Acte 2 du quinquennat: les trois défis pour préparer l'après-crise, Par Jean-François Copé

Jean-François Copé, mis à jour le 27.06.2009 à 16 h 37

L'intervention du Président devant le Congrès a montré que nous étions bel et bien entrés dans une Vème République bis avec côté exécutif, un Président de la République engagé sur tous les fronts au premier plan et côté législatif, un Parlement qui devient un interlocuteur essentiel, au cœur du jeu politique. Cette intervention a également prouvé que nous entrions dans une seconde phase du quinquennat. Tout en luttant contre la crise et en ciblant nos efforts sur la lutte contre le chômage, il faut dès à présent proposer de nouvelles perspectives aux Français en proie au doute et à la peur de l'avenir. Nous devons dès à présent préparer l'après-crise. Je propose que nous nous concentrions sur trois défis majeurs qui dessineront la France de demain.

Défi numéro 1: la dette

En période de crise, il est normal que l'Etat encourage la relance par l'investissement et que la solidarité nationale joue son rôle de protection. L'idée d'un grand emprunt pour financer les priorités d'avenir est également intéressante dans la mesure où les dépenses concernées sont vraiment des investissements.

Mais nous allons cette année dépasser les 7,5% de déficit budgétaire pour l'Etat et le déficit de la sécurité sociale devrait s'élever à 25 milliards d'euros...Véritable bombe à retardement, la dette est en train de devenir un problème très inquiétant pour beaucoup de Français. Comment allons-nous la rembourser?

Ecartons l'idée d'une augmentation des impôts, cela casserait les chances de reprise.
De même, nous ne pouvons pas courir le risque d'une hyperinflation qui pénaliserait d'abord les personnes aux revenus fixes et modestes.

Tout en libérant la croissance, la seule solution est de réduire la dépense publique, notamment à travers des réformes structurelles ambitieuses. A commencer par la réforme des collectivités territoriales. Depuis le temps qu'on en parle... Je plaide pour une fusion des départements et régions qui permettraient de mutualiser les services et de réduire le nombre d'élus locaux: à la place de conseillers régionaux d'une part et de conseillers généraux d'autre part, nous aurions des conseillers territoriaux. La gauche nous suivra-t-elle sur cette réforme que les Français attendent ?

Il faut aussi remettre à plat le financement de notre sécurité sociale. Pour en assurer la pérennité et rétablir l'équité. Pour traiter le problème de la dépendance des personnes âgées. Pour régler enfin la question des retraites. Je rêve que nous arrivions à conduire ce chantier de façon consensuelle comme dans d'autres pays européens où droite et gauche ont su s'entendre pour basculer vers des régimes à points, pour augmenter la durée de cotisation...

Du point de vue de la méthode, il faut enfin associer les Français à la recherche d'économies. Ce sujet doit sortir des ministères et devenir une cause nationale. C'est pourquoi les députés UMP ont lancé les Etats-généraux de la Dépense publique. Nous avons recueilli les propositions de milliers de concitoyens dans le cadre de réunions publiques et sur Internet. Elles vont servir à la préparation du budget. Nous proposerons ainsi environ un milliard d'euros d'économies pour le budget 2010.

Défi numéro 2: la compétitivité

Quels seront les pays les plus attractifs dans 10 ans? Ceux qui compteront des entreprises et des systèmes publics performants? Où le logement, la santé, l'éducation seront des valeurs sûres? Où qualité de vie et création de richesses seront facilement conciliables? C'est la question que nous devons nous poser aujourd'hui.

Sur tous ces créneaux, la France a des atouts non négligeables à faire valoir. A condition d'anticiper et de profiter de la crise pour faire des investissements pertinents. Nous devons par exemple absolument réussir la transition vers une croissance verte, en mettant l'accent sur la recherche et le développement en matière d'énergie, de transports, d'habitat...

Nous devons également profiter de cette crise pour refondre notre tissu entrepreneurial. Je propose ainsi de pratiquer une politique de discrimination positive pour les entreprises innovantes de taille moyenne. Car ce sont elles qui créent de l'emploi, qui exportent, qui innovent. Réforme de la taxe professionnelle, suppression des effets de seuils, réserve d'une partie de la commande publique, soutien renforcé à la formation, à l'innovation, à l'exportation...

Tout doit être mené de front pour regagner en compétitivité et maintenir des entreprises de production performantes sur notre territoire. A condition de ne pas mettre sur pied une usine à gaz, la mise en place d'une taxe carbone pourrait d'ailleurs contribuer à renforcer notre compétitivité en donnant un coup de pouce aux produits qui voyagent moins et respectent des normes environnementales.

Défi numéro 3: notre identité

Les Français ont le moral en berne... Alors que la crise est source d'inquiétude et d'angoisse dans beaucoup de familles, on sent notre communauté nationale fragilisée. Tantôt à la recherche de boucs émissaires. Tantôt à la recherche d'elle-même. Pourtant, pour traverser les épreuves, nous avons besoin d'un France rassemblée.

Qu'on soit Français issu de l'immigration récente ou ancienne ou bien Français depuis des générations, nous devons chacun nous poser la question suivante : comment renforcer notre communauté nationale?

Pour y répondre, il faut rappeler le projet français: construire un destin commun entre tous les citoyens, quels que soient leurs origines, leur histoire, leur couleur de peau ou leur nom de famille. Ce projet ne s'appelle pas seulement liberté mais aussi égalité et fraternité. C'est peut-être ce qui différencie la France d'autres démocraties libérales.

Assumons-le et essayons de prolonger ensemble l'aventure nationale, avec générosité et ouverture. Mais sans naïveté par rapport à des pratiques qui remettent en cause des fondements du vivre ensemble. Je pense par exemple au port de la burqa, qui me choque profondément. Elle est à mes yeux une atteinte insupportable à la dignité de la femme. Les parlementaires se sont saisis de cette question à travers une mission d'information. Il ne s'agit pas de légiférer dans l'urgence mais de réfléchir à l'articulation entre la liberté - celle de s'habiller comme on l'entend -, l'égalité - notamment entre l'homme et la femme -  et la fraternité, - qui est incompatible avec le repli sur soi et le refus du contact avec l'autre dans l'espace public.

Sans esprit polémique, ni crispation, nous devons ouvrir ce débat le plus largement possible. Il est l'occasion pour les Français de réfléchir ensemble sur le vivre ensemble dans une société moins homogène que par le passé. Au cœur de la crise, construire une France unie est plus que jamais indispensable.

Jean-François Copé

Crédit photo: Reuters

Jean-François Copé
Jean-François Copé (75 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte