Economie

L'économie s'expose enfin

Catherine Bernard, mis à jour le 10.06.2013 à 15 h 40

Jusqu'en janvier 2014, elle s'invite à la Cité des Sciences et de l'Industrie. Une initiative pas banale.

L'exposition de la Cité des Sciences et de l'Industrie © Jean-Pierre ATTAL

L'exposition de la Cité des Sciences et de l'Industrie © Jean-Pierre ATTAL

«L'économie, krach, boom, mue?» Tel est le titre de l'exposition que la Cité des Sciences et de l'Industrie consacre, depuis fin mars, à cet objet bizarroïde qu'est, pour elle, la science économique.

«L'idée était dans l'air depuis des années», explique Marie-Pierre Lahalle, directrice adjointe au service des expositions. «Car l'économie compte énormément dans nos vies, et est, somme toute, quelque chose de très humain. Or la mission de notre musée est bien de donner des clés pour mieux comprendre les sciences, y compris humaines.»

Evidemment, l'équipe de la Cité des Sciences –Marie-Pierre Lahalle le reconnaît– est bien mieux armée pour parler de biométrie ou d'astronomie que d'économie. Alors, elle a fait appel aux compétences de la Banque de France, partenaire de cette exposition, et qui teste par la même occasion ce à quoi pourra ressembler la «Cité de l'Economie» qu'elle ouvrira en 2015. Et constitué un comité scientifique comptant une vingtaine d'économistes et de journalistes économiques, mêlant Paul Jorion et David Thesmar, Philippe Askenazy et Olivier Garnier, entre autres.  

Mais si le musée a voulu se rassurer sur le fond, la forme, elle, se veut résolument jeune et ludique. «L'économie, c'est vous!», affirme du reste la pancarte d'entrée. Il s'agit bien de séduire le néophyte, et notamment les lycéens et étudiants qui, pour les premiers, viennent effectivement en visite scolaire et semblent s'en donner à coeur joie. Car l'exposition est tout sauf intimidante. Elle est truffée d'animations, de vidéos, et de multiples jeux. 

A l'entrée, par exemple, trois photographies prises par le photographe Matthieu Sartre illustrent bien plus qu'un long discours la question:

«Peut-on se passer de produits importés?»

Un professeur de ski de fond, un musicien, et un vétérinaire sont immortalisés en plein travail, avec vêtements, outils et accessoires. Puis, dans la même posture, mais une fois ôtés tous les objets importés. Le skieur se retrouve nu, le vétérinaire doit porter le chien à opérer dans ses bras et le musicien ne peut plus guère enregistrer ses compositions.

Dans cette optique du «made in world», le visiteur peut passer quelques produits dans un scanner qui révèle de quelques parties du monde viennent ses différents composants. Du yaourt à la crème anti-âge, de l'avion au jean, l'opération donne bien souvent le tourni.

Plus loin, une fausse émission radiophonique permet de mieux comprendre l'impressionnant arbre  des économistes, et de ne pas perdre le fil entre les courants des néokeynésiens, des partisans de l'économie expérimentales ou des nouveaux classiques.

Des jeux de rôles permettent ensuite de tester la composante humaine de la science économique: comment peut-on inciter les acteurs à collaborer?

Il suffit de regarder comment chacun compose, au restaurant, son menu, selon qu'il sait s'il va lui-même payer l'addition ou si celle-ci sera partagée. Les visiteurs peuvent aussi tester leur goût –ou leur aversion– du risque: préfèrent-ils recevoir 250 euros à coup sûr ou 500 euros avec 50% de chance?

L'élasticité prix des produits, kezako? De grosses balances montrent comment la demande de pain/de billets d'avion/ de parfum ou d'essence évolue lorsque leur prix augmente. Le pain diminue peu: il faut bien en manger. Le marché des billets d'avion s'effondre, celui de l'essence prend un certain temps à accuser le coup, tandis que les ventes de parfums ont tendance à monter avec le prix...

L'attraction la plus visitée est bien sûr celle de la salle de marché: ici, chacun boursicote pendant l'équivalent de 4 semaines sur deux titres. Et voit, au final, s'afficher la progression de son portefeuille. Pour le plus grand plaisir de certains lycéens...

Combien économisons-nous chaque semaine en faisant nous-même du travail domestique? Quelle est l'importance de l'économie souterraine? Et comment se classent les pays si l'on ne prend pas en compte le PIB, mais le bonheur? Doit-on toujours favoriser la concurrence?

L'exposition pose des questions simples, y répond clairement, tout comme le livre réalisé en parallèle, Le B.A.-ba de l'écononomie contemporaire.

Deux regrets cependant: si d'excellentes fresques retracent les grandes crises économiques, peu d'explications sont données. Tout comme est largement passé sous silence le poids du secteur financier dans l'économie. Et les crises. Ou encore les bouleversements introduits par l'économie numérique. 

Enfin, le visiteur repartira avec peu de pistes de réflexion pour l'avenir: à quoi ressemblera l'économie demain? Comment concilier développement et climat? Croissance et bonheur? Juguler la spéculation? Les seules pistes sont données par des vidéos d'économistes. Intéressants, certes, mais décidément très (trop) sages.

On aurait attendu quelques expériences un peu plus décoiffantes: pourquoi ne pas avoir créé des jeux de rôles mettant en oeuvre des monnaies complémentaires, ou un système où chacun aurait une quantité limitée de crédits carbone?

Dommage, mais sans doute faut-il déjà se satisfaire d'une telle initiative, première en son genre, et déjà bien réussie.

Catherine Bernard

L'économie: krach, boom, mue? Exposition temporaire du 26 mars 2013 au 5 janvier 2014 | Cité des sciences et de l'industrie | 30 avenue Corentin Cariou. 75019 Paris | Métro Porte de La Villette.
Une exposition en trois langues: français, anglais et espagnol, accessible aux jeunes à partir de 15 ans.
Horaires d'ouverture: du mardi au samedi de 10h à 18h et le dimanche de 10h à 19h.
Tarifs:  8 € / 6 €

 

Catherine Bernard
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