Economie

Pour créer des emplois, miser sur l'intellectuel est capital

Catherine Bernard, mis à jour le 06.04.2015 à 15 h 16

Aujourd'hui, la valeur ajoutée se cache dans des activités plus que dans des secteurs réputés «clés», tandis que l'innovation est un concept plus large que la seule recherche et développement.

«Planting Brain», oeuvre d’art dans un champ indonésien, le 27 décembre 2012 près de Yogyakarta. REUTERS/Dwi Oblo

«Planting Brain», oeuvre d’art dans un champ indonésien, le 27 décembre 2012 près de Yogyakarta. REUTERS/Dwi Oblo

Mais dans quel secteur faut-il donc investir? Sur quel créneau convient-il de miser? Quand la croissance est en panne, lorsque la situation sur le marché du travail se durcit jour après jour, il n'est certainement pas inutile de réfléchir aux nouveaux ressorts de la croissance.

Vingt années de numérisation accélérée et de mondialisation galopante ont mis à mal les recettes que l'on croyait éprouvées. Certains des secteurs pourtant les plus réputés de notre économie vacillent –tels l'automobile, les télécommunications ou encore la pharmacie– et dépenser des fortunes pour aider à la recherche ne suffit plus. Malgré son généreux Crédit Impôt Recherche, la France n'arrive guère à améliorer sa compétitivité.

Pour éclairer les raisonnements, les experts de l'OCDE viennent de publier deux études qui proposent de nouvelles pistes pour mieux identifier les nouveaux facteurs de croissance de nos économies.

Analyser les échanges commerciaux

La première, intitulée «Economies interconnectées: comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales?», vient approfondir les recherches menées par l'organisation sur les nouvelles façons d'analyser les échanges commerciaux. Les chiffres du commerce extérieur sont trompeurs: si les Etats-Unis accusent un impressionnant déficit commercial avec la Chine, l'Empire du milieu n'a pas, et de loin, produit toute la «valeur» des biens qu'il exporte outre-Atlantique. Les iPhones en constituent un exemple emblématique: l'assemblage est réalisé en Chine, mais le design vient des Etats-Unis, tout comme la connectivité. La mémoire est coréenne, ainsi que les processeurs d'applications ou les batteries; la gestion des ondes radio allemande, l'accéléromètre et le gyroscope français, etc. Calculer les échanges en valeur ajoutée permet de rendre évidente la contribution de ces tiers pays.

Cet effort statistique a une autre conséquence utile pour la politique industrielle: «Cela démontre que la compétitivité se concentre sur des activités (le design par exemple, ou l'assemblage) et non sur des secteurs puisque, de plus en plus, les entreprises découpent la production en différentes parties localisées en différents endroits du globe», explique Koen De Backer, économiste principal à la Division de la politique structurelle de l'OCDE.

L'important pour un pays n'est plus tant de savoir s'il est doué pour l'aéronautique ou pour le luxe, mais de définir quels savoir-faire expliquent son succès dans l'une et l'autre branche et peuvent être transposés à de nouvelles. Dans cette optique, miser sur des services, comme la logistique, le design, l'informatique, tous  indispensables à la bonne conception ou livraison des produits manufacturés, peut être une stratégie payante pour des pays comme le nôtre. D'autant qu'il s'agit de savoir-faire difficilement délocalisables.

Le rôle du «capital intellectuel»

Ces services destinés à l'industrie mobilisent souvent une bonne part de «capital intellectuel», cette autre notion que l'OCDE tente de mieux identifier dans sa seconde étude. Car elle l'a constaté: si l'innovation constitue un facteur clé de la compétitivité des pays, «elle est aujourd'hui une notion bien plus large que la R&D». Du reste, «de nombreuses entreprises innovantes n'investissent pas dans la R&D», constataient ainsi les experts dans leur rapport sur la stratégie de l'innovation en 2010. Fort de ce constat, l'organisation a tenté de définir, et de mieux cerner, une nouvelle notion, celle de capital intellectuel. Et, surtout, d'étudier son véritable rôle en tant que facteur potentiel de croissance.

Le capital intellectuel, kesako? C'est tout ce qui résulte de l'investissement des entreprises dans des actifs non physiques: la R&D bien entendu, mais aussi les dépenses en logiciels, en brevets, et plus largement, en propriété intellectuelle (dessins, modèles, marques), ou encore en matière de design. Jusqu'ici, rien de bien révolutionnaire. Mais la notion de capital intellectuel va plus loin: elle englobe aussi toutes les dépenses pour acquérir des données informatiques, ces données que les entreprises peuvent analyser pour maximiser leurs méthodes de marketing voire de développement; elle intègre aussi les investissements consentis pour mettre sur pied de nouveaux processus organisationnels (comment gérer les stocks ou les approvisionnements?) et renforcer les compétences spécifiques des organisations, autrement dit, ce que l'on appelle couramment le savoir-faire d'une entreprise.

La liberté d’expérimenter

La notion est large et difficile statistiquement à cerner. L'OCDE se repose en la matière sur des calculs réalisés par des tiers pour l'analyser: ces chiffres restent donc, pour l'instant, à étudier avec quelques pincettes. N'empêche, aux Etats-Unis, mais aussi dans plusieurs pays nordiques, les dépenses en capital intellectuel sont désormais supérieures aux investissements corporels. Ce n'est pas encore le cas en France, mais l'Hexagone fait plutôt, en la matière, un peu mieux que l'Allemagne. Preuve, malgré tout, que la simple étude des chiffres ne suffit pas: ceci n'empêche pas notre voisin d'afficher de bien meilleures performances économiques.

Mais un autre élément déterminant, juge l'OCDE, est la possibilité qu'un pays octroie aux acteurs économiques d'expérimenter. Il ne suffit pas d'investir, encore s'agit-il de tester les innovations ainsi imaginées. D'où l'importance d'un système économique où, non seulement il est simple de créer une entreprise et d'obtenir des financements, y compris lorsque la jeune pousse utilise bien plus d'actifs immatériels que corporels, mais où, également, faire faillite n'est pas un processus lourd, lent, et traumatisant. Autant d'informations à méditer!

Catherine Bernard

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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