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Saint-Tropez a un remède à la crise: les clients étrangers...

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 29.05.2013 à 12 h 08

Le mythique «village de pêcheurs» subit lui aussi les aléas de la météo et de la finance mondiale. Mais son statut de «destination de rêve» le préserve...

Le Château de la Messardière

Le Château de la Messardière

Il est prouvé que Saint-Tropez subit les effets de la crise économique: moins 30% de clients au printemps, des réservations en panne, et des prix peu amènes dans les hôtels et les restaurants qui n’ont jamais été si nombreux.

A la morosité ambiante s’ajoutent les effets néfastes de la météo ces derniers week-ends: la pluie est le plus sûr ennemi des vacanciers de la Riviera. Le soleil demeure le déclencheur quasi-mécanique des locations. Alors, que seront juillet et août, le cœur vivant des vacances azuréennes?

Pour l’heure, les chiffres reflètent la stagnation, le recul de la fréquentation partout sur la Côte d’Azur: moins 40% à Monaco. A Saint-Tropez, l’an dernier, six hôtels nouveaux ont été rénovés, un seul créé en 2013, l’Hôtel de Paris, à côté de la gendarmerie des films de Louis de Funès –un musée devrait voir le jour sur l’emplacement en 2014.

De fait, la crise a fini par atteindre le marché immobilier, la baisse des prix des logements dépasse les 3% contre une hausse vertigineuse de 90% en dix ans pour les appartements neufs et 104% touchant les terrains à bâtir. «Pour la première fois depuis une décennie, on a constaté en fin d’année une double baisse des volumes et des prix», expliquait le 16 mai Philippe Audibert, président de la Chambre des Notaires du Var.

En 2012, dans l’ancien, les ventes d’appartements et de maisons ont chuté de 12% à 50%, celles des terrains à bâtir de 8%, sans compter des écarts faramineux entre l’arrière-pays et le littoral. Et les agents immobiliers regorgent de superbes demeures dans des sites protégés –les parcs de Saint-Tropez– dont les prix moyens vont de 5 millions à 40 millions d’euros. Les ventes dans le grand luxe sont atones.

A la mairie de la Cité du Bailli, c’est la consternation. Les droits de mutation n’ont produit ces derniers mois que 600.000 euros contre 2,2 millions d’euros en 2011. De fait, les amoureux de Saint-Tropez se sont rabattus sur des locations estivales à tous les prix pour la période de juillet-août et sur des séjours façon farniente dans des hôtels proches des plages ou dans l’éventail des palaces réputés pour l’ambiance tropézienne, le chic, les prestations, la table, les spas, la piscine, le night-club, comme les Caves du Roy au Byblos.

Avec le temps, Saint-Tropez est devenu la troisième destination préférée des étrangers et des nouvelles couches de grands clients, comme les Américains du Sud, les Brésiliens, les Turcs et les Italiens. Pour ces segments de clientèle aux moyens souvent illimités, des accros aux festivités tropéziennes, nuits interminables, déjeuners au Club 55 jusqu’à 17 h et virées en mer, l’été s’annonce festif et animé.

«Il faut bien voir que les prémices de la saison, la Pentecôte et juin, n’ont rien à voir avec le reste de l’été», indique Alexandre Durand-Viel, le quadra distingué à la tête du Château de la Messardière, l’un des trois palaces de Saint-Tropez. «Concernant le taux d’occupation, je ne suis pas inquiet car les fidèles sont des abonnés réguliers du Château. Saint-Tropez est vécu par ces visiteurs comme un must des vacances à la française

Au cœur du village, même son de cloche au Byblos du groupe Floirat. L’hôtel provençal de la jet-set a capitalisé en un demi-siècle une formidable notoriété. «Dès novembre 2012, les mois de juillet et août 2013 affichaient complet. Il faut dire qu’avec 88% de touristes étrangers, nous échappons à la sinistrose européenne», souligne Christophe Chauvin, directeur général du Byblos.

«Cet hiver, au show case de Sao Polo, j’ai été assailli par des réservations de Brésiliens. Je ne savais où donner de la tête et j’étais en rupture de cartes de visite. Les Argentins et les Sud-Américains en général adorent la gaieté de Saint-Tropez, la vie à la mer, les soirées au champagne, c’est pour eux que nous avons acquis un yacht de 20 mètres, loué 3.850 euros la journée –la navigation vers l’île de Porquerolles est au programme de l’été.»

Les réservations de dernière minute, selon l’humeur des vacanciers, le climat et les disponibilités financières –la Bourse en hausse est un facteur de loisirs– tout cela a modifié le planning sinusoïdal de l’hôtellerie tropézienne. Les orages de la Pentecôte ont vidé les quatre et cinq étoiles, mais le CAC 40 à plus de 4.000 points a insufflé de l’optimisme à tous les cadres du secteur dont certains ne cachent pas l’exagération néfaste des nuitées à 1.000 euros et au-delà, jusqu’à 10.000 euros pour les suites d’exception.

Le dernier-né, l’Hôtel de Paris, en pleine ville, inventé en 1930, a été loué tout le mois d’avril par Mercedes afin d’y loger des journalistes de tous pays venus essayer les derniers modèles –320 euros la nuit. «Oui, c’est un tarif raisonnable pour les invités d’une société mondiale qui a préféré Saint-Tropez à Monaco et son Rocher», note Francis Longuève, ancien directeur général de l’Hôtel de Paris à Monte-Carlo.

«Dans cet hôtel de style contemporain avec un spa, une piscine sur le toit et des salons de réception, nous voulons offrir un rapport qualité-prix-destination imbattable. Disons-le, on a oublié d’écouter les clients: l’hôtellerie est un univers comparatif et les gens d’affaires que nous recevons doivent veiller à leurs dépenses.»

A dire vrai, l’image bling-bling de Saint-Tropez l’été est en train de se ternir. Les délires de boissons aspergées sur les plages de Ramatuelle, ces jéroboams de Cristal Roederer à 35.000 euros, les folies des fringues dans les boutiques de grandes marques –Dior, Chanel, Moët Hennessy ont acquis des villas en pleine ville– tout ce folklore local, les marchands de sandales, de maillots de bains mini, les tartes tropéziennes pleines de crème, la boule de glace à 4 euros, le club sandwich au poulet de batterie à 12 euros, les toilettes payantes sur le port, les nuits folles avec DJ sur les yachts en parade sur le quai face à Sénéquier, tout ce cinéma friqué a fini par horripiler la population locale et les vrais amoureux de la cité ancestrale du Bailli. Il est peu dire que le Var vallonné, vert et sauvage est vivifiant et vaut tellement mieux que ces singeries modernes et décadentes.

William MacIntosh, agent immobilier à Saint-Tropez, venu de Vancouver, au Canada, voici vingt ans le dit clairement:

«Bien que Saint-Tropez jouisse d’une réputation méritée comme destination de célébrités et de la jet-set internationale, il y a aussi des éléments culturels et artistiques qui sont difficiles à apprécier si l’on ne vit pas dans cet ancien village de pêcheurs cher à Cézanne.»

Oui, il y a une vie en dehors du bling-bling.

En fait, l’été 2013 affiche un programme captivant de manifestations culturelles, de soirées musicales, d’expositions ponctuelles, de rencontres littéraires organisées par la municipalité et des particuliers attachés aux joies de l’esprit et au supplément d’âme apporté par l’art, la beauté et le rêve. Voici un ensemble de rendez-vous à venir:

  • Exposition de sculptures monumentales d’Antoni Clavé en ville.
  • Exposition Maurice de Vlaminck «Les années décisives» au Musée de l’Annonciade.
  • L’univers d’Hugo Pratt et de Corto Maltese à la salle Léon-Gambetta.
  • Exposition sur le Bailli de Suffren et la Chevalerie de l’Ordre de Malte, salle Jean Despas. Conférence de Daniel Rondeau, écrivain, ex-ambassadeur de France à Malte, aujourd’hui à l’Unesco, le 7 septembre à 18h30.
  • Les Nuits Musicales du Château de la Moutte: les pianistes Boris Berezovsky, Nicolaï Lugansky, les grands airs d’opéra au programme considérable, du 26 juillet au 17 août.
  • Les concerts d’orgue à l’église de Saint-Tropez, 17 h, entrée libre.
  • Le Printemps musical de la Société des amis de la musique, concerts du pianiste David Bismuth, Bach, Chopin, Schumann, Schubert, le 22 juin au Théâtre de la Renaissance, 18h, puis le 7 septembre, les 10 et 24 octobre, autres programmes.
  • Festival de musique à l’Épi-Plage, quatre concerts: le Barbier de Séville le 28 juin à 21 h, Bertrand Pierre chante Hugo le 29 juin, récital de piano d’Yves Henry à 21h, Tosca de Puccini le 6 juillet.
  • Prix Messardière du roman de l’été, trois écrivains en piste: Didier Van Cauwelaert pour La femme de nos vies, Alexandra Lapierre pour Je te vois reine des quatre parties du monde, Tobie Nathan pour Les nuits de patience le 14 juin, débat en public au Château avec le jury.

Ce combat de l’élite pour l’éclectisme culturel et contre la pollution des esprits ne cesse de s’amplifier. Jadis, le programme estival des réjouissances n’allait pas au-delà des compétitions nautiques, comme les Voiles Latines, des régates de 400 marins, le Trophée du Bailli de Suffren ou les Voiles de Saint-Tropez (ex-Nioulargue), le 28 septembre.

Désormais la culture diverse, vivante, enrichissante pour les «honnêtes gens» façon XVIIIe siècle prend le pas sur le bling-bling tapageur à tel point que les Tropéziens de souche conseillent d’éviter les hordes en tongs de juillet-août pour venir séjourner en septembre-octobre et l’hiver dans le village de légende où Et Dieu créa la femme fut tourné par Roger Vadim.

En sortant du concert de piano du virtuose David Kadouch –Chopin et Moussorgski– au Théâtre de la Renaissance, place des Lices (260 mélomanes) le maire Jean-Pierre Tuveri, enchanté de voir la salle pleine confie:

«Ce village mondialement connu offre 180 prestations et services culturels durant l’année. C’est en dehors du rush frénétique des deux mois d’été que Saint-Tropez révèle sa vraie identité de village de pêcheurs et de résidents soucieux d’un art de vivre en Provence, proche de la nature et des sites protégés. Il y a dans ces lieux côtiers un charme suranné et une harmonie bienveillante, une sorte de douceur inhérente à la presqu’île que nous tentons de maintenir dans son histoire porteuse de leçons.»

Nicolas de Rabaudy

Parmi les 80 hôtels recensés par l’Office de Tourisme, le Michelin retient une sélection de 35 enseignes. Voici un aperçu d’établissements en vue:

  • Résidence de la Pinède Sur la plage de la Bouillabaisse, à la sortie de Saint-Tropez, cette belle demeure au bord de l’eau accueille Arnaud Donckele, 36 ans, le seul chef trois étoiles de l’année, un disciple d’Alain Ducasse que les ressources et produits de la Côte d’Azur stimulent pour un récital extraordinaire de préparations sidérantes d’originalité: le pot-au-feu de homard et pintade fermière aux légumes et gingembre (102 euros), l’agneau de Sisteron en deux services (104 euros) et la volaille jaune en deux assiettes (125 euros). Un talent magistral qui confine au génie. Très cher mais enchanteur pour les fins palais. Le plus grand restaurant de la Côte d’Azur avec le Louis XV à Monaco. Déjeuner plus simple: poissons grillés, pâtes et burgers. 39 chambres à partir de 400 euros selon la saison. Tél.: 04 94 55 91 00.
  • Le Château de la Messardière Au-dessus du village, sur une île verte donnant sur le splendide panorama varois, une demeure kitsch logée dans un parc de onze hectares aux essences rares: une oasis de paix et de farniente loin de la foule déchaînée. Piscine, spa, cuisine élégante de David Millet, ancien chef des Airelles à Courchevel. Carte d’une vingtaine de plats travaillés en hommage à la Provence et à la Méditerranée. Menu à 60 euros au déjeuner. Carte de 80 à 120 euros. Chambres à partir de 350 euros. Navettes. Route de Tahiti. Tél.: 04 94 56 76 00.
  • Le Byblos Au cœur du village, le palace le plus connu de Saint-Tropez, une institution pour la clientèle étrangère l’été (82%). Le soir, autour de la piscine, le cœur du Byblos, des centaines de noctambules éclusent du champagne Roederer. Au Rivea, le nouveau restaurant imaginé par Alain Ducasse, un mix de plats italiens de tradition: pizzetta, vitello tonnato, salade Riviera. De 50 euros à 60 euros, très raisonnable pour un dîner décontracté. 20 avenue Paul Signac. Tél.: 04 94 56 68 00. Chambres à partir de 610 euros.
  • L’Hôtel de Paris Un superbe bâtiment contemporain, décoré par Sybille de Margerie, en plein centre, tout près du port et de la place des Lices. Bon confort, vue superbe sur les toits de Saint-Tropez et les yachts. Cuisine au Suffren Café by Georges Blanc, le chef trois étoiles de Vonnas (Ain) qui a marié des plats méditerranéens et les influences lyonnaises: la quenelle de brochet homardine (28 euros), la volaille de Bresse à l’estragon, riz basmati (42 euros), les sardines en escabèche et saumon mariné (19 euros). Patio dans un espace paysagé, longue terrasse, lounge bar, très couru le soir, salle d’espace événementiel. Chambres à partir de 320 euros. 1 traverse de la Gendarmerie. Tél.: 04 83 09 60 00.
  • Le Sube Nouveau look pour ce petit hôtel mythique, face au port et aux yachts, une situation de rêve, et un bar apprécié des marins. 23 chambres à partir de 150 euros. 15 quai Suffren. Tél.: 04 94 97 30 04.
  • White 1921 Dans l’ancienne Maison Blanche, le groupe Moët Hennessy a installé huit chambres et trois suites à partir de 260 euros au-dessus du bar à champagnes, rendez-vous des Tropéziens et des noctambules. Une adresse unique par sa localisation place des Lices. Tél.: 04 94 45 50 50.
  • Le Colombier Dans une ruelle proche de la place des Lices, un petit hôtel accueillant à des prix raisonnables à Saint-Tropez. 10 chambres à partir de 100 euros. Impasse des Conquettes. Tél.: 04 94 97 05 31.
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