Life

La Xbox One, l’appareil dont rêvait Steve Jobs

Farhad Manjoo, mis à jour le 29.05.2013 à 19 h 08

Et c’est Microsoft qui l’a conçu.

Présentation de la Xbox One à la presse le 21 mai 2013 aux Etats-Unis. REUTERS/Nick Adams

Présentation de la Xbox One à la presse le 21 mai 2013 aux Etats-Unis. REUTERS/Nick Adams

Juste avant de mourir, Steve Jobs avait parlé à son biographe, Walter Isaacs, de son envie de révolutionner la télévision. L’appareil de ses rêves contrôlerait tous les gadgets qui envahissent votre salon (consoles de jeux, lecteurs Blu-ray…) et serait connecté à l’immense contenu de divertissements disponible en ligne. Par-dessus tout, il serait incroyablement facile à contrôler: plus besoin de jouer avec le bouton «input» pour passer d’un contenu à un autre ou de jongler entre les télécommandes pour contrôler vos différents appareils. «Il aura l’interface le plus simple que l’on puisse imaginer», avait affirmé Jobs.

J’ai vu un appareil très proche de celui dont rêvait Steve Jobs. Tout comme il l’avait prévu, il devient la véritable plate-forme tournante de votre salon. Il lit des jeux vidéo, des disques Blu-ray, permet de regarder la télévision et de voir tout ce que vous voulez sur Internet. Il passe de l’un à l’autre de manière on ne peut plus fluide – vous pouvez oublier le bouton «input». Et il est vraiment doté de l’interface le plus simple que l’on puisse imaginer: un système de reconnaissance vocale d’une précision redoutable, bien plus intuitif qu’une télécommande.

Envie de regarder un match? De voir la dernière série HBO? De passer de la TV au Blu-ray? Il suffit de lui dire quoi faire et l’appareil répond instantanément. Mais avant d’en dire plus, il faut révéler le nom de cette petite merveille: Xbox.

Eh oui: avec son nouvel appareil baptisé Xbox One, Microsoft a réalisé ce qu’on a longtemps prétendu qu’Apple était en train de construire. Elle a créé un appareil de salon quasi parfait, qui vous permet enfin de regarder ou de passer ce que vous voulez, où que vous soyez, très rapidement. Cela fonctionne de cette manière: vous allez devant votre téléviseur, vous dites: «Allumer Xbox» et votre Xbox s’allume immédiatement, en même temps que votre écran, sans délai de mise en route ou de connexion. L’écran affiche un menu (qui ressemble beaucoup à l’écran d’accueil de Windows 8) où apparaissent les applications, jeux et autres contenus auxquels vous avez récemment eu accès.

Passons aux choses sérieuses: dites «Regarder CNN». Votre TV se branche instantanément sur la chaîne. Dites «Jeu Xbox» et l’appareil passe au jeu auquel vous aviez joué précédemment. Dites «Afficher Skype»: la Xbox One fait apparaître Skype sur le côté de l’écran et vous pouvez appeler votre mère. La Xbox One peut également ajouter ses propres éléments par-dessus un programme TV (par exemple, elle peut afficher des statistiques durant un match de football).

Un look de vieux magnétoscope VHS, mais silencieux

Le plus remarquable est la vitesse avec laquelle l’appareil passe d’une application à l’autre. On passe de la TV à la VOD aussi rapidement que si l’on changeait de chaînes sur la TV, le tout au travers de commandes vocales naturelles.

En outre, la Xbox One peut se connecter aux réseaux sociaux et permet de surfer sur le Web (chose que vous ne ferez sans doute jamais sur votre téléviseur, mais j’imagine que ça faisait bien pour la démo). Avec son esthétique de vieux magnétoscope VHS, le boîtier est assez peu attrayant, mais il règle l’un des principaux problèmes des consoles utilisées comme «set-top box». Microsoft affirme qu’à l’inverse de la Xbox 360, la One est silencieuse. En outre, elle s’allume instantanément, en même temps que votre TV, grâce à une simple commande vocale.

Néanmoins, aussi impressionnant fût le show de Microsoft, il a laissé de nombreuses questions sans réponses. La démonstration sur scène était impeccable: à aucun moment la Xbox One n’a mal interprété une commande vocale. Toutefois, je n’ai pas pu voir de près l’appareil en marche (Microsoft a promis d’en montrer plus lors de l’E3 2013 le mois prochain.

La société a aussi été évasive sur la manière dont elle interagira avec les décodeurs TV actuels. À l’inverse du système dont rêvait Steve Jobs, la Xbox One ne remplacera pas votre décodeur. Elle vous permettra de changer de chaîne vocalement et pourra incruster ses propres contenus par-dessus le programme passant sur la TV, mais, comme Nilay Patel de The Verge l’a fait remarquer, la Xbox One ne pourra sans doute pas servir d’enregistreur numérique et il vous faudra encore passer par l’interface peu pratique de votre décodeur si vous souhaitez enregistrer un film ou une émission.

Plusieurs aspects déplairont sans doute aussi aux joueurs. Tout d’abord, les jeux de la Xbox 360 ne passeront pas sur la One: si vous souhaitez encore jouer à vos vieux jeux, il vous faudra garder votre ancienne console à portée de main. La Xbox One n’est donc finalement pas vraiment le système tout-en-un qu’elle promettait d’être (Microsoft a invoqué une différence «d’architecture» pour expliquer cette absence de rétrocompatibilité). De même, lorsque vous insérez un nouveau jeu dans la One, il s’installe automatiquement sur le disque dur de manière à ce que vous n’ayez pas besoin d’insérer le disque à chaque fois que vous souhaitez jouer.

Ce qui va déplaire

Cela pourrait être une bonne idée a priori, mais il y a un hic: si vous souhaitez installer le jeu sur une autre Xbox One (pour un jeu d’occasion, par exemple), vous devrez payer un supplément pour le faire, comme Microsoft l’a déclaré dans Wired (la société n’a toutefois pas indiqué le montant dudit supplément, ni s’il serait tout de même possible de jouer depuis le disque sans «installer» le jeu sur le disque dur de la console). Par ailleurs, Microsoft a répondu aux rumeurs qui disaient qu’une connexion permanente à Internet serait nécessaire pour jouer: hormis, bien sûr, pour les jeux en réseau, il sera possible de jouer hors ligne.

Autres incertitudes: la date de sortie de la Xbox One et son prix. Microsoft a affirmé qu’elle sortirait «plus tard dans l’année», mais je crains que ce ne soit pas pour tout de suite. Aucun prix n’a été annoncé. Lors de son lancement en 2005, la Xbox 360 était vendue à 299 dollars et on en trouve maintenant à 179 dollars.

Je doute que Microsoft la facture plus de 399 dollars. Pour tout dire, je pense qu’un prix supérieur serait suicidaire. En effet, le meilleur moyen pour Microsoft de faire de la Xbox One un véritable appareil de salon est d’en vendre beaucoup, très vite. Si elle parvient à entrer dans un maximum de foyers, cela encouragera les fournisseurs d’accès et les sociétés de TV par câble ou satellite à créer des applications directement pour la Xbox.

Ces applications permettraient alors votre box TV de se greffer sur la Xbox: vous pourriez alors avoir accès à vos enregistrements, à du contenu sur demande, voire à la télévision en direct, sans avoir à passer par l’appareil fourni par votre fournisseur d’accès (l’année dernière, Comcast a créé une application de ce type pour la Xbox 360; si la Xbox One remporte un gros succès public, les autres voudront peut-être aussi une part du gâteau).

J’espère également un prix bas parce que Microsoft doit tirer parti au maximum de l’avance qu’elle a sur ses concurrents. La Xbox One n’est pas parfaite, mais c’est sans doute pour l’instant ce qui se rapproche le plus de l’ordinateur de salon de nos rêves. Microsoft doit en vendre le plus possible avant qu’Apple et Google ne sortent des appareils similaires. Il faut aussi faire attention à Sony, dont la prochaine PlayStation 4 s’adresse à une niche de marché similaire, avec un appareil mêlant jeux vidéo et médias, même s’il est beaucoup moins intuitif que celui de Microsoft (Nintendo, par contre, semble pour l’instant en dehors de la partie; sa Wii U a été un flop).

En outre, le marché semble énorme. Les Américains consacrent plus de temps à la télévision qu’à toute autre chose et lorsqu’ils ne regardent pas la télévision, ils jouent souvent aux jeux vidéo. La Xbox One est le premier appareil que j’ai vu jusqu’ici qui jette un pont entre ces différentes activités de façon naturelle. Si Microsoft tire parti au maximum de l’expérience, le géant américain du monde informatique pourrait bien faire son grand retour sur le devant de la scène.

Farhad Manjoo

Traduit par Yann Champion

Farhad Manjoo
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