Monde

Le SPD, un passé honorable, un futur incertain en Allemagne

Daniel Vernet, mis à jour le 24.05.2013 à 6 h 55

Le parti social-démocrate allemand, qui fête son 150e anniversaire, étend son influence en Europe sur les partis progressistes. Quant à réussir à convertir les électeurs allemands de détrôner Merkel...

Les deux anciens chanceliers Helmut Schmidt et Gerhard Schroeder lors des célébrations pour le 150e du SPD, le 23 mai. REUTERS//Kay Nietfeld/Pool

Les deux anciens chanceliers Helmut Schmidt et Gerhard Schroeder lors des célébrations pour le 150e du SPD, le 23 mai. REUTERS//Kay Nietfeld/Pool

François Hollande y était, pas mécontent de montrer sa proximité avec ses «camarades» sociaux-démocrates allemands qui espèrent quitter l’opposition après les élections législatives du 23 septembre. Mais il y avait aussi Angela Merkel, la chancelière présidente de l’Union chrétienne-démocrate.

A la veille de la célébration du 150e anniversaire du Parti social-démocrate allemand (SPD), elle s’était fendu d’un télégramme de félicitations vantant «une voix inflexible de la démocratie» et elle a assisté à la «grand-messe» de Leipzig. C’est dans cette ville que fut fondée, le 23 mai 1863 par Ferdinand Lassalle, l’Association générale des travailleurs allemands, une des ancêtres du SPD.

Ainsi va la démocratie dans la République fédérale d’Allemagne. Les rivaux de l’automne fêtent l’un des leurs, en attendant de s’affronter pendant la campagne électorale, avant peut-être de se retrouver dans le même gouvernement.

Il y a une autre raison que ces bonnes mœurs politiques pour expliquer cette atmosphère «embrassons-nous folle ville» des célébrations de Leipzig. L’Allemagne moderne n’a pas beaucoup d’occasions de se référer à un passé honorable. Elle se doit de ne pas manquer celles qui se présentent.

L’anniversaire du SPD en est une. Comme l’a dit François Hollande, les sociaux-démocrates allemands ont tout lieu d’être «fiers» de leur histoire. Né en 1890 de la fusion de l’Association générale des travailleurs allemands et du Parti socialiste ouvrier d’Allemagne, de tendance marxiste, le Parti social-démocrate a contribué à modeler l’histoire allemande, depuis l’empire bismarckien jusqu’à la République fédérale, en passant par Weimar, la résistance au nazisme et la reconstruction d’après la Deuxième guerre mondiale.

La première expérience démocratique allemande

Toujours, dans sa grande majorité, il s’est retrouvé du côté des défenseurs de la démocratie et de la liberté, contre l’oppression et les dictatures. Certes son parcours n’a pas été sans vicissitudes. Dès sa naissance, il a été en butte aux Sozialistengesetze (les lois antisocialistes) de Bismarck, qui l’ont contraint à une quasi-clandestinité. Pour combattre son influence dans la classe ouvrière, le chancelier de fer créa le premier système étatique de sécurité sociale.

Non sans avoir dénoncé les préparatifs de la «guerre impérialiste», le SPD se rallia en 1914 à la mobilisation générale, à l’instar de la plupart des partis socialistes européens dans leurs pays respectifs.

Après avoir subi la répression des lois antisocialistes, il en espérait la reconnaissance de son intégration dans la nation allemande. Et de fait, il joua un rôle déterminant à la fin de la Première guerre mondiale dans la chute de l’empereur Guillaume II et l’avènement de la République de Weimar, contre les communistes et les groupuscules de l’extrême gauche.

Mais il ne parvint pas à sauver la première expérience démocratique sur le sol allemand. L’opposition, parfois violente, entre les sociaux-démocrates et les communistes contribua à la victoire du nazisme. Jusqu’au bout pourtant, le SPD se dressa contre Hitler en refusant de lui voter les pleins pouvoirs, le 23 mars 1933, contrairement à la majorité du parti du Zentrum (Centre), lointain ancêtre de la démocratie chrétienne d’Angela Merkel. Nombre de ses dirigeants et de ses militants payèrent cette opposition de leur vie ou de leur liberté.

Au retour des camps, après la défaite du nazisme, les sociaux-démocrates ont milité pour l’unité de l’Allemagne et critiqué la politique du chancelier Adenauer qu’ils accusaient de s’accommoder de la division en deux Etats. Pourtant, à l’Est, ils étaient de nouveau victimes de la répression, de la part des autorités communistes cette fois, qui les avaient forcés à se fondre dans un Parti socialiste unifié (SED).

Une Alliance progressiste

Le grand tournant dans l’histoire contemporaine du SPD se situe en 1959, au congrès de Bad-Godesberg. La social-démocratie allemande rompt officiellement avec le marxisme, se rallie à l’économie de marché et à ma construction européenne. Bad-Godesberg, cette banlieue chic de Bonn, est entrée dans la mythologie des partis socialistes européens comme le symbole du réformisme triomphant.

Le SPD devra attendre encore sept ans pour participer au pouvoir dans la RFA et dix ans pour désigner un chancelier issu de ses rangs, en l’occurrence Willy Brandt, après une courte victoire en 1969.

Helmut Schmidt lui succédera de 1974 à 1982 et il lui faudra patienter jusqu’en 1998 pour revenir au pouvoir avec Gerhard Schröder, dans une coalition avec les Verts.

Le SPD a pesé sur la politique allemande pendant un siècle et demi sans avoir été au pouvoir plus d’une trentaine d’années au total. Dans la République fédérale, il a eu des concurrents sur sa gauche, les Verts à partir des années 1980 puis aujourd’hui Die Linke, la gauche radicale, rassemblement de sociaux-démocrates déçus et d’anciens communistes de l’Est (qui n’était invitée aux célébrations de Leipzig).

Mais son principal rival reste la démocratie-chrétienne, l’autre Volkspartei , un parti populaire qui sans avoir les mêmes liens avec les syndicats de salariés, s’adresse aux même catégories d’électeurs.

Après avoir tâté de la «troisième voie» avec les travaillistes du temps de Tony Blair, le SPD vient de susciter, à la veille de son anniversaire, la création d’une Alliance progressiste regroupant quelque 70 partis socialistes, sociaux-démocrates et démocrates de par le monde. Les socialistes français s’y sont joints.

Officiellement, il ne s’agit pas d’enterrer la vieille Internationale socialiste dont Willy Brandt, avant Pierre Mauroy, fut un président éminent. Mais l’IS est maintenant présidée par George Papandreou qui sent le soufre après sa gestion calamiteuse de la crise grecque et surtout elle a longtemps toléré en son sein des partis et des dirigeants peu recommandables, d’Hosni Moubarak ou Ben Ali à Daniel Ortega.

En resserrant les rangs des partis progressistes qui acceptent le réformisme professé en Allemagne depuis plus d’un demi-siècle, le SPD compte renforcer son influence internationale… à défaut de pouvoir, à court terme, détrôner le centre-droit d’Angela Merkel.

Daniel Vernet

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