Sports

Zlatan et les 259 buteurs: que nous apprend l'analyse des 967 buts de la L1 2012-2013?

Grégoire Fleurot et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 31.05.2013 à 17 h 20

Si Ibrahimovic a marqué les esprits en marquant 30 buts en L1 cette saison (une première depuis 1990), le buteur suédois n'est sans doute pas le plus décisif de L1, et le championnat français reste encore à la traîne en nombre de buts par rapport à ses voisins.

Zlatan Ibrahimovic marque contre Marseille, le 7 octobre 2013. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Zlatan Ibrahimovic marque contre Marseille, le 7 octobre 2013. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Zlatan Ibrahimovic a marqué de son empreinte la Ligue 1 dès sa première année en France en étant élu meilleur joueur du championnat et en terminant de très loin meilleur buteur de l’exercice 2012-2013 avec 30 buts, une première depuis Jean-Pierre Papin en 1989-1990.

Depuis les exploits de «JPP», le football a beaucoup évolué, autant sur qu’en dehors des terrains. Faut-il voir dans les performances du géant du PSG le signe d’un championnat redevenu plus offensif après de nombreuses années de disette, ou simplement le résultat éphémère de l’arrivée d’un joueur de classe mondiale en pleine possession de ses moyens, comme le pays n’en avait plus connu depuis longtemps?

Exploration en quatre étapes des 967 buts inscrits en L1 cette saison par 260 joueurs.

1. Derrière Zlatan, la L1 marque aussi (un peu) plus de buts

La Ligue 1 a la réputation d'être un championnat fermé où peu de buts sont marqués. La moyenne de buts par match a varié entre 2,09 et 2,57 depuis 1989, et elle est effectivement restée constamment en dessous de celle des quatre autres grands championnats européens, comme on peut le voir sur ce graphique.



Moyenne de buts par match

A l’autre extrémité, l’Allemagne est le championnat où l’on marque le plus de buts de manière quasi-continue depuis plus de vingt ans, tandis que les trois autres championnats (Italie, Espagne et Angleterre) oscillent entre les deux extrêmes.

Sur les 24 dernières saisons, le championnat de France a atteint son point le plus bas entre 2004 et 2006, avec des moyennes inférieures à 2,2 buts par match tandis que la Bundesliga tournait autour des 2,9 buts par match. Mais la situation s'est améliorée de manière plus ou moins régulière jusqu’à aujourd’hui: un peu plus de 2,5 buts ont été marqués par match au cours des deux saisons qui viennent de s’écouler, des moyennes élevées par rapport aux standards français, même si elles restent inférieures à celles de nos voisins européens.

2. La répartition des buts est remarquablement stable

Cette saison, 46% des joueurs qui ont foulé les pelouses de L1 ont marqué au moins un but –sans compter ceux qui l'ont fait contre leur camp. Un chiffre plus élevé qu'en Serie A (43,5%), mais moins qu'en Espagne (47%), en Angleterre (48%) et en Allemagne (50%).

Le graphique ci-dessous (cliquer ici pour le regarder en grand) montre la répartition des buts entre les joueurs de chaque championnat, comme on le ferait de la répartition des richesses entre les habitants d'un pays. Des courbes très parallèles, mais avec quelques écarts.

En Espagne, trois joueurs (Messi, Cristiano Ronaldo et Falcao) ont ainsi marqué à eux seuls 10% des buts du championnat. Mais le championnat le plus inégalitaire est la Serie A italienne, le plus gourmand en joueurs: 20% des joueurs y ont marqué 81% des buts, cinq points de plus qu'en Allemagne. La France, où Ibrahimovic représente à lui seul plus de 3% des buts, se situe en milieu de peloton.

Autre indicateur, celui du nombre de buteurs d’élite dans le championnat, c’est-à-dire les joueurs qui ont marqué 15 buts ou plus dans la saison (un total qui satisferait la plupart des attaquants du monde qui ne s’appellent pas Messi ou Cristiano Ronaldo). Depuis 1989-1990, en L1, il s'est situé entre entre 1 et 10.

On observe des variations assez importantes d’une année sur l’autre, avec une période de pénurie de buteurs amorcée au début des années 2000 et qui a connu son apogée entre 2004 à 2007, puis une tendance à l'augmentation jusqu'à aujourd'hui, ce qui correspond aux tendances observées plus haut dans la moyenne de buts marqués par match. Mais aucun phénomène ne se dégage aussi clairement qu'en NBA par exemple, où le nombre de gros marqueurs est en forte baisse depuis quelques années.

3. Le PSG s'inscrit dans le modèle du «champion à grand buteur»

Sur les 23 derniers championnats attribués (celui de 1992-1993 ne l'a pas été à la suite de l'affaire VA-OM), seulement dix champions ont eu dans leur équipe le meilleur buteur, soit un peu moins de la moitié. Il n’y a donc pas vraiment de règle dans ce domaine et on peut très bien gagner le championnat sans avoir un buteur exceptionnel. C'est d'ailleurs encore davantage le cas dans les autres championnats européens: sur la même période, le doublé titre-meilleur buteur n'a été réalisé que neuf fois en Angleterre, huit en Espagne, six en Allemagne et cinq en Italie.

Mais cette statistique générale masque deux modèles bien distincts: le champion qui s’appuie sur un buteur d’exception et celui chez qui le danger vient de partout.

Dans la première catégorie, on retrouve l’OM de Papin au tournant des années 1990: lors des quatre titres consécutifs du club entre 1989 et 1992, «JPP» a été meilleur buteur à chaque fois, avec de 22 à 30 buts par saison. Si la grande équipe marseillaise avait à cette époque d’autres joueurs de talent capables de marquer des buts (Waddle, Cantona ou même le défenseur central Boli, auteur de 8 buts en 1990-1991), elle comptait avant tout sur Papin pour mettre le ballon au fond des filets. De la même manière, avant le PSG d'Ibrahimovic, les trois derniers champions de France comptaient dans leur effectif le meilleur buteur: l’OM avec Niang, Lille avec Sow, Montpellier avec Giroud.

A l’inverse, Lyon représente le modèle du champion sans grand buteur: l’OL a régné sur la Ligue 1 pendant sept saisons en n’ayant qu’une seule fois le meilleur buteur, Karim Benzema, lors de son dernier titre. Les saisons précédentes, l'équipe gagnait le championnat sans finisseur redoutable, mais avec plusieurs joueurs autour de 10 buts, comme en 2006-2007 où son meilleur buteur, Fred, n’a inscrit que 11 buts, mais était suivi de très près par Juninho et Malouda avec 10 buts chacun.

Si une équipe n’est pas obligée d’avoir un buteur redoutable pour remporter le championnat, avoir le meilleur buteur ne garantit pas non plus une bonne saison. En 2006-2007, le PSG a fini à la 15e place malgré le statut de meilleur buteur de Pauleta –une situation étrange qui s’explique en partie par le fait qu’il s’agissait du plus petit total d’un meilleur buteur (15 buts) depuis 1933. Dix ans plus tôt, Rennes avait fait encore «mieux» en terminant 16e avec le meilleur buteur de L1, Stéphane Guivarc'h, auteur de plus de la moitié des buts de son équipe (22 buts).

4. Ibrahimovic n'est pas le plus décisif

S'il est (de loin) le meilleur buteur de L1, Ibrahimovic en est-il pour autant le buteur le plus décisif? Pour le savoir, nous nous sommes inspirés d'une idée de la BBC, qui s'est amusée à calculer le nombre de points de chaque équipe en lui retirant les buts marqués par son meilleur buteur, et éventuellement les points qu'ils avaient apportés.

Ce qui donne notamment les changements suivants: le PSG reste champion, Lyon et Marseille restent qualifiés pour la Ligue des champions mais échangent leurs places, Lille prend la 4e place à Nice et les rélégués restent les mêmes.

     Nombre de points  Points perdus  Evolution au classement
1 Paris SG 68 -15 -
2 Lyon 58 -9 +1
3 Marseille 54 -17 -1
4 Lille 53 -9 +2
5 Saint-Etienne 51 -12 -
6 Nice 49 -15 -2
7 Montpellier 48 -4 +2
8 Bordeaux 46 -9 -1
9 Toulouse 43 -8 +1
10 Lorient 42 -11 -2
11 Valenciennes 39 -9 -
12 Reims 39 -4 +2
13 Rennes 38 -8 -
14 Sochaux 34 -7 +1
15 Évian 34 -6 +1
16 AC Ajaccio 34 -6 +1
17 Bastia 32 -15 -5
18 Nancy 31 -7 -
19 Troyes 29 -8 -
20 Brest 22 -7 -

Le club le plus désavantagé est Bastia, qui perd pas moins de cinq places. Si l'on compare le nombre de points «rapportés» par chaque meilleur buteur au total de points de son équipe, on se rend en effet compte que le buteur le plus décisif de L1 est le Bastiais Anthony Modeste: ses quinze buts ont rapporté autant de points à son équipe, soit un tiers de son total final.

 Buteur  Equipe  Buts  Points  % des points
Modeste Bastia 15 15 32%
Ben Basat Brest 9 7 24%
Gignac Marseille 13 17 24%
Cvitanich Nice 19 15 23%
Nivet Troyes 10 8 22%
Aliadière Lorient 15 11 21%
Aubameyang Saint-Etienne 19 12 19%
Pujol Valenciennes 9 9 19%
Puygrenier Nancy 7 7 18%
Ibrahimovic Paris SG 30 15 18%
Féret Rennes 11 8 17%
Privat Sochaux 9 7 17%
Diabaté Bordeaux 8 9 16%
Ben Yedder Toulouse 15 8 16%
Khlifa Évian 13 6 15%
Mutu AC Ajaccio 11 6 15%
Kalou Lille 14 9 15%
Gomis Lyon 16 9 13%
Courtet Reims 9 4 9%
Camara Montpellier 10 4 8%

Le Bastiais devance l'ex-Brestois Ben Basat (que la lanterne rouge de L1 a eu la mauvaise idée de vendre au mercato alors qu'elle était 14e) et le Marseillais Gignac (ce qui ne surprendra pas tous ceux qui se sont amusés cette saison du nombre de victoires phocéennes par un but d'écart). A l'inverse, le Lyonnais Gomis a marqué seize buts, mais qui au final ne représentent «que» quatre victoires et un nul pour son équipe.

Grégoire Fleurot et Jean-Marie Pottier

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte