Monde

Vous ne voulez pas lâcher la Suède avec son «modèle»?

Temps de lecture : 2 min

Depuis presque une semaine, les banlieues de Stockholm brûlent. A leur tour. De quoi mettre en cause le fameux «modèle» suédois?

 Rinkeby, le 23 mai 2013. REUTERS/Fredrik Sandberg/Scanpix
Rinkeby, le 23 mai 2013. REUTERS/Fredrik Sandberg/Scanpix

Husby, Rinkeby, Skärholmen... et oui, Stockholm, comme Paris, ou Londres, a aussi ses banlieues déshéritées, peuplées majoritairement de populations d'origine étrangère qui, comme –malheureusement– presque partout ailleurs dans le monde occidental, peinent à trouver du travail, des bonnes écoles pour leurs enfants, et une vraie socialisation dans la classe moyenne suédoise. Bref, qui n'arrivent tout simplement pas à s'intégrer.

Le problème est de taille, car le pays compte 14,7% de population étrangère (12,5% si l'on enlève les habitants natifs de la Finlande ou du Danemark voisins) et 19% de population d'origine étrangère (étrangère ou née de deux parents étrangers). Il a notamment accueilli ces dernières années beaucoup d'Irakiens, de citoyens de l'ex-Yougoslavie, d'Iraniens, et, plus récemment, de Somaliens.

La Suède n'a donc, en la matière, pas réussi de miracle. Pas plus que la France ou la Grande-Bretagne, donc. Sauf que le royaume nordique a une réputation à défendre: celle d'un «modèle» alliant performance économique et large Etat-providence, dialogue social et paix intérieure. Un modèle que les médias étrangers décortiquent depuis des décennies, cherchant sans relâche ses secrets pour les uns ou ses fissures pour les autres. Les premiers refusant à tous prix de mettre la moindre nuance à leur enthousiasme, les seconds interprétant toute fausse note comme une remise en cause de tout le système.

Les mêmes, aujourd'hui, minimisent les événements en cours de peur de voir leur modèle égratigné, ou, au contraire, en tirent presque une certaine satisfaction, tels nos confrères de Foreign Policy, qui parlant des émeutes en banlieue, écrivent:

«Voici l’histoire que ceux qui veulent faire passer la Suède pour un paradis social-démocrate sont moins enclins à raconter».

Tout cela est bien stérile: à quoi sert de chercher à copier un modèle si l'on refuse de voir ses lacunes? Ou de réduire sa crédibilité à néant parce qu'il n'est pas parfait dans tous les domaines?

La situation est en fait affreusement banale: la Suède n'est pas un paradis, même ses habitants vous le diront. Elle affiche certes un marché du travail incomparablement plus sain que celui de l'Hexagone, et a su adapter son économie à marches forcées. Mais rien ne dit qu'elle saura continuer à le faire pour toute éternité.

Ici aussi, les entreprises râlent et les salariés craignent pour leur avenir. Son Etat-providence est large, ses finances publiques saines et sa législation sociale avancée, mais les réformes de son système de santé sont très critiquées, tout comme, du reste, certaines réformes scolaires. Le congé parternité est ici bien plus répandu, et généreux, qu'en France, et les femmes détiennent une parité au Parlement, mais on reste loin d'une vraie égalité entre les sexes.

Les Suédois, enfin, ont depuis une bonne décennie cessé d'être vraiment «cool» au travail; ici aussi, le stress et le burn-out font partie du quotidien, et ce, malgré le poids incomparable des syndicats. Bref, le «modèle» n'est pas parfait, et tant mieux: cela force les Suédois à débattre, réfléchir, et se remettre périodiquement en cause.

Sans doute devrions-nous, nous aussi, étudier ce petit royaume avec un regard plus lucide...

Catherine Bernard

Catherine Bernard Journaliste

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