France

Comment nous avons classé 100 Françaises influentes

Johan Hufnagel, mis à jour le 23.05.2013 à 14 h 49

Avec une grosse dose de méthode, un peu de vote et un soupçon de subjectivité.

Compétition féminine de culturisme en Allemagne en 2011. REUTERS/Ina Fassbender

Compétition féminine de culturisme en Allemagne en 2011. REUTERS/Ina Fassbender

«- Allo, bonjour, c’est AdopteunMec…

- Bonjour...

- Ne raccrochez pas, on a une idée qui pourrait vous intéresser! On voudrait faire un classement des Françaises les plus influentes, et on aimerait le faire avec Slate.

- [en apparté: ah, mince, bonne idée, Slate qui s’intéresse beaucoup aux questions de féminisme, de sexisme, de genre, aurait dû l’avoir avant!] Ah oui, bonne idée, ça pourrait être intéressant, parlons-en.»

Voici, grossièrement résumé, comment l’idée de ce classement des Françaises les plus influentes nous est venue —ou plutôt parvenue. Et voici comment, ce qui au départ semblait un classement compliqué à faire mais réalisable, est devenu une espèce de Tétris, d’arrachage de cheveux, de nuits hachées et de chamboule-tout, de prises de becs [1].

Qui sont les 100 Françaises les plus influentes?

Il y avait aussi un petit côté sujet de philo (c’est la saison), pour lequel il faut d’abord décortiquer chaque mot, et le situer dans l’ordre de la phrase, avant de plancher. LE (et donc pas UNCLASSEMENT (ça veut dire de 1 à XX) des 100 (pas 10 ni 102, mais 100, bonjour l’arbitraire) FRANÇAISES (le classement des 100 femmes les plus influentes du monde, Forbes fait ça chaque année depuis 2004, et les Françaises s’en sortent pas si mal; Françaises ou habitant en France ?) les PLUS influentes (ça veut dire qu’il faut mesurer cette influence) de 2013 (donc, pas 2012, ni 1983-2013), soit l’année en cours, alors qu'elle n'est pas terminée.

Autant de paramètres difficilement mesurables, avec une énorme part d’arbitraire. Réglons d’abord le cas philosophique du classement, parfois appelé top, listes. Le classement est partie intégrante d’Internet. On y fait des classements sur tout. Il y a des sites de classements par exemple, et les lois des Internets sont classées (de 1 à 47)Fermons le ban.

Prenons ensuite le critère de l’influence. Comment ça se mesure une influence? A un chiffre d’affaires? Au nombre de citations dans les médias? A un nombre de followers sur Twitter ou de fans sur Facebook? C’est une possibilité, mais quid des femmes de l’ombre? Celles dont les médias ne parlent jamais mais qui ont un rôle de conseillère? Que dire des chercheuses dont on n'entend jamais parler mais qui travaillent chaque jour sur des problèmes aussi importants que le cancer? Et comment mesurer cette influence? Puis comment la comparer? Christine Lagarde, première de ce classement, est-elle beaucoup plus influente que Marion Cotillard?

Certes, on peut estimer que la première, par son rôle de patronne du FMI, influence davantage la vie de millions de personnes sur la planète par les politiques que l'institution engage (demandez aux Grecs si elle n'est pas influente!). Mais Marion Cotillard, que les réalisateurs français et américains s’arrachent, n’est-elle pas plus directement influente sur des milliers de Français et de Françaises qui souhaitent faire son métier, et voient en elle l'exemple qu'un Frenchy peut trouver la gloire à Hollywood?

Ce genre de questions, il fallait se la poser sur chacune des femmes qui ont intégré le classement. Et si dans le cas de Lagarde vs Cotillard, la réponse semble aller de soi, ce n’était pas évident pour tous.

Il y a donc une part très subjective dans un classement, qui est évidemment le fruit d’un choix éditorial, et nous remercions AdopteUnMec d’avoir pensé à Slate pour lui confier le soin de régler ces critères plus ou moins objectifs.

Prenons l’exemple, récent, des débats sur le mariage ouvert aux personnes de même sexe. Frigide Barjot, figure médiatique du mouvement, est-elle influente? Et pourquoi? Plus ou moins que Béatrice Bourges, qui ne figure finalement pas dans notre classement? Et si oui, cette influence va-t-elle durer alors que la loi autorisant le mariage a été publiée au Journal officiel ce samedi et que les premières unions vont être célébrées d’ici quelques semaines? Si le classement avait été publié plus tôt cette année, la pasionaria des anti-mariage se serait sans doute retrouvée plus haut dans ce top 100.

C'est indéniable, l'actualité a joué un rôle important dans l'établissement de ce classement. Elle explique largement le nombre élevé de femmes de gauche dans le haut de cette liste. L'alliance rose-verte au pouvoir depuis un an a en effet joué le jeu de la parité à l'Assemblée (sur les 155 femmes députés élues en 2012, 119 sont de gauche) et au gouvernement: elles sont plus nombreuses à prendre des initiatives et lancer les débats. Il était logique que les femmes de droite — il reste un petit bataillon de 20 députées UMP— comme Nathalie Kociusco-Morizet ou Valérie Pécresse se retrouvent dans le ventre mou du classement. (Enfin, si on excepte la numéro 1 de ce classement, ancienne ministre de droite, et Marine Le Pen, la présidente du FN, qu’on ne peut pas classer à gauche…).

La touche éditoriale permet d’équilibrer ce panorama, dans lequel on essaie de mettre en avant des gens archis connus, de faire des paris sur l’avenir, etc. Il y a même un coefficient de sympathie qui peut jouer, à la marge. C'est pour cela que Bérengère Krief se trouve si haut placé. Plus que de soupeser la place de chacun, il faut établir et lire cette liste comme un ensemble.

Et puis il y avait à régler le classement ou les classements. Fallait-il un classement pour les politiques, un autre pour les femmes d’affaires, un autre pour les intellectuelles, les chercheuses, les femmes de culture, les journalistes et de communication (et d’ailleurs, fallait-il intégrer les journalistes)? Ou un seul classement? Faire le choix de plusieurs classements aurait peut-être eu l’avantage de régler les problèmes de critères d’influence, et de choisir des critères, sinon objectifs, au moins communs aux nommées de chaque classement. Mais refuser de classer de 1 à 100 aurait aussi pu être une sorte de facilité, qui nous empêche de faire des choix (et de nous prendre autant la tête, mais ceci est une autre histoire).

Comment avons-nous procédé ?

D’abord, établir une liste de femmes que nous pouvions considérer comme influentes. Avec une peur, en oublier une. Celle qui a VRAIMENT de l’influence sur le cours des événements, mais parce qu’elle est inconnue, méconnue, ou parce qu'on n'avait pas assez dormi, serait passée entre les mailles de nos filets. D’avance, madame, excusez-nous.

Nous sommes partis sur une première liste de 600 noms environ, récoltés auprès des journalistes et chroniqueurs de Slate.fr et de l’équipe d’AdopteUnMec. Cette première liste élargie, nous l’avons divisée en cinq sous listes: les politiques, les femmes d’affaires, les intellectuelles, les chercheuses, et les journalistes. Et comme pour toutes les bonnes sauces, nous avons laissé réduire jusqu’à avoir une liste, cohérente, de 30 noms de femmes (environ) par liste. Soit plus ou moins 150 noms, connues ou moins connues, jeunes ou moins jeunes, influentes parce qu’elles ont une prise sur le cours des choses en 2013, ou parce leurs parcours sont des références.

Ces cinq listes ont ensuite été soumises, début mai, au suffrage d’un collège de journalistes, chroniqueurs, experts, qui pouvaient voter pour 10 noms dans chaque catégorie. Il suffisait ensuite de calculer ces votes, et le tour était joué.

Votre classement

Nous sommes conscients que ce classement est discutable, «débattable» et que chacun d’entre vous aurait «plutôt vu unetelle à la 17e position, plutôt qu’à la 67e, parce que vraiment, Slate, là, c’est nimp!» Et que «mettre Anne Hidalgo derrière Martine Aubry, ça montre bien que vous n'avez rien compris».

Parce que vous allez forcément vous dire qu'on a oublié une telle et que telle autre n'aurait jamais dû être aussi haut / aussi bas, vous pouvez procéder à un contre-classement. Il aura aussi ses défauts, puisque nous ne pouvons pas vous empêcher de voter plusieurs fois, même si –tout plein de croyance en votre bonté– nous vous demandons de ne pas le faire, histoire d'arriver à un résultat qui se tient. Nous sommes en train de compter vos votes, et vous dirons rapidement ce qu'il en est!

Johan Hufnagel

[1] Classement par Fanny Arlandis, Cécile Dehesdin, Johan Hufnagel et Charlotte Pudlowski + le collège de votants de Slate. Retour à l'article

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