monocouloirs tel que l'A320. En 2009, onze avions sortiront de l'usine de Tianjin. L'objectif est fixé à quatre par mois en 2011. Le plan de relance économique décrété par le gouvernement chinois favorise le crédit pour les compagnies aériennes.

En conférence de presse, Thomas Enders développe ces perspectives chinoises qui restent prometteuses pour Airbus. Un effort de diplomatie l'amène à se réjouir que les représentants de chaque pays aient trouvé à exprimer un motif de satisfaction lors de la première livraison. Il aurait aimé, dit-il, que Christine Lagarde soit là mais aussi les ministres de l'économie allemand et britannique. Airbus offre ensuite un repas dans un salon d'hôtel de luxe aux cadres supérieurs et diplomates présents. Thomas Enders et une dizaine de ses proches collaborateurs préfèrent aller déjeuner au restaurant-buffet.

Richard Arzt

Image de une: Usine de montage de Tianjin, le 23 juin 2009. Vincent Du / Reuters
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