Que faire avec l'Iran, par Jean-Marie Colombani
Un pouvoir acculé et adepte de la théorie du complot pourrait être tenté par une aventure extérieure.
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La grande difficulté avec l'Iran est que nous ne savons pas comment nous y prendre. Qu'il s'agisse des Etats Unis ou de l'Europe, personne ne peut prétendre avoir défini la bonne attitute. Il est vrai qu'il aurait fallu pouvoir, avant de définir une ligne, être sûr du diagnostic, mieux connaître l'Iran et la société iranienne. Or ce qui frappe, c'est la confusion — où le simplisme domine — dans les analyses qui sont à la disposition de nos gouvernements. Le système de pouvoir à Téhéran est en effet ramifié, sophistiqué, complexe et très difficile à appréhender; mais tout autant la société iranienne: si l'on connaît, à travers notamment l'ampleur des manifestations, le sentiment de la population de Téhéran et celui des étudiants, on connait moins bien les aspirations et les sentiments de l'Iran profond, celui qui a si longtemps soutenu, et qui soutient peut être encore, la dictature des mollahs.
Il est vrai aussi, à la décharge de ceux qui auraient pu fournir les instruments de la connaissance nécessaire, que la société iranienne est, depuis trente ans, verrouillée et cadenassée; il est donc très difficile d'y pénétrer et quasiment impossible pour des chercheurs et des universitaires d'y réaliser un travail approfondi et de longue durée. Nous sommes donc, par le fait même de ce manque d'informations et de données fiables, gênés dans la définition d'une attitude efficace.
En fait, aucune option ne paraît à ce stade convaincante. L'attitude traditionnelle, qui aurait consisté à tenir une ligne dure et fermée, était évidemment de nature à nourrir l'idée d'une ingérence occidentale; et donc de faciliter la reprise en mains par le pouvoir, au nom du nationalisme, d'une situation qui pouvait lui échapper. Mais à l'inverse, un profil plus prudent, plus attentiste et maintenant la porte ouverte du dialogue — schéma qui a été celui de la présidence américaine dès le début de la crise — conduit le pouvoir iranien à considérer qu'il peut réprimer autant qu'il lui plaît, puisqu'il est assuré d'une impunité internationale.
Il est vrai qu'Obama pouvait être légitimement méfiant à l'endroit de la première stratégie, celle de la fermeté, car elle avait déjà été utilisée par George Bush lui même, — on l'a vite oublié — quand les campus universitaires de Téhéran s'étaient embrasés. De l'attitude américaine d'alors, les étudiants avaient pu comprendre qu'ils seraient soutenus: ils se sont retrouvés en prison, pour ceux d'entre eux qui n'avaient pas été éliminés. A la vérité, nous sommes face à une dictature dont nous aurions tort de croire qu'elle agit de façon rationnelle. Mais comme toutes les dictatures, elle est manifestement prête à tout pour se maintenir au pouvoir. Ce qu'elle fait en tirant sur la foule des manifestants.
Certains pays arabes de la région ont cependant tendance à minimiser les dangers de la situation actuelle. Dangers qu'il faut rappeler: les cercles de pouvoir à Téhéran dont Ahmadinejad est le porte-parole, obsédés qu'ils sont par la théorie du complot — complot des Américains, complot des Juifs et complot des Anglais, comme l'a réaffirmé « le guide suprême », ces cercles de pouvoir donc veulent doter l'Iran de l'arme nucléaire.
Et dans les mains d'un pouvoir aussi irrationnel et aussi obsessionnel, ce n'est pas seulement la région mais une bonne partie du monde qui s'en trouverait mis en danger. Le nucléaire au service d'une forme de fascisme est une menace majeure qu'il ne faut pas perdre de vue.
Pour certains pays arabes toutefois, le fait qu'Ahmadinejad se maintienne au pouvoir n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle, car disent-ils, compte-tenu de l'ampleur de la révolte qu'il a dû réprimer, sa marge de manoeuvre sera bien plus étroite. En clair, les mollahs devront davantage se préoccuper de refermer le couvercle, de contrôler encore plus la société iranienne et seront donc moins dangereux à l'extérieur. Ceux-là au fond ne voyaient pas d'un très bon oeil le rapprochement qui aurait pu s'accélérer entre l'Iran et les Etats-Unis si le verdict des urnes avait été respecté et si Moussavi avait pu prendre les rênes du pouvoir.
A dire le vrai, la démonstration inverse est possible et un pouvoir acculé à l'intérieur peut très bien tenter de s'en sortir par une agressivité plus grande vis-à-vis de l'extérieur. Une aventure qui pourrait déboucher sur une catastrophe.
Jean-Marie Colombani
Crédit photo: Mahmoud Ahmadinejad Reuters
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Mis à jour le 28/06/2009 à 12h35










































Quel sujet curieux ! Se pose-t-on l'idée "que faut-il faire avec Israél" ou "que faut-il faire avec l'Algérie".
On a vu Sarko faire la leçon aux Iraniens c'est bien facile mais pourquoi ne dit-il rien sur les banlieues ? L'Iran est un pays souverain, comme les autres, il faut les laisser évoluer.
Et si on veut vraiment faire quelque chose, agissons pour donner un état aux palestiniens spoliés et de nombreux problèmes s'atténueront.
Voici l'exemple d'un très mauvais argument:"L'Iran est un pays souverain, comme les autres, il faut les laisser évoluer."
Auriez-vous dit la même chose d'autres états souverains: L'Allemagne nazie, la Russie soviétique, la Chine maoïste, le Cambodge des Khmers rouges... et diriez-vous la même chose d'états souverains d'aujourd'hui: La Chine, la Corée du Nord, le Zimbabwe, Cuba, le Venezuela ou la Russie? Dans ces derniers pays, l'évolution est particulièrement longue (plus de 10 ans) et ne semble pas toujours aller dans le bon sens pour les populations!
J'ai simplement signalé le 2 poids 2 mesures. On a laissé Israel bombarder des réfugiés pendant un mois sans rien dire et on réagit au quart de tour suite à une fraude d'élection. Où sont les réactions sur toutes les autres fraudes et vis à vis des pays où il n'y a même pas d'élection comme la Chine ? De plus y a-t-il un exemple d'actions internationales qui aient donné des résultats sur l'évolution politique d'un pays ? Le changement est toujours venu de l'intérieur. Cela n'empêche pas de dire ce qu'on pense d'un pays, regardez d'ailleurs comment s'y prend Angela Merckel. Faire le fier à bras devant moins fort que soit n'est pas vraiment un signe d'intelligence. On peut s'enflammer pour une cause, c'est bien facile dans le cas de l'Iran, mais pour quel résultat ?
Vous nous dites:"y a-t-il un exemple d'actions internationales qui aient donné des résultats sur l'évolution politique d'un pays ? Le changement est toujours venu de l'intérieur" C'est très partiellement vrai. L'évolution politique d'un pays ne se fait sans un soutien intérieur, mais souvent celui-ci n'est pas suffisant. Je peux vous citer quelques exemples: L'Iraq qui serait probablement encore sous la dictature de Saddam Hussein sans les Américains, la France qui a bien bénéficié de l'intervention des alliés un certain mois de juin 1944 et ensuite une bonne partie de l'Europe et les exemples fourmillent notamment dans l'ex-Yougoslavie.
Je constate que vous n'avez que des exemples de guerre, ce qui confirme mes propos. Vous faites probablement partie de ceux qui souhaitent "imposer la démocratie" comme GW. Bush. L'exemple de l'Iraq est le meilleur exemple que vous pouviez donner. Il conviendrait donc que l'on organise une guerre contre Israél, qui viole les résolutions de l'ONU ?
Depuis quand les guerres ne sont plus considérées comme des "actions internationales". Demandez à l'ONU et vous constaterez que la plupart des contentieux se réglent ou se stabilisent ou sont traités par l'envoi de troupes armées qui ont souvent à faire usage de la force (Afghanistan, ex-Yougoslavie...)
Vous semblez vouloir vous focaliser sur Israël même si l'article de base est centré sur le grave problème de l'Iran qui utilise manifestement la Palestine pour détourner l'attention de ses propres agissements intérieurs. Israël est une démocratie et si ce pays veut survivre comme l'ONU lui en reconnait le droit, il a le devoir de se défendre contre tous ceux qui cherchent à le détruire physiquement. Je vois mal de quelle autre façon qu'en utilisant ses forces armées en accord avec son parlement. On sait bien que la solution à ce genre de conflit n'est jamais militaire mais on sait aussi que l'hésitation dans l'utilisation des forces armées est un désastre et surtout que les éventuels pourparlers diplomatiques tiennent toujours compte des rapports de force, notamment militaires.
Si toutes les tensions internationales pouvaient se résoudre sans effusion de sang... mais avec des si....
Peut-on se contenter d'endiguer, de contenir les états dictatoriaux et potentiellement dangereux pour l'extérieur, comme l'Iran? Telle semble être la question lancinante que pose votre article et à laquelle la réponse ne peut être que politique. Mais il apparait très vite deux directions antagonistes:
- On n'a pas tellement le choix.
- Le jour où on sera déterminé à intervenir, il sera trop tard!
Faut-il suivre le conseil de Machiavel qui affirmait en substance que repousser un combat à plus tard, c'est toujours s'exposer à un combat plus difficile et moins favorable?
En fait, beaucoup de questions et pas de réponses évidentes ou consensuelles.
L'Iran et les élections…
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Sarkozy menace ; Kouchner hausse le ton.
On aurait aimé entendre de la part de la diplomatie française la même indignation lorsque l'armée israélienne a passé par pertes et profits 1200 civils palestiniens de Gaza. Une diplomatie à genoux devant les exigences d'un Etat et d’un homme, Netanyahou (en visite en France mercredi dernier – 24 juin), étant tous deux - homme et Etat -, les derniers à pouvoir moralement exiger quoi que ce soit de qui que ce soit.
Mais diable ! Pourquoi toute cette agitation autour de l’Iran de la part de tout ce beau mais... petit monde ?
Et à quelle fin ?
Aux fins de trouver dès demain matin, une issue démocratique en Iran ? Ou bien alors, une solution au conflit qui oppose l’Etat israélien au petit Peuple palestinien martyr ? Ou bien encore, dans le souci de voir les Irakiens et les Afghans enfin goûter, après toutes ces années d'occupation, aux bienfaits et aux avantages de la présence (ou du retrait ?) occidentale sur leur sol ?
Oui ? Non ?
Il est vrai que l'Iran fait partie du problème régional du Moyen Orient, mais il faut reconnaitre avec JM Colombani que ce pays pose un problème à lui tout seul: nucléaire, dictature et réserve de pétrole. A force de vouloir lier tous les problèmes entre eux, comme vous le faites et comme Obama a aussi tendance à le faire, on n'en résout aucun. Or, pour ce qui est de l'Iran, contrairement à la Corée du Nord, il semble que les Occidentaux aient quelques moyens de pression sans engager de forces armées: voir l'article sur Slate.com What can Obama do? du 26 juin dernier. Il me parait évident que le peuple Palestinien représentent un atout dans le jeu des mollahs pour essayer de desserrer ces contraintes et reporter l'attention ailleurs, mais qu'en fait le sort de la Palestine est bien le dernier souci des théocrates de Téhéran!
"avant de définir une ligne, être sûr du diagnostic, mieux connaître l'Iran et la société iranienne" dites-vous à juste titre.
Puis "la société iranienne est, depuis trente ans, verrouillée et cadenassée; il est donc très difficile d'y pénétrer et quasiment impossible pour des chercheurs et des universitaires d'y réaliser un travail approfondi et de longue durée". Alors là ça dérape.
La première question et très pertinente aujourd'hui mais elle l'est pour tous les pays, même le notre (voir l'article de Jean François Copé). Nous vivons un problème c'est celui de l'in-connaissance des cultures, des mentalités, des sensibilités, des réactions, des aspirations, mais aussi des histoires qui les ont construits.
La deuxième réaction est "à côté du sujet" parce que le sujet communautaire, culturel" vous le cherchez dans l'observation sur le modèle des chercheurs et de leurs grilles de lectures académiques comme si l'identité et la personnalité profonde d'un peuple se situait dans une collection de représentations observables et modélisables par des universitaires (ou des journalistes).
Mais Monsieur Colombani la culture iranienne, celle qui structure la vie des gens et des réalités actuelles est connue depuis des siècles. "Comment être persan?" De nombreux iraniens fréquentent nos pays et la réciproque est vraie. Il est donc tout à fait possible d'accéder à l'âme iranienne et à ses états d'âme dans les contextes que vous citez.
Le problème c'est que vous ne savez pas où chercher. Pourquoi? Parce qu'il y a une carence historique française qui a adopté une posture négatrice et indifférente aux communautés culturelles qu'elle a essayé d'éradiquer chez elle-même. Il y a une ignorance militante de ces questions dans notre pays et je pèse mes mots, la même qui nous met devant "la diversité" comme une poule qui a trouvé un couteau. Observons le débat sur l'identité française pour voir le niveau d'incompétence dont on voit mal comme il se débrouillerait dune culture iranienne si ancienne, si originale, si complexe si en difficulté ces dernières décennies.
Il y a là un problème théorique anthropologique et malheureusement notre handicap ne dit pas que la solution est connue par ailleurs. Les pensées culturalistes ou communautariennes n'ont pas totalement réussi à éclairer le problème de la complexité des cultures et de leur originalité. Or aujourd'hui, au moment de cette mutation de civilisation mondiale, la question se complique et s'aiguise. Elle est plus aiguës parce que les hommes et leurs communautés veulent être plus autonomes, reconnus dans leur originalité, leurs valeurs, leur contribution au monde qui vient, les iraniens comme les autres. Elle est plus compliquée parce que les hommes sont de plusieurs appartenances communautaires et les communautés formées de moins d'homogénéités, moins de mêmes et plus d'autres. Peut-on être français sans être européen tout en étant de telles ou telles communautés, territoriales ou non. Les communautés majeures sont des communautés d'altérité formant elles-mêmes des ensembles communautaires.
Il y a une nouvelle pensée des communautés humaines qui est devenue indispensable. Le paradigme communautaire et la théorie des cohérences culturelles y apportent leur pierre. Il y a en conséquence des réponses pratiques à la question pertinente que vous posez d'emblée.
Mes suggestions. D'abord écouter des iraniens parler de leur pays, de leur histoire de leur patrimoine (identité rétrospective). Ensuite s'intéresser au caractère des hommes et des femmes leurs qualités et leurs failles, (identité introspective). Enfin mettre en perspective cela dans le contexte de mutation du monde (et pas dans celui des vieilles habitudes mentales) pour imaginer, projeter ce qui peut être engagé par ce pays et partagé par d'autres, (identité prospective). Si nous considérons les iraniens comme cela ça va tout changer et dans leur propre identification et dans leurs propres réactions. Mais peut-on faire cela sans en être capable pour nous (connais-toi toi-même)? En tous cas l'action la plus constructive qui soit c'est l'acte de considération, plus puissant que tout autre. Un Obama comprend très bien cela et il sait que ce n'est pas un acte naïf ni de complaisance.
Tout cela représente du travail, de la profondeur, mais il est à portée, beaucoup moins onéreux que le « traitement de surface » qui s'en tiens aux impressions, aux observations extérieures et aux idées toutes faites simplistes ou savantes. Voyez la critique d'un article de BHL sur Slate.fr par un iranien. C'est décisif.
J'enrage d'entendre tant de bavardages alors que les enjeux mériteraient un peu plus de sérieux, d'interrogations de découvertes plutôt que de jouer une fois de plus à la guerre des étoiles ou autre scénario familier. J'enrage encore plus de voir que l'université et les intellectuels ne cessent de recycler leurs représentations familières ou leurs modèles académiques alors que des questions de Sens se posent, plus que d'images et de formules. Il est vrai que s'il y en a qui sont effectivement dans cette connaissance profonde, et j'en suis certain, il ne doivent guère être entendus par leurs confrères. Voyons ce qui est dit pour l'identité française? Une nullité invraisemblable en réponse à un problème de plus en plus patent. Sommes nous plus bêtes que les autres? Non mais plus handicapés par nos idéologies sectaires refusant de connaître ce qu'il en est de l'altérité et de la penser dans la constitution de communautés étrangères, mais humainement intelligibles.
Cela devient vraiment lassant cette obsession d'Israël ! Tout article, qui , actuellement a le malheur de proposer un point de vue sur les dangers que représentent Ahmadinedjad et ses sbires, voit inévitablement Israël et la question Palestinienne intervenir.Preuve que, même chez nous les islamistes ont réussi leur amalgame.
Bientôt, on va nous dire que si l'Iran est une dictature, c'est la faute d'Israël.Que si Khamenei choisit la répression, c'est parce que les Palestiniens n'ont pas d'État.
Sur le fond, l'article pose bien le problème: un Iran isolé n'est il pas encore plus dangereux? Comment agir, puisque de toute manière, aucune méthode , aucune ligne de conduite n'aboutit à faire évoluer le régime?
La méthode " forte" de GW Bush, n'a pas eu plus d'effets que la "douce" de Barack Obama.
Peut-être, parce que la méthode forte du premier, n'était que poudre aux yeux.
Plus, on recule, une éventuelle intervention massive, plus le danger est grand.