Economie

«New Deal» à la française: alors, ça vient?

Gilles Bridier, mis à jour le 28.05.2013 à 14 h 42

L’Etat stratège version Hollande cible des secteurs prioritaires et des grands travaux d’infrastructures. Mais les idées nouvelles commencent à vieillir: le discours était déjà le même avant l’élection de 2012. Un an plus tard, on attend toujours...

Cécile Duflot et François Hollande sur un chantier, le 1er février 2013.  REUTERS/Philippe Wojazer.

Cécile Duflot et François Hollande sur un chantier, le 1er février 2013. REUTERS/Philippe Wojazer.

Quand est-ce qu’on va enfin se retrousser les manches? A l’occasion de sa conférence de presse du 16 mai, François Hollande a confirmé le retour de l’Etat stratège annoncé dix jours plus tôt par son Premier ministre, lorsque celui-ci avait remis au goût du jour la réduction des participations publiques au capital des entreprises. Pour le président de la République, il est temps que l’Etat joue un rôle moteur dans la relance de l’activité en ciblant des secteurs clés, et en dégageant pour cela de nouvelles recettes.

Les secteurs? On les connaît: la transition énergétique, le numérique, la santé et des grands travaux d’infrastructures pour faire bonne mesure. Rien de nouveau dans ce programme, François Hollande les a seulement rappelés. Car on retrouve les mêmes secteurs que ceux qui avaient déjà été ciblés fin 2009 dans le cadre des investissements d’avenir, pour profiter de l’effet d’entraînement du Grand emprunt de Nicolas Sarkozy, avec 35 milliards d’euros à la clé. François Hollande y a lui-même fait référence.

Depuis que cette dynamique a été lancée, René Ricol, qui fut le premier aux manettes du Commissariat général à l’investissement, puis Louis Gallois, qui a repris le flambeau, ont fait progresser les dossiers et décidé d’attributions. Ainsi, en janvier dernier, 28 milliards d’euros avaient déjà été affectés à des projets et 4,4 milliards d’euros étaient en cours d’attribution pour servir des priorités du gouvernement, comme la rénovation thermique des logements et le déploiement du très haut débit (THD).

La numérisation, l’e-santé et les bornes de recharge pour les véhicules électriques font partie des plus récents dossiers étudiés par le commissariat. Le Grenelle de l’Environnement avait déjà tracé des pistes… il y a près de six ans. Bref, dans les «idées nouvelles» pour une relance de l’activité, le seul élément vraiment nouveau que l’on pourrait espérer serait de voir fructifier les travaux engagés pour affecter ces fonds.

Or, les résultats se font toujours attendre, comme le démontre l’augmentation régulière du nombre de chômeurs au rythme de 1.000 nouveaux demandeurs d’emplois chaque jour. Manque d’engagement concret? La gouvernance de ces projets a tourné en rond.

Pourtant, le Commissariat général à l’investissement dépend directement de Matignon, ce qui devrait permettre d’accélérer les opérations. Le passage de relais de François Fillon à Jean-Marc Ayrault a-t-il été si compliqué que les effets du Grand emprunt, pourtant porté à l’origine à la fois par Alain Juppé et Michel Rocard, auraient été gelés? Aux affaires depuis un an, il est temps que le gouvernement fasse aboutir ces bonnes idées avant qu’elles n’apparaissent comme des idées creuses impossibles à mettre en œuvre.

Il en est de même des grands travaux d’infrastructures, dans l’esprit du New Deal américain de Roosevelt. On en parlait déjà avant l’élection de 2012. Un collectif de soutien à François Hollande, animé par l’économiste Pierre Larrouturou avait été constitué. Bien sûr, ces grands travaux supposent des investissements, et l’Etat croule sous les dettes. Mais pour lancer des projets, il existe des leviers qui ont été identifiés: la constitution de partenariats public-privé et l’appui de la Banque européenne d’investissement (BEI), qui ne demande qu’à être sollicitée.

Certes, il faut dégager d’autres moyens. La vente de participations de l’Etat dans des entreprises publiques (au total, une soixantaine de milliards d’euros) est une solution maintenant envisagée; elle aurait pu l’être plus tôt. Car un an après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, on en est encore à envisager les mêmes solutions que celles qui étaient déjà sur la table avant l’élection. Ce qui serait possible aujourd’hui ne l’était-il pas en 2012? A-t-on laissé passer, sur cette question, un an pour rien?

Ce ne sont pourtant pas les projets qui manquent. On sait depuis début mars que Jean-Marc Ayrault veut poursuivre l’idée du Grand Paris. Tant mieux: depuis un an, elle piétinait et les acteurs autour de ce projet se demandaient s’il se remettrait jamais du départ de son initiateur, Nicolas Sarkozy. L’idée d’un Grand Paris doit pourtant transcender les approches partisanes, et l’importance du débat public sur ce projet justifie qu’on ne remette pas les compteurs à zéro à chaque changement de gouvernement.

Autre dossier, le canal Seine-Nord Europe. Depuis trente ans, il n’est pas de gouvernement qui n’ait, à un moment ou un autre, considéré comme stratégique de créer une liaison fluviale à grand gabarit reliant le nord de la France et l’Ile-de-France à l’Europe du Nord. Et à nouveau, alors que tous les engagements semblaient avoir été pris, voilà le projet remis en question à cause de nouvelles estimations financières et de possibles dérapages. Tout le contraire de l’engagement de François Hollande en faveur des grands travaux.

De nouveaux experts doivent à nouveaux réviser les conclusions d’anciens expert, un nouveau ministre bloque les décisions de l’ancien... et pendant ce temps les entreprises de travaux publics n’embauchent pas, les différents métiers liés de la logistique voient les échéances reportées et les demandeurs d’emploi comptent les jours.

Même chose dans le ferroviaire. Parlait-on d’une liaison Lyon-Turin pour laquelle les tronçons d’un tunnel de service ont déjà été percés? La voilà remise à nouveau en question. Projetait-on une nouvelle ligne à grande vitesse vers le sud passant par Clermont-Ferrand pour délester l’axe Paris-Lyon surchargé? Le voilà lui-aussi remis en question, les critères de rentabilité d’hier ne semblant plus pertinents aujourd’hui.

On pourrait aussi rappeler aux experts que, s’agissant des projections de rentabilité et de trafic, ils se sont très souvent trompés, car la création d’une grande infrastructure modifie les paramètres économiques dans les régions concernées et les anticipations ne vont pas toujours dans le bon sens. Qui avait prédit que l’autoroute A1 ou la plateforme de Roissy-Charles de Gaulle seraient sous-utilisés?

Ainsi, alors que l’idée de grands travaux avait déjà bien mûri avant l’élection de François Hollande et que le chef de l’Etat veut la relancer, les dossiers auraient eu plutôt tendance à reculer au cours de cette année perdue pour un New Deal à la française. C’est en novembre que le chef de l’Etat devrait renouveler l’exercice d’une grande conférence de presse. Il ne pourra alors ressortir les mêmes idées nouvelles au service de la croissance et de l’emploi sans présenter un état d’avancement de projets prioritaires. Les études sont dans les tiroirs, les engagements ne peuvent plus être reportés.

Gilles Bridier

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Journaliste
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